Publié par la sénatrice Mobina Jaffer le 08 septembre 2010
Le Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international est arrivé en Inde. Nous avons passé les trois premiers jours (5, 6 et 7 septembre) à New Delhi. Puis nous avons quitté New Delhi dans la soirée du 7 pour arriver, peu après minuit, à Hyderabad. Le vol, de New Delhi à Hyderabad, dure environ deux heures. Notre journée débutera à 8 h 30, car nous ne passons qu’une journée à Hyderabad. Voici ce que nous avons appris jusqu’à présent à New Delhi.
Tout d’abord, les trois messages que l’on nous a adressés sont les suivants :
1. Les Canadiens doivent être plus entreprenants dans la mise en marché des exportations canadiennes en Inde.
2. Si le gouvernement canadien, et les Canadiens en général, veulent réellement établir un partenariat commercial avec l’Inde, ils doivent s’engager à investir des ressources et à établir des relations à long terme avec les Indiens. On nous a cité en exemple la Corée du Sud et le Japon qui connaissent une prospérité commerciale importante pour s’être engagés à travailler à long terme avec les Indiens.
3. Les Indiens sont convaincus que la diaspora indienne peut jouer un rôle important, en expliquant le Canada aux Indiens et l’Inde aux Canadiens.
Le 6 septembre, nous avons commencé la journée par une rencontre avec les représentants du Centre for Policy Research. Le Centre est un institut de recherche indépendant qui élabore des propositions de politiques concrètes en vue d’améliorer l’élaboration de politiques et fournit des services consultatifs aux gouvernements et à d’autres organismes sur le développement économique et social. Il travaille en étroite collaboration avec des Canadiens et, notamment, avec le Centre de recherches pour le développement international (CRDI). De fait, M. Pratap Bhanu Mehta, éminent universitaire et président-directeur général du Centre, siège aussi au Conseil d’administration du CRDI. Nous avons discuté de sujets d’intérêts communs comme le rôle que joue l’Inde dans le développement de l’Afghanistan. L’Inde a fait le choix délibéré de jouer un rôle constructif dans le développement de l’Afghanistan, et de ne pas réagir avec violence, même lorsqu’elle est attaquée. Nous avons également longuement parlé des défis que l’Inde se doit de relever au regard de ses voisins, et, notamment, du Pakistan et de la Chine. Je commence à mieux comprendre le dilemme auquel est confrontée l’Inde quand il s’agit de travailler pacifiquement avec ses voisins, comme le souhaitait le Mahatma Gandhi. Nous avons, au cours de nos échanges, appris beaucoup de choses sur les enjeux qui sont aujourd’hui ceux de l’Inde. Ils nous ont également indiqué comment le Canada pourrait jouer un rôle dans la région. Ces discussions ont grandement enrichi les connaissances que nous avions acquises par l’étude et par la lecture.
Nous avons ensuite visité le Parlement indien. Le Parlement fédéral, bicaméral, est composé de la Rajya Sabha (Chambre haute) et de la Lok Sabha (Chambre basse). La Rajya Sabha (Chambre haute) compte 245 sénateurs, soit 233 élus au suffrage pondéré par les députés du Parlement et des assemblées législatives des états et des territoires de l’Union, et 12 nommés par le président. La Lok Sabha (Chambre basse) compte 545 députés, soit 543 élus par circonscription (79 sièges sont réservés aux « castes répertoriées » et 40 aux « tribus répertoriées ») et deux représentants des Anglo-Indiens nommés par le président.
On nous a également expliqué en détail le principe des « sièges réservés » : un certain nombre, ou quota, de sièges sont réservés à certains groupes défavorisés, tels que les « castes et tribus répertoriées », dénomination administrative qui désigne en fait les « parias » de la société indienne appartenant à des castes d’« intouchables » et à des tribus autochtones qui sont « répertoriées » en annexe de la Constitution. Nous avons appris que la Chambre haute a adopté un projet de loi qui réservera un tiers des sièges aux femmes. Ce projet de loi doit maintenant être examiné par la Chambre basse, où il a de bonnes chances d’être adopté et de devenir une loi. L’Inde, qui est un pays d’une très grande diversité, cherche à ce que cette diversité soit reflétée dans son Parlement. Le Canada est également un pays d’une grande diversité et nous devrons aussi un jour nous pencher sur les moyens de faire en sorte que nos concitoyens se reconnaissent dans ceux qui les représentent. Je crois que nous avons d‘intéressantes leçons à tirer de l’exemple de l’Inde.
Nous avons également visité, dans la Bibliothèque du Parlement, un musée consacré à l’histoire de la démocratie indienne au fil des siècles.
La Présidente de la Lok Sabha (Chambre basse), Meira Kumar, nous a reçus de façon très chaleureuse. Elle est la première Dalit à devenir président. Le terme Dalit (« opprimés ») est celui qu’utilise pour se désigner, depuis les années 1970, la nouvelle génération de celles et ceux qui appartiennent aux castes les plus basses de la société indienne. On les appelait auparavant « intouchables » ou « Harijans » (« peuple de Dieu », nom qui leur a été donné par le Mahatma Gandhi). L’« intouchabilité » est malheureusement une malédiction que subissent toujours les plus basses castes de l’Inde. Ce terme traduit très explicitement qu’une telle personne ne peut être touchée par un hindou de caste supérieure qu’un tel contact risquerait de polluer. La discrimination fondée sur le système de castes est interdite par la Constitution, mais elle est malheureusement encore monnaie courante dans de nombreuses régions rurales de l’Inde. Une telle discrimination est une infraction punissable et des poursuites sont parfois intentées.
L’après-midi, nous avons rencontré M. Basu et son équipe. M. Basu est le secrétaire général à l’Agriculture. Nous avons eu avec lui une discussion très animée. Il nous a expliqué que 60 % de la population indienne vit sur des fermes et produit 16 % du PIB. Les 84 % restant doivent donc être produits par 40 % de la population. Là est le problème. Il a été très franc avec nous et nous a déclaré que nous devions commercialiser nos produits agricoles de façon plus agressive. Il a rappelé qu’il nous avait déjà dit cela il y a bien des années, mais que nous n’avons pas suivi son conseil. L’huile de canola présente de nombreux avantages, et nous devons nous doter d’une stratégie de commercialisation, et proposer des prix concurrentiels, car nous sommes en concurrence avec les producteurs d’huile de palme.
Nous devrions également rencontrer M. Krishna, le ministre des Affaires étrangères, mais il était malheureusement malade. Nous avons donc rencontré la secrétaire d'État, Mme Perneet Kaur, qui n’a pas tari d’éloges sur les relations qu’a établies la diaspora canadienne avec les Indiens. Elle a souligné qu’il était très important de comprendre que l’Inde est une démocratie très vivante et que sa croissance économique rapide est accompagnée de nombreux défis. Il faut en permanence négocier avec la population les questions d’expropriation et de conditions de travail.
Nous avons ensuite rencontré M. Harsh Mander, qui a été nommé commissaire à l’Alimentation par la Cour suprême de l’Inde. Il travaille actuellement à un projet de loi sur l’alimentation. Il nous a rappelé qu’un enfant sur deux, en Inde, souffre de malnutrition.
Le soir et le lendemain, nous avons rencontré des hommes d’affaires canadiens en Inde et des hommes d’affaires indiens travaillant avec des sociétés canadiennes. Leurs messages ont été très clairs :
1. Si nous voulons vraiment faire du commerce avec l’Inde, notre gouvernement et nos sociétés doivent s’implanter ici à long terme.
2. Nous devons apprendre les règles du commerce indien.
3. L’Inde a un système judiciaire indépendant.
Mais, plus important encore, ils nous ont déclaré qu’ils croyaient que l’Inde et le Canada avaient beaucoup à gagner d’un partenariat, et je suis d’accord avec eux.
Le 7 septembre, nous avons été chaleureusement accueillis par différents ministres. Tous nous ont déclaré que le commerce entre l’Inde et le Canada offrait de nombreuses possibilités. Les Canadiens doivent s’investir. Nos deux pays ont tout à y gagner. Nos rencontres se sont achevées vers 18 h 30 et nous nous sommes rendus directement à l’aéroport pour prendre l’avion vers Hyderabad.
Au cours de ces derniers jours, j’ai eu l’occasion de mieux comprendre les défis que se doit de relever l’Inde et, plus important, les défis que se doivent de relever les Canadiens qui commercent avec l’Inde. Je quitte New Delhi avec la ferme conviction que, si nous souhaitons que notre pays ait un avenir prospère, nous nous devons de trouver des moyens de commercer avec l’Inde.