Déclaration faite le 15 juin 2011 par la sénatrice Jane Cordy
L'honorable Jane Cordy :
Honorables sénateurs, on dit à juste titre que l'endroit d'où l'on vient contribue à façonner la personne que l'on deviendra un jour. Cela semble découler davantage du sentiment d'appartenance qu'on éprouve envers la collectivité où l'on a grandi que du milieu physique en tant que tel, mais c'est le genre de chose qui façonne une collectivité.
Je suis une fille du Cap-Breton jusqu'au bout des ongles.
Des voix : Bravo!
Le sénateur Cordy : C'est merveilleux d'être originaire du Cap- Breton, et ce, pour bien des raisons. Je suis persuadée que les sénateurs MacDonald et Murray pourraient en témoigner. Au lieu de tenter d'en dresser la liste, permettez-moi de vous présenter des exemples concrets du genre de personnes que j'ai côtoyées.
Au cours des prochains mois, je vais vous présenter des femmes du Cap-Breton qui ont eu une grande influence et qui ont contribué énormément à la vie de notre pays. Ces femmes font partie de mes héros personnels.
La première de la série portait le surnom de « rebelle à la croix ». Il s'agit de sœur Peggy Butts.
Madame le sénateur Butts, nom sous lequel plusieurs d'entre vous l'ont connue dans cette enceinte, est née à Glace Bay, sur l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Plus tard dans sa vie, elle entre dans l'ordre des sœurs de Notre Dame. Sa vie de religieuse lui a donné l'occasion de vivre des expériences incroyables et d'acquérir une grande perspicacité qui l'ont bien servie à l'époque où elle siégeait au Sénat. Chose certaine, elle apportait un point de vue sans pareil aux débats.
La contribution de sœur Peggy à la justice sociale en Nouvelle- Écosse est exceptionnelle. Membre fondatrice du conseil de santé régional de l'Est de la Nouvelle-Écosse, elle a fait partie du groupe de travail provincial sur l'industrie de la pêche de la côte Est ainsi que de la table ronde de la Nouvelle-Écosse sur l'économie et l'environnement.
Outre le fait que madame le sénateur Butts était très engagée dans sa collectivité, elle était dotée d'un esprit brillant qui faisait d'elle la parfaite candidate pour servir l'État. Elle possédait un baccalauréat en philosophie, un baccalauréat en éducation, ainsi qu'une maîtrise et un doctorat en science politique. Sœur Peggy a été professeure à l'Université du Cap-Breton pendant 18 ans. Elle était directrice de l'école secondaire Holy Angels à l'époque où je la fréquentais en tant qu'élève.
Certains de mes souvenirs les plus chers de sœur Peggy se rapportent à l'entraînement de basketball du samedi matin à l'école secondaire Holy Angels. Les religieuses, à l'époque — il y a longtemps —, portaient une longue robe noire et un voile. Quand sœur Peggy courait sur le terrain de basketball, son voile flottant dans son dos, on pouvait voir poindre des espadrilles blanches au bas de sa robe. Son amour du basketball n'était surpassé que par son amour des Canadiens de Montréal.
C'est après qu'elle ait reçu en 1995, le prix Weiler, en reconnaissance de ses contributions exceptionnelles au développement communautaire et social au Canada, et un diplôme honorifique de l'Université St. Francis Xavier en 1996, que le premier ministre Jean Chrétien l'a nommée au Sénat en 1997. Sa nomination est en soi intéressante parce que c'était la première en son genre. Elle a été la première religieuse à devenir sénateur. Ayant fait vœu de pauvreté en entrant dans les ordres, sœur Peggy n'était pas propriétaire terrienne, comme l'exigeait la loi pour devenir sénateur. Les sœurs ont donc transféré le droit de propriété d'un petit terrain à son nom pour qu'elle remplisse les conditions requises. Les sœurs savaient bien de quoi était capable sœur Peggy et croyaient en sa capacité de servir et de faire de grandes choses à Ottawa pour les Canadiens.
Toute sa vie et, certainement, durant sa carrière au Sénat, sœur Butts a travaillé sans relâche, ne demandant jamais rien en retour, allant même jusqu'à verser la totalité de son salaire à des œuvres de charité.
C'était une femme remarquable et notre pays a eu de compter sur la présence de cette femme forte du Cap-Breton ici, au Sénat. C'est dommage que je n'aie pu servir à ses côtés au Sénat, mais je suis reconnaissante d'avoir pu m'instruire sous sa direction à l'école Holy Angels. Elle a laissé un héritage difficile à égaler et, lorsque nous faisons de notre mieux chaque jour pour nous acquitter de nos fonctions, nous pouvons peut-être songer à Peggy Butts et à l'enthousiasme qu'elle a insufflé à notre travail.
Honorables sénateurs, j'ai hâte de vous raconter l'histoire d'autres femmes exceptionnelles du Cap-Breton au cours des prochains mois.