Déclaration faite le 01 novembre 2011 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, je n'avais pas l'intention de parler du Royal 22e Régiment. Cependant, samedi soir dernier, j'ai participé à une soirée à la base militaire de Valcartier. Il s'agissait d'une collecte de fonds pour le Centre de ressources famille-militaire de Valcartier, qui prend soin des familles des militaires de la grande région de Québec qui ont servi outre-mer et qui servent encore dans les forces armées. Il y avait plus de 700 convives et l'organisme a récolté 377 000 dollars. Ces fonds sont essentiels pour cet organisme, car ils permettent de financer ses activités. Le Conseil du Trésor considère inapproprié que ce centre soit financé par le gouvernement fédéral. Les gens sur place croient que cet argent est essentiel pour subvenir à leurs besoins.
La base de Valcartier et la Citadelle sont les « maisons mères » du Royal 22e Régiment. L'emblème du Royal 22e Régiment, c'est un castor. D'ailleurs, on se permet de le dire, on appelle ses membres « les queues plates ».
Mon père s'est joint au 22e Régiment à la Citadelle, comme soldat, en 1929, et mon beau-père s'est joint au 22e Régiment à la Citadelle, en 1928, comme lieutenant.
Il est intéressant de connaître l'historique du castor au sein des forces armées. Avant que les forces armées canadiennes ne soient en place, donc en 1871, sous le joug britannique, des régiments de milice avaient une histoire : régulièrement, sur leur emblème, on voit le castor. Après que les forces armées eurent été créées, l'armée canadienne, en 1871, et ce jusqu'à la mobilisation en 1914, et de nombreux autres régiments ont aussi adopté le castor comme point de repère. Ils ont d'ailleurs adopté deux emblèmes : le castor et la feuille d'érable.
Des 178 régiments d’infanterie qui ont été mobilisés pendant la Seconde Guerre mondiale — nous en sommes justement à cette période de l’année où nous nous rappelons notre histoire militaire et nos anciens combattants —, un seul était un régiment francophone. Tous les autres francophones étaient éparpillés dans le reste de l’armée. À cette époque, on craignait que les francophones ne créent une deuxième armée s’ils étaient tous ensemble, ou Dieu seul sait ce qu’ils auraient pu faire. On remettait donc en question leur loyauté.
Le fait est que le seul régiment composé de Canadiens français a choisi le castor comme emblème. En dessous du castor, c'est écrit : « Je me souviens ». Pourquoi? Ce n'est pas nécessairement parce que le castor a beaucoup de mémoire, bien qu'il semble être bien structuré autour des lacs où il s'installe, mais plutôt parce que « Je me souviens » est un lien avec l'ancien régime. L'ancien régime a été fondé sur la traite des fourrures et la traite des fourrures a connu du succès particulièrement à cause du castor; c'est donc un lien direct.
Lorsque le nouveau drapeau a été adopté en 1967, mon père, qui avait servi sous le Red Ensign, était offusqué. Il a dit : « Je me suis battu sous le Red Ensign, mais je suis prêt à accepter le nouveau drapeau parce qu'il y a une feuille d'érable. » Donc, il y avait un lien.
En 1975, lorsqu'on a adopté le castor comme emblème, il y avait un lien fondamental de près de 400 ans d'histoire. Le castor est encore là. On le voit non seulement sur les bérets des soldats du 22e Régiment, mais sur les blindés et sur les uniformes des ingénieurs qui meurent au font en déminant à gauche et à droite un parcours pour permettre à d'autres castors du 22e Régiment d'effectuer leur mission. Ce n'est pas le temps de jouer avec des choses sérieuses, honorables sénateurs. Ce n'est pas le temps de jouer avec la loyauté et la conviction de gens qui meurent sous un emblème national.