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Le décès de l'honorable Keith Davey, O.C. - Hommages

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Déclaration faite le 08 mars 2011 par le sénateur James Cowan, le sénateur David Smith, la sénatrice Sharon Carstairs (retraité) et le sénateur Art Eggleton

L'honorable James S. Cowan (leader de l'opposition) :

Honorables sénateurs, j'estime que c'est un privilège de rendre hommage à l'ancien sénateur Keith Davey, qui est décédé le 17 janvier dernier.

Tom Axworthy a parlé éloquemment, lors des funérailles du sénateur, du rôle clé que celui-ci avait joué dans le développement politique moderne de notre pays. Il a déclaré ceci :

Le Canada moderne que nous aimons est le produit de la politique et des politiques de Pearson et Trudeau. Ils ont été les principaux architectes de notre société juste fondée sur l'équité sociale et de la Charte des droits.

Cependant, si Pearson et Trudeau ont été les architectes, Keith Davey a été l'entrepreneur général. Il recrutait les hommes et les femmes qui se portaient candidats, dirigeait les campagnes et conseillait les premiers ministres au sujet de ceux qui pouvaient faire le travail.

Le sénateur Davey se décrivait lui-même comme un « pragmatique naïf », même après des décennies en politique canadienne. Il aimait tout de la politique, de la base — en faisant du porte à porte et en faisant sortir le vote, surtout dans Toronto, qu'il aimait tant — jusqu'au premier ministre qu'il conseillait et à la planification des grandes campagnes nationales. Il n'a jamais oublié qui il était ni perdu de vue ce qu'il faisait.

Keith Davey avait des convictions extrêmement solides et, par-dessus tout, il était d'une grande loyauté envers le Parti libéral du Canada, qu'il servait avec dévouement, loyal envers les nombreux premiers ministres qu'il a servis et envers les Yankees, les Blue Jays et même les Maple Leafs.

Une chaleur engageante se dégageait de sa personne. Les nombreuses notices nécrologiques et tous les éloges funèbres qui lui ont été consacrés par des gens de tous les partis politiques attestent du respect profond et de l'affection qu'il inspirait à tant de Canadiens. Un titre exprime particulièrement bien ce sentiment : « Il faisait tomber la pluie et briller le soleil ».

Il avait un talent tout particulier pour trouver des Canadiens talentueux et les convaincre de participer à la vie politique de leur pays. On peut dresser une liste apparemment sans fin des meilleurs parlementaires de notre histoire qui ont été attirés dans la vie publique par Keith Davey.

Durant son long mandat au Sénat, Keith a siégé à plusieurs comités, mais sa plus grande source de fierté était certainement son étude sans précédent sur les moyens de communications de masse, qui s'intitulait Le miroir équivoque. Cette étude est encore considérée aujourd'hui comme un exemple classique du meilleur travail produit par le Sénat. Cela a permis de révéler l'énorme influence des médias américains sur le Canada et l'importance de faire en sorte que les médias canadiens soient en mesure, et je le cite, de « souligner ce qui nous distingue de la culture américaine ».

Keith Davey aimait le Canada.

Honorables sénateurs, il est remarquable que, au cours des derniers mois, nous avons dû rendre hommage à deux figures emblématiques de la politique canadienne, à savoir le sénateur Keith Davey, un grand libéral, et le sénateur Norm Atkins, un grand progressiste-conservateur. Chaque homme était considéré comme une légende dans son parti et était dévoué corps et âme à ce dernier. Chaque homme aimait la politique sous tous ses aspects. Chaque homme répondait aux normes d'intégrité et de décence les plus élevées, et avait une passion absolue pour le Canada. C'était évidemment des adversaires sur le plan professionnel mais, durant leurs années de travail au Sénat, ils sont devenus de très bons

amis. Pour moi, cela représente ce qu'il y a de mieux dans ce pays et dans la tradition politique canadienne, à savoir le fait que deux personnes complètement partisanes avec des points de vue diamétralement opposés peuvent quand même nouer une solide amitié et travailler ensemble, comme les sénateurs Davey et Atkins l'ont fait au Sénat pour le bien du Canada.

Honorables sénateurs, ces deux grands hommes croyaient que la politique pouvait être utilisée pour faire le bien et que les partis politiques avaient le pouvoir de faire le bien. Ils ont vu personnellement comment les partis politiques pouvaient inciter les citoyens à s'engager dans la vie politique de leur pays. Ils se sont battus farouchement, mais ils ont toujours démontré du respect pour leurs adversaires et cru fermement qu'il était plus important de respecter le processus démocratique que de gagner. C'étaient des hommes vraiment honorables.

Les mémoires du sénateur Davey se terminent sur la citation suivante de Teddy Roosevelt :

Tout le mérite va à l'homme qui est dans l'arène, à celui dont le visage est couvert de poussière, de sueur et de sang [...], qui connaît l'enthousiasme, le dévouement, qui se donne sans compter à la défense d'une juste cause, qui, au mieux, connaît finalement le triomphe des hauts faits et, au pire, échoue après avoir beaucoup risqué tant et si bien que sa place ne sera jamais avec les craintifs et les timorés qui n'ont jamais connu le goût ni de la victoire, ni de la défaite.

Honorables sénateurs, je ne puis conclure mon intervention sans dire un mot sur la famille du sénateur Davey et l'amour profond qu'il vouait à ses enfants et à son épouse bien-aimée, Dorothy. Au cours des dernières années, ils ont tous beaucoup souffert des ravages que causait la maladie d'Alzheimer au brillant esprit du sénateur Davey. Nous leur transmettons à tous nos plus sincères condoléances.


L'honorable David P. Smith :

Honorables sénateurs, je prends la parole pour rendre hommage au regretté sénateur Keith Davey, qui était un pilier du Parti libéral du Canada et un héros.

Je suis arrivé à Ottawa en 1961, il y a 50 ans. Il va sans dire que j'étais très, très jeune. Néanmoins, je suis devenu actif au sein du Parti libéral lorsque je fréquentais l'université. Au bout de deux ou trois ans, j'étais devenu président des jeunes libéraux de l'Université Carleton, puis ensuite président pour l'Ontario et enfin président national des jeunes libéraux du Canada. Étant donné que je me tenais sur la Colline du Parlement, j'en suis venu à bien connaître Keith. Après avoir obtenu mon diplôme, je me préparais à entrer à la faculté de droit. Keith m'a dit : « Ne fais pas cela. Prends une année de congé. Tu vas être mon bras droit à l'administration centrale et tu vas assumer les fonctions de directeur national des jeunes libéraux. Tu va traverser le pays d'un bout à l'autre tous les mois. » C'est ce que j'ai fait. C'était une période passionnante.

C'est un fait que Keith a été un mentor, un modèle et, surtout, un ami de toujours. Si l'on pouvait béatifier quelques libéraux de cette époque, mes trois choix seraient Lester B. Pearson, Walter Gordon et Keith Davey. Je crois qu'il serait approprié d'en faire des saints libéraux.

Keith a permis à M. Pearson d'accomplir son destin. Il y a quelques années, lorsque Jack Granatstein a consulté tous les professeurs d'histoire du Canada et leur a demandé de classer les premiers ministres, M. Pearson est arrivé au quatrième rang, après les premiers ministres Macdonald, Laurier et King. M. Pearson s'est classé quatrième, et c'est à Keith qu'il le doit.

Keith et moi avions des points en commun. Premièrement, nous étions de Toronto. Nous étions des amateurs de sports de Toronto.

Keith a apporté à M. Pearson ce qu'il lui manquait. M. Pearson était un grand universitaire, un grand bureaucrate et il avait 52 ans lorsqu'il a été élu. Toutefois, Keith comprenait les médias, la publicité et les sondages, et il avait un instinct politique sûr. Je dis souvent que l'instinct politique, c'est comme l'oreille en musique : c'est quelque chose d'inné. Une personne peut assister à mille concerts et ne pas avoir l'oreille musicale. Keith, lui, possédait un instinct politique sûr.

Je n'oublierai jamais le soir des élections de 1965. Keith et moi étions au quartier général du parti. Il y avait 265 sièges à la Chambre. Il nous fallait donc remporter les élections dans 133 circonscriptions, ou 134 si le Président était libéral. Nous en étions à 131. Misère. Keith m'a demandé de vérifier le vote des soldats figurant sur les deux dernières listes. Je lui ai répondu : « Keith, nous avons 131 députés. Allons nous détendre et nous amuser dans la suite de M. Pearson au Château Laurier. »

Aujourd'hui, je me contenterais probablement d'être à deux sièges de la majorité. Voyez ce qu'a fait M. Pearson. Voilà l'attitude qu'il faudrait avoir plus souvent au Parlement. J'ai plusieurs bons amis parmi les sénateurs d'en face. J'hésite à les nommer, car je ne veux pas leur attirer des ennuis. Toutefois, c'est l'attitude qu'il faudrait voir plus souvent. Keith se faisait facilement des amis.

Je n'oublierai jamais le soir de son 70e anniversaire à l'Ontario Club. Il a annoncé qu'il quitterait son poste lorsque le Parlement suspendrait ses travaux. Nous ne nous étions pas tous rendu compte de son état. Seulement deux ou trois personnes étaient au courant. Par contre, lui savait de quelle maladie il était atteint. Ce qu'il a fait était très noble. Il voulait que les gens se souviennent de lui sous son meilleur jour. Il était extraordinaire.

Dorothy, Doug, Ian et Cathy, je ne puis rendre hommage à Keith Davey comme il le mérite.


L'honorable Sharon Carstairs :

Honorables sénateurs, c'est mon mari, John, et un ami de Keith, qui était aussi le nôtre, Jim Coutts, qui m'ont présenté Keith Davey. Jim Coutts était notre garçon d'honneur à notre mariage, et Keith nous avait envoyé ses vœux, à cette occasion, il y a environ 45 ans.

Honorables sénateurs, si John et moi n'avions pas été à Genève, parce que j'assistais à une réunion du Comité des droits de l'homme des parlementaires, nous aurions assisté aux funérailles de Keith. C'était une curieuse coïncidence qu'il meure alors que j'étais en mission de protection des parlementaires du monde. C'est pourquoi, dans notre hôtel de Genève, nous avons pris un verre en pensant à notre bon ami Keith.

Cheveux blancs, yeux brillants, toujours chic et droit comme un i, Keith Davey avait beaucoup d'allure. En tant que politicienne, j'ai été particulièrement impressionnée quand, en 1976, Keith m'a demandé de présider la campagne électorale fédérale en Alberta. J'aurais dû savoir que ce n'était pas si étonnant de la part de Keith — après tout, Dorothy occupait une place si importante dans sa vie — mais, à cette époque, les femmes ne présidaient pas des campagnes fédérales. Malheureusement, je n'ai pas pu accepter l'offre, parce que je déménageais au Manitoba. L'histoire se termine ainsi, mais c'est déjà une histoire en soi.

Je n'ai siégé que deux ans au Sénat en compagnie de Keith Davey. Il a décidé de prendre sa retraite parce qu'il souffrait la maladie d'Alzheimer, une terrible maladie qui touchera bon nombre d'entre nous. J'espère seulement que nous saurons tous y faire face avec autant de dignité que Keith et Dorothy Davey.


L'honorable Art Eggleton :

Honorables sénateurs, je suis heureux de rendre hommage à mon tour à Keith Davey et de célébrer sa vie, sa carrière de sénateur, son travail au sein de son parti, le Parti libéral du Canada, et la façon dont il a servi ses concitoyens. Oui, le sénateur Davey était très attaché à tout cela et il défendait passionnément le Canada.

J'ai côtoyé le sénateur Davey pendant une grande partie de mes 35 années de vie publique. En fait, c'est lui qui m'a recruté pour être candidat à une élection partielle tenue en 1978. À cette époque, se présenter pour le parti au pouvoir n'était pas une expérience des plus palpitantes, mais, avec son aide, j'ai eu l'occasion de faire un retour dans les années 1980 et d'être élu maire de Toronto. Je suis devenu maire de Toronto avec l'aide, le soutien et les conseils de Keith Davey. Ironiquement, Norm Atkins était aussi très sympathique à ma cause. Même le sénateur Hugh Segal admettra qu'il a voté pour moi — le seul libéral pour lequel il a voté au cours de sa vie — lorsque je me suis présenté à la mairie de Toronto.

Keith m'a beaucoup appuyé et m'a donné des conseils fort judicieux. Doté d'une très bonne capacité d'écoute, c'était un être très bon et honorable. Je me souviens de l'avoir rencontré à plusieurs reprises au cours des années où j'ai été maire de Toronto. Je me rappelle avoir pris bien des petits-déjeuners avec lui au Park Plaza pour discuter des enjeux importants du jour.

Keith Davey était surnommé le « Rainmaker ». C'est le titre qu'il a choisi pour son livre et c'est le nom qu'on lui attribue le plus souvent. Cependant, honorables sénateurs, je pense que c'est le très honorable Pierre Elliott Trudeau qui a le mieux décrit Keith Davey. Sur une photo de Keith, un excellent collaborateur de l'ancien premier ministre pendant de nombreuses années, M. Trudeau avait écrit : « Tu as été un rayon de soleil. »

Honorables sénateurs, en effet, Keith a été un rayon de soleil dans la vie de plusieurs d'entre nous. Je suis très heureux qu'il ait partagé sa vie avec nous et j'en suis fort reconnaissant à sa famille.


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