Publié par la sénatrice Mobina Jaffer le 11 mai 2012
Lundi dernier, le Comité sénatorial des droits de la personne poursuivait son étude sur la cyberintimidation. Phénomène relativement nouveau, la cyberintimidation est un concept que les parents, les enseignants et les décideurs ont souvent du mal à comprendre. Cette semaine, notre comité a reçu un certain nombre de témoins qui, grâce à la diversité de leurs expériences et de leurs connaissances, ont jeté un nouvel éclairage sur cette question complexe.
Le témoignage de Mme Faye Mishna, doyenne et professeure à l’Université de Toronto, s’est avéré particulièrement utile. Mme Mishna a expliqué à notre comité que les jeunes d’aujourd’hui sont ce qu’elle appelle des « natifs numériques », parce qu’ils n’ont jamais connu un monde sans technologie. Elle a poursuivi en expliquant que les adultes, les enseignants et les parents sont des « immigrants numériques », parce que la technologie est une chose nouvelle pour la plupart d’entre nous. Non seulement les jeunes acquièrent-ils les compétences technologiques beaucoup plus rapidement que les adultes, ils les utilisent beaucoup plus souvent. En fait, la professeure Mishna indique que 98 % des jeunes utilisent la technologie des communications tous les jours.
Quand notre comité a entrepris cette étude, j’ai rapidement découvert que l’intimidation avait changé d’aspect; il est passé des salles de classe et des terrains de jeux à nos foyers avec Internet. Contrairement à l’intimidation classique, il est beaucoup plus difficile d’échapper à la cyberintimidation; les jeunes ne peuvent trouver refuge même dans leur propre maison.
Mais le témoignage de Mme Mishna m’a fait comprendre que la cyberintimidation est plus grande qu’Internet lui-même.
Comme la plupart des parents, je réprimande souvent mes neveux lorsque je les vois réunis autour de leurs BlackBerries à table. Je les vois rarement sans leur téléphone en main. Après avoir entendu la professeure Mishna, je me suis rendu compte que les jeunes d’aujourd’hui ne peuvent jamais vraiment échapper à la cyberintimidation, qui les suit littéralement partout où ils vont. Cependant, comme mes neveux, la plupart des jeunes d’aujourd’hui ne peuvent concevoir la vie sans leurs appareils. En conséquence, ils ne diront pas à leurs parents qu’ils sont victimes de cyberintimidation, de peur de se faire confisquer leurs appareils par mesure de protection.
L’intimidation est passée des salles de classe aux ordinateurs de bureau, que nous tenons aujourd’hui dans nos mains. Par conséquent, les adultes, les enseignants, les parents et les décideurs doivent s’adresser aux jeunes pour leur dire qu’ils peuvent parler des difficultés qu’ils vivent. Nous devons coordonner nos efforts et consacrer du temps et des ressources à l’élaboration de stratégies de prévention et d’intervention. Plus important encore, nous devons veiller à ce que nos jeunes ne soient pas seuls pour relever ces défis.