Publié par le sénateur Grant Mitchell le 05 octobre 2009
On parle beaucoup, dans le débat sur les changements climatiques qui a lieu à Washington, de permettre aux pollueurs d’acheter des compensations afin de respecter leur objectif en matière d’émissions de dioxyde de carbone, et cela suscite une grande controverse. Le projet de loi Waxman-Markey autoriserait un pollueur à recourir à des compensions pour respecter 27 p. 100 de ses réductions en 2010, et cette proportion passerait à 66 p. 100 d’ici 2050. Le projet de loi permettrait que 50 p. 100 de ces compensations aient une portée internationale. La mesure législative de Boxer-Kerry, quant à elle, réduirait la dépendance à l’égard des crédits internationaux par rapport à ce que le projet de loi Waxman-Markey propose.
Les compensations sont des réductions accréditées des émissions de CO2 réalisées par un émetteur qui ne s’est pas vu imposer de plafond (non réglementé), qui peuvent être vendues à un émetteur qui s’est vu imposer un plafond. Ainsi, une centrale électrique à charbon qui doit réduire ses émissions de dix unités, mais ne peut les réduire que de cinq unités à l’aide d’améliorations technologiques pourrait acheter cinq unités d’agriculteurs qui ont vraiment réduit leur production de CO2 ou capté du CO2 en modifiant leurs activités d’exploitation. Des agriculteurs de l’Alberta vendent maintenant des compensations pour moins de 10 $ la tonne.
Les avantages des compensations sont les suivants :
- Elles permettent au marché de trouver la façon la moins chère de réduire les émissions. Les émetteurs pourraient financer beaucoup de « fruits mûrs faciles à cueillir » en faisant des achats compensatoires tandis qu’ils travaillent à des technologies meilleures pour l’environnement, mais dont le coût est plus élevé, visant à réduire leurs émissions. L’idée, c’est que, très tôt, il existera beaucoup de façons de réduire les émissions de CO2 qui reviendront moins cher que la technologie qui pourrait être nécessaire pour réduire considérablement les émissions provenant des centrales électriques à charbon. Cependant, plus le temps avancera, moins il sera possible de réduire les compensations à bon marché, et la centrale au charbon commencera à utiliser la technologie plus coûteuse pour réduire ses émissions.
- Les agriculteurs pourront mettre sur pied et vendre des compensations. Ainsi, il est possible de leur fournir des liquidités constantes qui n’ont rien à voir avec les caprices des prix des denrées agricoles. Il existe 36 façons pour les agriculteurs de modifier leurs pratiques de culture et de travail agricoles afin de capter et de préserver ou d’éviter les émissions de CO2 ou de méthane. En somme, les agriculteurs touchent un peu d’argent, et je n’ai pas rencontré un seul agriculteur qui a trop d’argent.
Toutes sortes de critiques se font entendre, mais nous avons des réponses à celles-ci :
- Nous ne pouvons pas compter sur la validité des compensations, particulièrement dans le cas des compensations internationales. Eh bien, nous achetons en tout temps des actions et des obligations sur les marchés internationaux et nous avons trouvé des moyens d’en vérifier la valeur. Actuellement, de nombreuses normes et organisations internationales se chargent de le faire, et ce, de façon crédible.
Un représentant démocrate que nous avons rencontré croit que la plupart des compensations internationales payées serviront à empêcher que les arbres des forêts pluviales d’Amérique du Sud soient abattus. Certaines zones seront choisies, et on peut vérifier au moyen de satellites que celles-ci continuent d’exister.
- Les compensations internationales signifieront l’envoi d’argent vers d’autres pays. D’abord, ceux et celles qui pensent comme ça prétendent aussi souvent que les initiatives concernant le changement climatique sont trop coûteuses. Eh bien, grâce aux compensations, on trouvera la façon la moins coûteuse de réduire les émissions, et plus les limites géographiques de ces compensations seront vastes, plus l’approvisionnement sera grand, plus bas sera le prix et plus il y aura de compensations possibles. Ensuite, il faut remédier aux changements climatiques, car l’inaction pourrait mener à un problème terminal, littéralement, et, ainsi, il pourrait falloir transférer de l’argent vers d’autres pays pendant au moins une période transitoire intérimaire.
Je crains que ces arguments contre les compensations n’entraînent leur rejet comme partie de la solution. Cela sera extrêmement dommage, car je crois que celles-ci permettront de réduire plus rapidement les émissions tout en aidant les agriculteurs. Il faut voir de quel ordre sont les considérations politiques aux États-Unis et ce que le Canada fait en retour et peut-être en réponse.