Déclaration faite le 16 juin 2010 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, j'aimerais vous faire part d'une situation que je considère des plus graves dans le contexte de la prévention des atrocités massives et, potentiellement, de génocide en Iran contre la communauté baha'íe.
Honorables sénateurs, je prends la parole pour attirer votre attention sur la situation extrêmement difficile que vit la communauté baha'ie d'Iran. Cette dernière, qui compte quelque 300 000 membres, est la plus importante minorité religieuse non musulmane d'Iran.
Les sénateurs savent peut-être que le gouvernement de l'Iran, toujours très méfiant à l'égard des minorités religieuses, persécute systématiquement les dirigeants de la communauté baha'ie, en violation des lois iraniennes et internationales. Sept membres du groupe qui coordonnait les affaires sociales et spirituelles de cette communauté en Iran sont emprisonnés depuis deux ans, sur la base d'accusations inventées de toutes pièces. Leur procès, qui a eu lieu samedi dernier, est maintenant terminé et le verdict a été exécuté avec empressement.
L'ensemble de la communauté baha'ie fait l'objet d'une persécution sanctionnée par l'État. En effet, le gouvernement de l'Iran a sanctionné des arrestations et des détentions arbitraires, des expulsions massives d'établissements d'enseignement, des refus d'emploi dans le secteur public, l'incitation à la haine et la menace constante de violence.
En tant que membre du Comité consultatif du secrétaire général des Nations Unies sur la prévention du génocide, je peux dire que l'Iran est le parfait exemple d'un pays qui se dirige tout droit vers un génocide, car il répond à tous les critères.
D'abord, le gouvernement de l'Iran a banni les organismes élus et les groupes spéciaux responsables de s'occuper des besoins de la communauté baha'ie. Maintenant, il essaie d'empêcher cette communauté d'avoir toute forme de vie communautaire. C'est une violation flagrante de la liberté de religion énoncée à l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Les efforts du gouvernement pour identifier et surveiller les membres de la communauté baha'ie sont un aspect particulièrement troublant de sa stratégie visant à rayer cette communauté de la carte des entités viables de l'Iran. Dans le passé, le déploiement de vigoureux efforts en vue d'identifier les membres d'un groupe minoritaire a souvent été le prélude à une violence préméditée et délibérée se manifestant par le nettoyage ethnique et, en définitive, par le génocide.
On a convoqué des membres de la communauté baha'ie aux bureaux du gouvernement et on leur a demandé de divulguer l'identité des membres de leurs collectivités qui planifient des rassemblements religieux et d'autres événements. D'autres se sont vu ordonner de quitter leur domicile ou de signer une entente dans laquelle ils s'engageaient à ne plus adresser la parole à des personnes données. De plus, le ministère du Renseignement interrompt le déroulement d'événements pour sommer les personnes présentes de révéler si elles font partie de l'ordre administratif baha'íe et leur demander comment elles font pour recevoir les messages provenant de l'organe directeur international baha'ie établi au Royaume-Uni. Il est également arrivé que le gouvernement diffuse de l'information erronée au sujet de la communauté baha'ie, affirmant que les baha'is sont des espions et qu'ils incitent d'autres Iraniens à riposter par les moyens de leur choix à des allégations sans fondement faites à l'endroit de membres de la communauté baha'ie. Nous assistons à un génocide en train de se dérouler au ralenti en Iran.