Déclaration faite le 11 juin 2008 par le sénateur Grant Mitchell
L'hon. Grant Mitchell :
Honorables sénateurs, j'ai moi aussi fait une tournée, la
semaine dernière, en compagnie du sénateur Milne et d'autres membres du Comité
sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources
naturelles. Nous nous sommes rendus dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon pour y étudier les
effets des changements climatiques.
Ce fut une expérience très puissante. Pour quiconque nie
encore l'existence des changements climatiques ou estime que la situation n'est
pas urgente à cet égard, je recommande que cette personne aille passer une
semaine, une journée ou ne serait-ce que quelques heures dans le Nord et
converser avec les gens là-bas — surtout les Autochtones — qui peuvent voir et
sentir ces changements et qui en subissent les répercussions à l'heure
actuelle. Ces répercussions sont particulièrement difficiles pour les
Autochtones du Nord, notamment pour leur milieu, leurs collectivités et leur
mode de vie.
Aujourd'hui, je suis frappé de constater qu'au moment où
nous présentons des excuses pour l'innommable tragédie que nous avons fait
vivre aux Autochtones, ceux-ci seront peut-être confrontés à une nouvelle
catastrophe parce que les changements climatiques — dont nous sommes en partie
responsables alors qu'eux, en réalité, ne le sont pas — auront des
répercussions négatives sur leur vie dans un avenir assez rapproché.
Ces répercussions énormes comprennent entre autres une
augmentation de deux à trois degrés de la température à Inuvik sur une période
de 20 ans; une diminution accélérée de la taille du troupeau de caribous
Bluenose, qui passera de 160 000 à 40 000 bêtes sur une période de cinq ans;
l'infestation de dendoctrone du pin et de tordeuse des bourgeons de l'épinette
qui dévaste les forêts septentrionales et qui laisse entrevoir le spectre de
feux de forêt plus dévastateurs; la hausse du niveau des océans et l'érosion
conséquente de la côte, qui menacent les maisons situées dans des localités
comme Tuktoyaktuk, en bordure du delta du Mackenzie; la modification des
habitudes migratoires de certaines espèces, qui explique la présence dans le
Nord d'animaux qui n'y ont jamais été vus auparavant, par exemple le cerf à
queue blanche et le cerf mulet, qui peuvent transporter des virus et des
parasites susceptibles de tuer les espèces indigènes, ainsi que des habitudes
de l'ours polaire, qu'on voit maintenant à des endroits où il n'allait pas
auparavant et qui, par surcroît, semble désorienté; des modifications dans les
conditions météorologiques, notamment de la pluie, du tonnerre et des éclairs
en décembre à Tuktoyaktuk; la fonte de la calotte glaciaire; le
raccourcissement marqué de la période où les routes de glace sont carrossables.
Le phénomène le plus inquiétant est la fonte du pergélisol, qui libère des
métaux lourds qui, à leur tour, affectent les nappes phréatiques et dégagent
d'énormes quantités de gaz à effet de serre.
Bon nombre de collectivités autochtones du Nord constatent ces
répercussions avant le reste du Canada.
Les Autochtones n'ont évidemment pas créé le problème et ils ne peuvent
pratiquement rien faire pour le régler sans l'aide du reste du Canada et sans
le leadership de notre pays dans le monde. Tous les Canadiens doivent relever
ce défi et commencer à faire tout ce qui est nécessaire pour lutter contre les
changements climatiques.
Nous devons régler le problème pour de nombreuses raisons,
mais, dans le contexte des excuses présentées aujourd'hui aux Autochtones du Canada,
l'une des raisons les plus bouleversantes qui nous poussent à nous excuser,
c'est l'effroyable tragédie que nous avons fait vivre aux Autochtones de notre
pays. J'espère, et nous l'espérons tous, j'en suis certain, que nous allons
faire ce qui s'impose pour ne plus jamais devoir présenter des excuses pour une
autre tragédie.