Discours et débats

Le budget de 2011 — Interpellation

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Déclaration faite le 16 juin 2011 par le sénateur Grant Mitchell

L'honorable Grant Mitchell :

Honorables sénateurs, je vous remercie de votre patience. J'aimerais présenter plusieurs commentaires sur l'interpellation no 1. J'essaierai d'être bref, mais il y a plusieurs points que je dois présenter sur la question du changement climatique.

Il n'y a pas grand chose à dire sur les changements climatiques si on se fie uniquement au discours du Trône et au budget. Le discours du Trône n'aborde même pas la question. C'est probablement le plus gros défi qu'ait jamais eu à relever le pays et le gouvernement du Canada n'a pas dit un mot à ce sujet dans le discours du Trône, alors qu'il est majoritaire et qu'on lui fait confiance au plan politique, du moins, c'est ce qu'on se plaît à nous répéter. On serait porté à croire qu'il pourrait agir et user de cette confiance pour prendre des décisions difficiles — les ministériels parlent sans cesse de décisions difficiles — à l'égard d'un des plus importants défis auxquels doit aujourd'hui faire face le pays et, en fait, le monde.

La question déborde des simples considérations environnementales. Je sais que les conservateurs ne se laisseront pas naturellement — et je promets de ne pas abuser de ce qualificatif — convaincre par les arguments environnementaux en faveur de la lutte aux changements climatiques. Je vais donc solliciter leur instinct et leur parler des répercussions économiques des changements climatiques, de même que des répercussions économiques que nous subirons si nous ne nous y attaquons pas, car l'un ne va pas sans l'autre.

On nous répète sans cesse que la lutte aux changements climatiques nuira à l'économie. J'aurais plutôt tendance à croire que c'est le contraire qui va de soi et que l'économie s'en ressentira beaucoup plus si on ne fait rien. Chose certaine, les preuves empiriques montrent clairement que les changements climatiques nuisent déjà à l'économie canadienne.

Il y a environ une semaine, je discutais avec des agriculteurs, et ils me faisaient remarquer que c'est la cinquième année d'affilée qu'une vaste partie de la Saskatchewan ne sera pas ensemencée à cause des inondations. Ils parlaient bien entendu de la région d'Interlake. Il ne fait aucun doute que ce phénomène est directement attribuable aux changements climatiques et à ses répercussions. Or, personne ne peut contrôler ces répercussions. Il est possible, en revanche, de contrôler les mesures et les programmes qui nous permettraient de commencer à nous attaquer aux racines du problème.

Ce qui m'agace tout particulièrement, parmi les nombreuses choses qui m'agacent, vous l'aurez deviné, c'est qu'il est impossible de s'attaquer à un problème comme les changements climatiques si on n'en mesure pas bien l'ampleur. Récemment, le gouvernement a multiplié les gestes déconcertants nous prouvant soit qu'il a délibérément choisi de ne pas mesurer adéquatement l'ampleur des changements climatiques, soit qu'il n'a pas les compétences requises pour le faire.

En vertu d'une entente conclue avec l'ONU, le gouvernement devait produire un rapport et le faire parvenir à cette dernière. Ce rapport doit faire état des émissions produites par le Canada en 2009. On y lit deux choses, aussi douteuses l'une que l'autre. Primo, le gouvernement n'a pas précisé la proportion de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre attribuable aux sables pétrolifères.

Quand je lui ai posé la question, l'autre jour, le leader du gouvernement m'a répondu que je ne servais pas les intérêts des Albertains en faisant valoir que le gouvernement avait erré en fournissant des renseignements inexacts à l'organisme international que l'on sait et en induisant le reste du monde en erreur. Ce jour-là, je lui ai dit la même chose que ce que je m'apprête à faire valoir, à savoir qu'on ne sert pas non plus les intérêts des Albertains en induisant le reste du monde en erreur. Les Albertains ne sont que trop heureux que l'on dise la vérité au reste du monde à propos de leur province, parce qu'il y a beaucoup de belles choses à dire à propos de l'Alberta et des sables pétrolifères. Or, on ne défend les intérêts ni des sables pétrolifères, ni des Albertains, ni des Canadiens en induisant les gens en erreur ou en leur mentant. C'était le premier problème.

Le deuxième problème, c'est que dans ce rapport, le gouvernement prétend que le Canada a réduit de 40 mégatonnes ses émissions de gaz à effet de serre au cours de l'année 2009. À première vue, on penserait pouvoir se fier à un tel rapport diffusé par le gouvernement du Canada. Je me souviens d'une époque où l'on pouvait réellement croire ce que publiait le gouvernement du Canada. Le monde entier l'aurait cru. Nous avions de l'intégrité, de l'honneur, une bonne réputation et de la crédibilité dans le monde. Toutefois, à peine quelques jours plus tard, un rapport publié par le même ministère sur la Loi de mise en œuvre du Protocole de Kyoto chiffrait la réduction à 4 mégatonnes. Le gouvernement venait donc de déclarer au monde entier un nombre 10 fois trop élevé. C'est probablement une erreur d'arrondissement. Cela aurait pu être zéro. Le gouvernement a induit le monde entier en erreur, puisqu'il a fait passer sa réduction de 4 à 40 mégatonnes.

À l'autre endroit, ce que le ministre de l'Environnement avait à dire pour sa défense, c'est que le ministère possède deux ensemble de données. Incroyable! Nous avons deux ensembles de données? Il vous a fallu cinq ans pour y parvenir, et vous avez travaillé si fort que vous avez été en mesure de produire deux ensembles de données? Peut-être auriez-vous dû y mettre un peu plus d'effort et produire trois ou quatre ensembles de données.

Il est incompréhensible que le ministre se vante du fait que nous avons deux jeux de données ou un semblant de solution au fait qu'il est bien difficile de faire face aux changements climatiques si l'on ne peut les mesurer. De toute évidence, il s'agit d'un cas d'incompétence ou alors d'un refus délibéré de mesurer les réductions dans l'espoir de retarder davantage l'intervention à l'égard de ce problème si important, laissant ainsi s'échapper, ce qui est encore plus important, cette belle possibilité économique pour le Canada et la chance pour celui-ci de jouer un rôle de chef de file mondial en matière de lutte contre les changements climatiques.

J'ai une question pour le gouvernement. Est-ce qu'il serait possible que le propriétaire d'une entreprise ait deux livres comptables, l'un qu'il destinerait aux vérificateurs, et l'autre qu'il conserverait tout au fond d'un tiroir, et dans lequel il inscrirait les vrais chiffres? Est-ce que ce serait possible qu'il conserve un livre pour ses impôts et qu'il en dissimule un autre, dans lequel il indiquerait les vraies sommes? Bien sûr, ce ne serait pas possible. Personne ne ferait cela.

Nous pourrions poser la question à Tony Clement qui, lui, ne possède aucun livre comptable. Voilà une autre façon de faire : on ne mesure rien, et on ne consigne rien. Ce serait tellement facile, n'est-ce pas? En fait, c'est aberrant.

J'ai ensuite consulté le budget. J'étais impatient, car je me disais : « Oh mon Dieu, il n'y a rien à ce sujet dans le discours du Trône, mais peut-être qu'il en sera question dans le budget, du moins je l'espère. » Or, avez-vous vu la longueur de ce budget? Non seulement cela, mais ils ont eu des mois et des mois pour le préparer, puis des mois pour le revoir encore et encore, parce qu'ils ont disposé de beaucoup de temps après l'avoir présenté la première fois. Dans ce budget, 400 millions de dollars sont accordés à une seule initiative liée aux changements climatiques, soit le programme écoÉNERGIE Rénovation — Maisons. Quel excellent programme, que dis-je, quel programme fantastique : il prévoit une réduction de l'ordre d'une mégatonne.

Nous sommes maintenant en 2011, et, selon le gouvernement, il y aura une diminution de 17 p. 100 d'ici 2020, ce qui correspond à 178 mégatonnes. Une mégatonne doit représenter moins de 1 p. 100. Elle correspond en fait à un peu plus de 0,5 p. 100, et nous devons atteindre l'objectif de 17 p. 100, soit 178 mégatonnes. J'ai déterminé qu'à ce rythme, il nous faudra 45 ans, si on tient compte des quatre années déjà écoulées et qu'on y ajoute l'année du programme écoÉNERGIE Rénovation — Maisons. Nous atteindrons donc l'objectif fixé pour 2020 en 2057. N'est-ce pas fantastique?

J'ai tellement de respect pour le sénateur St. Germain. Il représente si bien les Autochtones de notre pays. Savez-vous qui, au Canada, souffrira des changements climatiques autant, si ce n'est plus, que quiconque? Les Autochtones, parce qu'ils vivent sur ces terres. Ils vivent différemment d'un grand nombre d'entre nous. Ils dépendent du climat et de la terre et cette terre est abimée, si ce n'est, dans bien des cas, détruite, au point où elle ne peut plus les nourrir et leur fournir leur subsistance. Nous devons aussi tenir compte d'eux. Je veux exprimer ma profonde déception, non pas ma surprise, mais ma profonde déception.

Il y a un autre point que je veux aussi mentionner brièvement. Plusieurs d'entre nous, dont le sénateur Angus et moi, ont été conviés à un dîner intéressant au haut-commissariat de Grande- Bretagne. Il y avait un ministre britannique, un libéral-démocrate, un homme éclairé, intelligent et perspicace, comme vous pouvez l'imaginer, et il a décrit les progrès et les réalisations de la Grande- Bretagne au chapitre des changements climatiques. Saviez-vous que la Grande-Bretagne a déjà doublé son objectif de Kyoto et qu'elle l'aura plus que doublé d'ici la fin de 2012? Entre autres mesures qui les ont aidés à y parvenir — et les conservateurs n'en croiront pas leurs oreilles —, les Britanniques ont utilisé un mécanisme du marché pour mener à bien leur plan sur les changements climatiques. Ils ont laissé le marché fixer le prix du carbone et ils ont permis à tous les entrepreneurs et à toutes les entreprises de prendre toutes les décisions. Ils n'ont pas tenté de diriger les efforts, comme tente actuellement de le faire M. Kent. Non, ils ont agi de la manière la moins intrusive et la moins coûteuse possible, et ils ont doublé leur objectif.

Nous avons maintenant une multitude de conservateurs et de fonctionnaires qui travaillent avec acharnement à tenter de mettre au point un règlement. C'est la façon la plus coûteuse, la plus envahissante et la plus socialiste d'amorcer une démarche en ce sens. Je ne veux pas critiquer leurs valeurs, et je ne le ferai pas. Je veux les obliger à respecter leurs valeurs et leurs normes. Si je prends la parole aujourd'hui, c'est que j'essaie de leur rendre service, de leur faire comprendre que, s'ils croient aux échanges commerciaux, au marché et à l'importance de profiter des occasions sur le plan économique, ils devraient faire quelque chose au sujet des changements climatiques. Ils pourraient, par exemple, implanter un marché du carbone qui favoriserait les initiatives concernant les changements climatiques et permettraient aux entreprises et aux exploitations agricoles de gagner de l'argent.

Je ne connais pas un seul agriculteur albertain ou canadien qui ait trop d'argent, ni même qui en ait assez. On peut utiliser ces mécanismes et un peu de créativité pour assainir progressivement, pour sauver notre économie et pour assumer nos responsabilités à l'endroit de nos enfants et petits-enfants.

Des voix : Bravo!

L'honorable Sharon Carstairs : Le sénateur accepterait-il de répondre à une question?

Le sénateur Mitchell : Oui.

Le sénateur Carstairs : Honorables sénateurs, j'étais à Bruxelles, à la fin de mars, pour y prononcer un discours sur les soins palliatifs, à l'occasion d'une conférence internationale. Pour me rendre au lieu de la conférence, j'ai dû traverser le terrain de la Commission européenne. J'ai été choquée et consternée d'y voir une immense affiche, des deux côtés, déplorant le fait que le Canada ne tenait pas compte des problèmes environnementaux dans son traitement des sables pétrolifères.

J'étais assez gênée de me trouver là, en tant que Canadienne. Franchement, une partie de l'information était fausse, mais certains éléments étaient vrais. C'est un peu comme pour la campagne sur la chasse au phoque. Si nous n'y voyons pas, nous allons perdre la bataille.

Le sénateur Mitchell a-t-il déjà entendu parler d'autres affiches du genre dans le monde? Sait-il si le gouvernement a pris des mesures pour contrer cette désinformation?

Le sénateur Mitchell : Je remercie madame le sénateur de sa question.

Madame le sénateur soulève un problème qui se pose constamment aux entreprises et auquel elles consacrent beaucoup d'énergie, soit le risque pour leur réputation. Ce risque a une énorme importance pour les entreprises ainsi que pour le Canada. Laissez- moi vous expliquer de quelle façon.

Premièrement, si notre réputation est solide, alors notre crédibilité est établie et nous avons un certain pouvoir et une certaine influence dans le monde. Par conséquent, si nous voulions, par exemple, adopter une position ferme — ce que nous faisons d'ailleurs — et aider Israël, nous aurions alors l'influence, la crédibilité et le pouvoir nécessaires pour le faire. Vouloir aider Israël, c'est une chose, mais sans crédibilité sur le plan international, c'est mission impossible. Or, nous risquons d'avoir les mains liées, parce que nous sommes en train de perdre notre crédibilité, notamment parce que notre bilan dans le dossier des changements climatiques porte atteinte à notre réputation.

Cela commence également à miner notre capacité de nouer des relations commerciales solides avec la Grande-Bretagne et les pays d'Europe. Or, nous essayons de conclure des accords commerciaux avec ces pays. Je suis désolé de devoir informer le sénateur que cela commence à avoir des répercussions sur la nature même des relations commerciales que certains pays acceptent de nouer avec le Canada.

En outre, aux États-Unis, des gens très influents et puissants s'opposent à la construction de pipelines visant à assurer le transporter du pétrole extrait des sables pétrolifères — même si ce n'est pas ainsi qu'ils appellent ce produit — vers leur pays, ce qui aura inévitablement des répercussions sur nos exportations. C'est d'autant plus inquiétant si l'on sait qu'en exploitant le gaz de schiste disponible sur leur territoire, les États-Unis pourront arrêter d'importer le gaz produit au Canada d'ici 2030. Nous perdrons alors ce marché. Par conséquent, nous devons faire attention aux autres produits que nous exportons.

Notre réputation risque d'en prendre un sérieux coup. Si nous ne réagissons pas, nous nous ferons du tort ainsi qu'à nos alliés, à maints égards. Le gouvernement ne fait carrément rien pour rétablir et améliorer la réputation du Canada sur la scène mondiale.

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