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Investir dans l’enseignement postsecondaire

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Publié par la sénatrice Claudette Tardif le 14 novembre 2008

Projetons-nous maintenant dans l'avenir et jetons un coup d’œil à la carte du Canada.

Au lieu de l'habituel réseau routier et ferroviaire et des nombreux lacs et rivières, imaginons plutôt, d'un océan à l'autre, un entrelacement d'autoroutes de l'information, de véritables canaux de connaissances qui quadrillent le pays, forment d’immenses nœuds ou s’agglutinent en grappes géantes. Ces nœuds et grappes seraient des villes et des régions de notre pays, avec leurs universités, collèges, écoles d'art, instituts techniques, laboratoires et centres de recherche. Dans chacune de ces institutions se trouverait l'ultime ressource indispensable à la prospérité, à la réussite et à l'épanouissement des générations à venir : le cerveau humain.

En voyant les choses de cette façon, il devient plus facile de comprendre non seulement pourquoi nous devons commencer à investir dans l'enseignement postsecondaire dès maintenant, mais aussi pourquoi tous les paliers gouvernementaux  doivent le faire.

En tant qu’ancienne professeure, j’ai été ravie d’apprendre que le Conseil des universités de l’Ontario (COU) avait décerné à l’ancien premier ministre Jean Chrétien le prix David C. Smith pour sa contribution exceptionnelle à la recherche et aux politiques publiques. Ce prix vient souligner à quel point M. Chrétien a toujours eu à cœur l’avancement de la recherche et de l’enseignement supérieur au Canada. Il est remarquable qu’au cours des dix années où il a dirigé le pays, les fonds consacrés à la recherche ont quadruplé, passant d’environ 500 millions de dollars en 1994 à plus de 2,2 milliards en 2003.

Pendant que M. Chrétien était premier ministre, son gouvernement a établi plusieurs stratégies et programmes dans divers domaines comme la recherche et le développement (R. et D.), l’innovation, l’excellence universitaire et l’aide financière aux étudiants, notamment la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire et Génome Canada. Ces programmes ont été mis sur pied afin d’élargir les programmes fédéraux de R. et D. déjà existants et de mieux positionner le Canada sur l’échiquier économique mondial. Quelques années plus tard, on peut maintenant affirmer que tous ces programmes ont connu un très grand succès, car ils ont permis aux Canadiens de mener des vies saines, sécuritaires et prospères.

Ces exemples montrent bien les occasions que les gouvernements ont d’investir dans des secteurs névralgiques, même en période d’incertitude économique. Le premier ministre Chrétien et les membres de son gouvernement ont eu la prévoyance d’investir dans le savoir et l’innovation, sachant fort bien qu’un tel investissement serait profitable à long terme.

La recette que doit suivre le Canada pour assurer son avenir est donc toute simple : éducation égale productivité, et productivité égale prospérité.

Nous vivons maintenant au XXIe siècle et sommes pleinement conscients de la fragilité de l’économie mondiale, et peut-être encore plus conscients de la capacité du cerveau humain de transformer nos vies, nos collectivités, nos pays et nos sociétés. Soyons dynamiques et ouverts d'esprit.  C'est ce qui fera la différence, sur la scène mondiale, entre un acteur de premier plan et un simple aspirant.

J’ai vu le premier ministre Harper former son nouveau Cabinet il y a quelques jours. Son site Internet affirme que ce nouveau Cabinet a été « chargé de protéger les Canadiennes et les Canadiens en cette période d'instabilité économique croissante à l'échelle mondiale ».  

Voilà ce qui constitue, à mon avis, une réaction défensive plutôt qu’une action dynamique.

Ce dont nous avons besoin en ce moment, ce n’est pas seulement d'une gestion économique saine, mais aussi d’investissements prudents et avisés dans des secteurs ciblés. Sans être une économiste de profession,  je pense qu’il ne fait aucun doute que des investissements judicieux constituent un moteur essentiel de la productivité, et que l’enseignement postsecondaire devrait justement compter parmi ces secteurs où il faudrait investir.

Fait intéressant, j’ai lu récemment quelques déclarations du ministre Flaherty indiquant que le gouvernement considérait l’investissement en R. et D. comme une priorité, même en période d’incertitude économique. Le premier ministre Harper a d’ailleurs créé un nouveau poste de ministre de second rang au Cabinet, le ministre d’État (Sciences et Technologie), et il y a nommé un député de la région de Waterloo (où se trouvent l’Université de Waterloo, Research in Motion, etc.). On suppose que ce nouveau ministre travaillera de concert avec le ministre de l’Industrie à l’orientation des stratégies du Canada sur la science, la R. et D. et l’innovation. Ces deux événements constituent selon moi des signes encourageants qui montrent que le gouvernement prend ces questions au sérieux.

Mais, comme toujours, on reconnaît l’arbre à ses fruits.  

Il ne suffit pas de dire que la R. et D., le savoir et l’enseignement postsecondaire sont prioritaires ou de créer un nouveau poste au Cabinet pour déclarer « mission accomplie ». Nous avons plutôt besoin d’actions concrètes et d’un engagement qui dépasse les simples paroles. Ce qu’il faut avant tout, c’est investir de l’argentet d’autres ressources.

Bref, si le Canada veut demeurer un concurrent avec lequel il faut compter dans l'économie mondiale, il doit mettre rapidement en œuvre une politique qui vise à accroître la productivité et à augmenter les taux de scolarisation postsecondaire. Les répercussions de l’enseignement postsecondaire  se ressentent bien au-delà du niveau provincial. Le gouvernement du Canada a joué un rôle prépondérant dans l'avancement de l'enseignement postsecondaire au pays. Non seulement ce soutien doit-il se poursuivre, mais il doit en fait s’intensifier.

Grâce aux dépenses du fédéral, les institutions postsecondaires canadiennes sont devenues concurrentielles à l'échelle internationale, mais il leur reste encore beaucoup de pain sur la planche. Le monde change constamment et de nouveaux paradigmes apparaissent. La course est lancée et nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de laisser un palier de gouvernement en touche.  

Ce qui m’amène à poser cette simple question : est-ce que le gouvernement de Stephen Harper, dans le climat économique actuel, sera suffisamment prévoyant et visionnaire pour continuer à investir dans l’enseignement postsecondaire? 

Espérons que ce sera le cas.

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