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Discours et débats

Motion tendant à demander au gouvernement chinois de libérer Liu Xiaobo de prison

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Déclaration faite le 09 décembre 2010 par la sénatrice Vivienne Poy

L'honorable Vivienne Poy :

Honorables sénateurs, j'aimerais remercier le sénateur Day de m'avoir cédé la parole. Quand j'en aurai terminé avec mes remarques, je la lui redonnerai.

Hier, j'ai écouté attentivement les discours du sénateur Di Nino et du sénateur Munson au sujet de l'adoption, par le Sénat, d'une motion demandant au gouvernement chinois de libérer Liu Xiaobo, le lauréat du prix Nobel. Le sénateur Day prendra la parole sur cette motion du point de vue du droit international.

Aujourd'hui, je prends la parole en tant que personne qui a baigné dans la culture chinoise et qui comprend l'histoire de ce pays. J'ai toujours pu dire publiquement le fond de ma pensée et je comprends donc à quel point il doit être difficile de se faire museler.

Je tiens à dire, d'entrée de jeu, que la liberté de parole, un élément central des droits de la personne, est importante. Contrairement au sénateur Munson, je n'ai pas rencontré Liu Xiaobo, mais je le respecte énormément et j'apprécie beaucoup son enseignement et ses écrits. Depuis ses débuts comme chargé de cours à l'Université normale de Beijing, il milite ouvertement pour les droits de la personne.

Honorables sénateurs, je ne crois pas que la motion dont nous sommes saisis aujourd'hui permettra à Liu Xiaobo d'être libéré de prison. En fait, si elle était adoptée, elle pourrait lui porter préjudice, ainsi qu'à sa famille et à ses partisans, surtout si la motion est très médiatisée et attire l'attention du gouvernement chinois.

Cette motion pourrait compliquer la vie de Liu Xiaobo et de sa famille. Je sais, en connaissance de cause, que cette motion pourrait, par inadvertance, susciter l'animosité des Chinois, car pour eux, cette motion constitue une ingérence dans les affaires internes de la Chine. En effet, même si les Chinois critiquent leur famille, ils désapprouvent les critiques formulées par quelqu'un de l'extérieur.

Imaginez-vous ce qui se passerait si le Congrès national du peuple adoptait une motion pour dire au gouvernement du Canada comment gérer sa politique interne. Rappelez-vous du tollé qu'a provoqué Charles de Gaulle en 1967 avec son tristement célèbre « Vive le Québec libre ».

Je crois que l'objet de cette motion relève du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international et s'inscrit dans le cadre des relations diplomatiques qu'il entretient avec son homologue chinois.

Même si les démocraties occidentales reconnaissent la liberté d'expression, il leur arrive quand même de censurer ou de tenter de faire taire ceux qui ne sont pas du même avis que les gouvernements. Le plus récent exemple en date remonte à l'année dernière, lorsque le Canada a littéralement empêché celui qui a longtemps été député britannique, George Galloway, d'entrer au Canada, soi-disant pour des raisons de sécurité. Cette décision a par la suite été renversée par un juge de la Cour fédérale, qui a déterminé qu'elle s'appuyait sur des motifs politiques.

Cette année, il y a eu l'annulation de l'allocution que devait prononcer le directeur exécutif national du Congrès islamique canadien, Zijad Delic, devant le ministère de la Défense nationale dans le cadre du Mois de l'histoire islamique. Quoi qu'on puisse penser de ces gens, la preuve est faite que le Canada n'endosse pas la liberté d'expression sous toutes ses formes.

J'ai remarqué que le sénateur Downe avait laissé entendre qu'on devrait dépêcher le sénateur Di Nino en Norvège pour faire des pressions. Je tiens à informer les sénateurs que plusieurs législateurs du Parti démocratique du gouvernement de Hong Kong ont pris la direction de la Norvège hier afin d'y dénoncer l'incarcération de Liu Xiaobo et de demander à Beijing de le remettre en liberté. Ils ont rempli leurs valises des livres, des pamphlets, des photos et des cartes postales de Liu Xiaobo, qu'ils distribueront lors de la cérémonie de remise des prix Nobel, à l'hôtel de ville d'Oslo.

Quand on leur demande ce qu'ils feront ensuite de leurs valises vides, ils répondent qu'ils les rempliraient bien de saumon fumé norvégien.

Comme ces gens viennent de Hong Kong, qui fait partie de la Chine, ils sont probablement les mieux placés pour réussir à influencer les autorités chinoises.

Selon moi, les améliorations aux politiques internes d'un pays doivent venir de l'intérieur, et les démocraties occidentales croient souvent, à tort, qu'elles peuvent transplanter leur gouvernement idéal dans un coin du monde qui est aux antipodes du leur, culturellement et historiquement parlant. Toujours selon moi, la façon la plus efficace de favoriser la démocratisation de la Chine consiste à sensibiliser la jeune génération de Chinois, dont plusieurs font des études dans des pays démocratiques occidentaux, comme le Canada. Ils rapportent — et continueront de rapporter — leurs acquis en Chine. C'est ainsi que le changement va se produire, même si ce n'est pas encore pour demain.

Les sénateurs savent peut-être que, de dictature imposant la loi martiale qu'elle était, Taïwan a réussi à devenir une démocratie en 1987, sans la moindre effusion de sang. Grâce à l'influence de Hong Kong, de Taïwan et des jeunes venus s'instruire en Occident, la Chine va finir par changer. Peut-être pas de mon vivant, mais elle va changer. Mais quand on connaît la notion du temps et de l'histoire des Chinois et qu'on compare les 5 000 ans de civilisation chinoise aux 143 ans d'existence du Canada en tant que pays, on comprend que les Occidentaux s'impatientent que la Chine prenne tant de temps à évoluer.

Je rappelle aux sénateurs quelle est la réponse typique du gouvernement du Canada lorsqu'un de ses citoyens est incarcéré à l'étranger. En règle générale, le Canada respecte la souveraineté des autres pays et l'indépendance de leurs processus judiciaires. Lorsque le Canada a des réserves, il les exprime par l'entremise du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, parce qu'il pourrait perdre la face s'il agissait autrement et que cela pourrait avoir des conséquences négatives. La diplomatie est la meilleure solution.

Pour conclure, honorables sénateurs, je voudrais répéter que je ne pense pas que la motion dont nous sommes saisis est un moyen efficace d'exercer une influence sur le gouvernement de la Chine. D'ailleurs, j'estime qu'elle pourrait avoir l'effet pervers d'empirer les conditions de Liu Xiaobo en Chine. Au bout du compte, si la Chine doit poursuivre son évolution en vue de devenir un État démocratique, ce sont les Chinois eux-mêmes qui devront agir, pas des étrangers critiques, aussi bonnes leurs intentions soient-elles.

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