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Rose-Marie Losier-Cool

L La sénatrice Rose-Marie Losier-Cool a été nommée au Sénat le 21 mars 1995. Elle en a été la vice-présidente du 17 novembre 1999 au 7 octobre 2002, et la toute première femme Whip du gouvernement du 15 janvier 2004 au 23 janvier 2006.

Discours et débats

Adoption de la motion demandant au Gouvernement de négocier avec les Étas-Unis le rapatriement immediat d’Omar Khadr

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Déclaration faite le 18 juin 2008 par le sénateur Roméo Dallaire

L'hon. Roméo Antonius Dallaire:

Honorables sénateurs, je suis déjà intervenu au sujet de cette motion et j'ai abordé à quelques reprises la question des enfants-soldats. Je vous présente une brève anecdote au sujet des enfants-soldats.

 

J'ai personnellement fait face à ces jeunes, les yeux dans les yeux. Ils étaient totalement hors de tout contrôle, sous la contrainte, sous l'effet de la peur, sous l'effet de la drogue, conditionnés à tuer et à estropier. Il n'y a aucune logique à la façon dont ils ont recours à la force. Aucune logique. Il ne s'agit pas d'un adulte qui prend une décision d'adulte. Il s'agit d'un enfant qui a été maltraité à l'extrême et qui a été armé par des adultes pour tuer et estropier.

 

Un jour, j'ai envoyé une patrouille dans un village qui avait été décimé. Pendant qu'elle traversait le village, les portes de la chapelle du village se sont ouvertes. Une centaine de personnes étaient cachées à l'intérieur, ce qui était inhabituel. Les extrémistes avaient coutume de dire aux gens de se réfugier dans les églises où, par convention, ils seraient à l'abri. Une fois que les églises étaient remplies, ils les encerclaient et entraient pour les abattre, rangée par rangée, parfois pendant des journées entières. Ils n'avaient pas encore massacré ces gens. Le sergent qui commandait la patrouille a appelé mon quartier général en demandant des véhicules pour transporter ces gens dans un endroit sûr. Pendant qu'il parlait à la radio, d'un côté du village, une trentaine de garçons âgés de 9, 10, 12, 14 ou 16 ans ont ouvert le feu sur le sergent dont l'uniforme était évident, puis sur les soldats et sur les gens qu'ils protégeaient. Pendant qu'il subissait cette attaque, de l'autre côté du village, il y avait une vingtaine de filles du même âge dont certaines étaient enceintes. Elles servaient de boucliers à d'autres garçons qui faisaient feu sur le sergent, ses soldats et les gens qu'il protégeait.

 

Je vais maintenant vous poser une question. Que devait faire le sergent? Quels ordres devait-il donner? Un caporal qui faisait partie de cette patrouille se remémore cet épisode de temps en temps, ce qui le fait tomber dans un état de stress post-traumatique. Il entend encore le sergent donner l'ordre de tirer. Il sent encore son doigt tirer sur la gâchette. Il voit très clairement la balle quitter son fusil. En fixant la mire, il voit exploser la tête d'un enfant. Quelle était la réponse correcte? Était-ce conforme à l'éthique, à la morale? Était- ce légal?

 

Honorables sénateurs, nous parlons d'un soldat qui fait face à d'autres combattants qui, légalement, ne peuvent pas être considérés comme des combattants aux termes de la convention parce que ce sont des enfants-soldats. En vertu du droit international, la Cour pénale internationale juge actuellement des adultes ayant recours à des enfants-soldats au Congo. Cet enfant-soldat est détenu dans une prison illégale. Il a été blessé par balles à deux reprises et soumis à toutes sortes d'interrogatoires. Même la Cour suprême a dit que les documents concernant les interrogatoires ne peuvent être utilisés par la cour. Il est détenu là-bas depuis six ans.

 

Le sénateur Mercer : Six ans!

 

Le sénateur Dallaire : En 2002, nous connaissions l'existence de Guantanamo. Nous n'avons rien fait. En 2002, je m'affairais à l'écriture de mon livre sur le génocide dirigé par des gens qui ne respectaient aucune règle, des gens qui ne croyaient pas aux droits de la personne, à la primauté du droit et à la bonne gouvernance. Ces gens ne se préoccupaient que de conserver le pouvoir et ils ont massacré des centaines de milliers de personnes. À ce moment-là, Omar Khadr ne faisait pas partie de mes préoccupations. Je pensais plutôt aux 800 000 autres humains que nous avions abandonnés et aux 14 soldats de mon équipe qui avaient perdu la vie.

 

J'ai terminé ce travail, puis j'ai entrepris des recherches à Harvard sur les enfants-soldats afin d'évaluer les conséquences du recours aux enfants-soldats, dans l'optique des 30 guerres actuellement en cours dans le monde et des quelque 300 000 enfants-soldats qui sont détenus sous la contrainte et drogués par des adultes qui veulent en arriver à leurs fins. Nous acceptons cela comme si de rien n'était. Nous ne voulons pas de guerre nucléaire, mais nous fermons les yeux sur les guerres dans lesquelles les enfants servent de principal système de défense. Nous acceptons cela. Il n'est pas dans notre intérêt personnel de nous en mêler.

 

Nous sommes pris à notre propre jeu, parce que nous avons maintenant un enfant canadien qui a été enlevé, amené dans une zone de combats et utilisé comme soldat alors que tous les adultes autour de lui savaient que c'était illégal. Cet enfant a souffert des rigueurs des combats et a été blessé. Il est emprisonné en tant qu'adulte depuis maintenant six ans dans le cadre d'un processus que tous ceux qui ont une opinion qualifient d'illégal, inapproprié, abusif et allant à l'encontre des droits de la personne et de la primauté du droit. Il est victime de mauvais traitements parce qu'une nation a paniqué devant une menace qu'elle ne comprend pas et qu'elle n'a pas su gérer. Cette nation utilise tous les moyens possibles pour atteindre son objectif de sécurité en contournant les droits de la personne, les libertés civiles et les conventions, y compris la Convention de Genève.

 

Honorables sénateurs, si nous laissons cette nation poursuivre dans cette veine, nous en aurons de la sécurité. Nous allons construire la forteresse Amérique, comme cette nation aurait souhaité qu'on le fasse le 12 septembre 2001, mais nous allons vivre dans un état policier. À quoi bon tous ces débats, ces décennies de travail si, au bout du compte, le seul moyen d'être en sécurité consiste à vivre dans un état policier?

 

Honorables sénateurs, cet enfant a été utilisé illégalement comme combattant, a été blessé au combat, en a été traumatisé et est emprisonné illégalement. Demain après-midi commencera un procès qui pourrait lui valoir d'être jeté en prison pour le reste de sa vie, dans le cadre d'un processus illégal que nous savons être en contravention avec les conventions auxquelles nous croyons. Il y a trois ans, je suis allé en Sierra Leone pour négocier avec les rebelles la libération des enfants. J'avais la crédibilité nécessaire pour négocier avec eux et manœuvrer avec l'UNICEF, l'Aide à l'enfance et la mission de l'ONU. Honorables sénateurs, si nous laissons Omar Khadr en prison et le soumettons à ce processus américain, nous devrons ensuite rester chez nous, sinon, nous passerons pour une bande d'hypocrites dans les autres pays.

 

Cette motion est extrêmement urgente. Ce n'est pas un geste insignifiant. Elle ne porte pas que sur un seul être humain. Aucun de nous, quelles que soient nos différences — qu'elles soient ethniques, religieuses, tribales ou politiques — n'est plus humain que l'autre. Si nous avons tout fait hier pour que nos soldats soient traités équitablement dans notre propre système judiciaire, et ce sont des adultes, comment concevoir que le lendemain nous laissions passer une motion et permettions ainsi à un enfant soldat de subir un traitement illégal?

 

Je vous demande de voter en faveur de cette motion.

 

Des voix : Bravo!

 

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