Déclaration faite le 02 décembre 2010 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, les efforts déployés à l'échelle mondiale pour lutter contre le phénomène des diamants de la guerre sont sur le point de s'effondrer parce que les pays ne s'entendent pas sur la façon de réglementer l'exploitation des lucratifs gisements de diamants du Zimbabwe ravagés par la violence.
La découverte sensationnelle de gisements de diamants au Zimbabwe, d'où pourraient provenir jusqu'à 25 p. 100 de tous les diamants bruts du monde d'ici deux ans, a d'énormes répercussions sur l'industrie diamantaire mondiale. Le Canada est maintenant l'un des plus grands producteurs de diamants au monde.
L'incapacité de conclure un accord nuira encore davantage à la crédibilité du Processus de Kimberley, un régime de certification des diamants bruts qui vise à éliminer les diamants de la guerre. Le Canada fait partie des principaux architectes de ce processus.
C'est peut-être la dernière chance pour le Processus de Kimberley, qui a été signé il y a sept ans. Si les 75 pays signataires ne réussissent pas à régler la situation au Zimbabwe et à s'attaquer à la liste croissante de producteurs qui s'adonnent à la contrebande de diamants pour contourner le régime de certification, le processus pourrait être voué à l'échec.
L'expression « diamant de la guerre » vient de l'utilisation illégale de diamants dans le cadre d'un commerce illicite ou par certains pays où la guerre perdure, qui sont le siège de conflits internes et où sont commises des violations généralisées des droits humains. Le terme « guerre » s'explique par le fait que les enfants qu'on emploie pour extraire ces diamants les trouvent dans des trous à ciel ouvert qui évoquent le genre de trous qu'on pouvait observer sur le terrain pendant la Première Guerre mondiale. Un grand nombre de ces enfants qui creusent la terre pour extraire ces diamants se noient dans l'eau qui envahit le fond de ces trous. Les diamants de la guerre portent un nom qui dit bien ce qu'ils sont. Ils sont extraits au détriment des enfants et au prix de violations généralisées des droits fondamentaux d'une population immense perpétrées par des individus qui ne répondent pas de leurs actes devant la Cour pénale internationale et qui ne font pas l'objet de poursuites de la part de pays comme le Canada, qui est l'un des pays fondateurs du programme de certification du Processus de Kimberley.
Honorables sénateurs, si vous voulez un diamant, achetez un diamant canadien.