Publié par le sénateur Grant Mitchell le 15 avril 2009
On critique souvent la période des questions au Canada.
Je compte parmi les rares parlementaires à avoir vécu la période des questions à la fois à la Chambre basse (aux eaux tumultueuses) et à la Chambre haute (aux eaux plus calmes). D’abord député de l’opposition pendant 12 ans, puis longtemps leader de l’opposition à l’Assemblée législative de l’Alberta, face au premier ministre Klein, me voici aujourd’hui membre de l’opposition au Sénat, où je continue à poser des questions. J'ai dû en poser des milliers dans ma carrière. Fort de cette expérience, je vous donne ici un aperçu de l’institution parlementaire qu'est la période des questions.
Le régime parlementaire détient le record mondial de longévité parmi les divers régimes gouvernementaux. Il existe depuis des centaines d'années parce qu'il fonctionne bien. Il a ses faiblesses, bien sûr, au même titre que la démocratie. Mais l’une de ses forces repose dans une tradition solidement ancrée : la période des questions.
Voici des critiques que j'entends souvent au sujet de la période des questions.
« Je ne laisserais même pas les élèves de ma classe se comporter comme ça »
Justement, le Parlement n'est pas une salle de classe. Il se compose de députés et de sénateurs aguerris, au caractère bien trempé. Ce sont des gens qui croient fermement et passionnément aux valeurs et aux choix politiques qu’orientent les valeurs. Ils ont à cœur de représenter leurs électeurs avec énergie et détermination. Ils travaillent habituellement d'arrache-pied pour se faire élire. Les timides n'y ont pas leur place. Voilà pourquoi les émotions y sont presque palpables.
Qui plus est, ce sont surtout les attaques virulentes et autres envolées politiques qui font la manchette, alors qu’une grosse partie du travail accompli au Parlement se fait par l'entremise d'accords sans la moindre acrimonie. Mais ça, les journalistes n’en font guère de cas.
N'oublions pas non plus que dans certains pays, politique et violence vont souvent main dans la main.
« On n'obtient jamais de réponse »
Cela peut sembler ironique, mais le but de la période des questions n’est pas toujours d’obtenir des réponses : elle sert aussi à tenir le gouvernement responsable.
Voici pourquoi la période des questions est importante même si on n’obtient pas toujours les réponses espérées.
Premièrement, comme dans le domaine de la gestion, poser des questions est primordial. Cela force les intéressés, y compris les ministres et mêmes les premiers ministres, à demeurer alertes et à prévoir ce qu'on pourrait leur demander. Cela les force à se préparer et à réfléchir à des enjeux qui, autrement, ne susciteraient pas nécessairement de réflexions aussi intenses.
Deuxièmement, la période des questions donne aux politiciens l'occasion d’agir sur les sujets qui font l'actualité, puisqu’on peut les aborder immédiatement. Si les parlementaires étaient limités aux motions et aux projets de loi, ils seraient obligés d’attendre que les sujets paraissent à l'ordre du jour, des jours et des semaines plus tard. Il pourrait même n’y avoir aucune mesure législative sur le sujet qui fait l'actualité.
Troisièmement, la période des questions rehausse le profil des sujets de façon à informer le public, à l'encourager à exprimer son opinion et à élargir le débat. C’est l’effervescence de la période des questions qui attire l’attention et stimule le débat public.
Au bout du compte, la période des questions est essentielle au principe de responsabilisation du gouvernement. Comment pourrait-on tenir le gouvernement responsable sans lui poser de questions?
Abolir la période des questions reviendrait à priver le Parlement de sa substance vitale.