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James Cowan

L Le sénateur James Cowan a considérablement influencé l'éducation et la communauté juridique en Nouvelle-Écosse. Il a été nommé au Sénat le Mars 24, 2005 par le Très honorable Paul Martin.

Discours et débats

Les services concernant la santé mentale, la maladie et la toxicomanie au Canada

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Déclaration faite le 15 novembre 2011 par la sénatrice Elizabeth Hubley

L'honorable Elizabeth Hubley :

Honorables sénateurs, il y a cinq ans, le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a porté à notre attention les conséquences dévastatrices de la maladie mentale sur la société canadienne. Le rapport détaillé du comité, intitulé De l'ombre à la lumière : la transformation des services concernant la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie au Canada, est le premier rapport national sur la santé mentale de l'histoire canadienne. Faisant plus de 600 pages et contenant 118 recommandations destinées à améliorer le système canadien de santé mentale, à lutter contre les préjugés et la discrimination et à composer avec la maladie et la toxicomanie, le rapport est une invitation à passer à l'action et une feuille de route pour opérer une révolution en matière de santé mentale.

Cinq ans plus tard, quels progrès avons-nous réalisés?

Mon espoir, en lançant cette interpellation, est que nous puissions continuer d'améliorer notre système de santé mentale en prenant la mesure des progrès réalisés depuis 2006, ainsi qu'en examinant et en renouvelant notre engagement à aller de l'avant. Malheureusement, comme ce rapport est très volumineux, il m'est impossible d'aborder tous les sujets dont j'aimerais traiter aujourd'hui. Par conséquent, je vais me contenter de parler d'une grande réussite — la Commission de la santé mentale du Canada — et d'un secteur qu'il faut améliorer sans tarder, à savoir les initiatives en santé mentale destinées aux Autochtones.

La création d'une commission nationale de la santé mentale et, par l'entremise de celle-ci, d'une stratégie en matière de santé mentale pour le Canada figurait au nombre des principales recommandations contenues dans le rapport rédigé en 2006 sous la direction de l'ancien sénateur et ancien président du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, Michael Kirby. Créée en 2007, la Commission de la santé mentale du Canada a pour mission de promouvoir activement la santé mentale au Canada et de collaborer avec des partenaires pour changer l'attitude de la population canadienne à l'égard des problèmes de santé mentale et pour améliorer les services et le soutien. Aujourd'hui, la Commission de la santé mentale du Canada est une organisation solide, à l'avant-garde du changement.

La commission a entrepris les sept initiatives suivantes : Changer les mentalités, Premiers soins en santé mentale, Stratégie en matière de santé mentale pour le Canada, Centre d'échange de connaissances, Chez soi, Projet des pairs et Partenaires en santé mentale. Ces projets visent à éradiquer les préjugés, à améliorer l'accès aux soins de santé mentale, à mettre en contact et à mobiliser des particuliers et des groupes intéressés et à jeter les bases de futures initiatives nationales.

Le projet Chez soi revêt une importance et un intérêt particuliers. Ce projet pilote de recherche porte sur les liens entre l'itinérance et la santé mentale et se déroule dans cinq villes canadiennes. En date du mois dernier, plus de 2 200 personnes ont été recrutées pour participer au projet, et la moitié d'entre elles sont maintenant logées. Ce projet est la plus importante étude scientifique du genre sur la maladie mentale et l'itinérance, et elle pourrait transformer la façon dont nous traitons les problèmes de dépendance et les maladies. Ce type d'étude correspond tout à fait à la démarche axée sur les données qui a été recommandée dans le rapport du comité sénatorial. Il est encourageant de constater que la Commission de la santé mentale du Canada a pris les mesures nécessaires pour donner suite au rapport du comité d'une manière aussi novatrice. J'ai bien hâte de suivre le déroulement de cette étude et de prendre connaissance des résultats.

Honorables sénateurs, je crois que nous faisons des progrès et que la Commission de la santé mentale du Canada a clairement pris des mesures importantes, les premières du genre, pour améliorer notre système de santé mentale. Cela dit, elle n'a pas encore publié sa stratégie nationale. J'espère seulement que, lorsqu'elle le fera l'année prochaine, elle mettra davantage l'accent sur l'importance d'appuyer dans une plus grande mesure les recherches en neurologie et les traitements médicaux pour les maladies mentales. Les scientifiques canadiens effectuent actuellement des recherches de pointe dans le domaine des neurosciences afin de mieux comprendre et de prévenir le suicide. J'espère que l'on appuiera et que l'on encouragera adéquatement leur travail. Plus nous en apprendrons sur les causes médicales et biologiques des maladies mentales, plus nous pourrons traiter efficacement les patients. Comme André Picard l'a si bien dit dans le Globe and Mail, nous devons nous garder d'accorder trop de crédibilité aux sciences sociales et pas assez aux neurosciences

Il est évident que la Commission de la santé mentale du Canada a bien des raisons d'être fière, mais on ne saurait en dire autant du gouvernement du Canada en ce qui concerne les Autochtones de notre pays. Il n'est pas du tout surprenant que les Autochtones du Canada traversent une crise en matière de santé mentale. Il suffit de considérer les taux de suicide, de toxicomanie et d'emprisonnement, qui sont vertigineux, pour constater l'urgence de la situation. Or, les progrès sont lents. Le rapport du comité indique que, malgré des années de vastes consultations, de discussion et de planification approfondie, le bilan du Canada en ce qui concerne le traitement de ses citoyens autochtones est une honte nationale. Le comité a donc consacré tout un chapitre de son rapport aux questions relatives à la santé mentale des Autochtones et il a formulé 14 recommandations visant précisément les Premières nations, les Inuits et les Métis. Or, cinq bonnes années plus tard, on n'y a toujours pas donné suite.

L'une des principales raisons qui expliquent cette inertie persistante, c'est ce que le rapport désigne comme une « ambivalence sur le plan des champs de compétence ». Autrement dit, nous nous retrouvons dans la situation où le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, lorsqu'il est question d'offrir des services aux Autochtones, nient leurs responsabilités et s'en déchargent. Les personnes sont trop souvent laissées pour compte lorsque les gouvernements et les organismes gouvernementaux s'affrontent. Pour remédier à cette situation, le comité a recommandé que le gouvernement fédéral fasse preuve de leadership, ce qui suppose qu'il prenne la responsabilité de l'ensemble du dossier de la santé mentale des Autochtones en coordonnant mieux les initiatives des ministères fédéraux et en améliorant les relations intergouvernementales avec les provinces et les territoires.

Plus particulièrement, le comité a recommandé que le gouvernement du Canada crée un comité interministériel présidé par le Bureau du Conseil privé et que ce comité prépare pour le Parlement un rapport sur l'efficacité des programmes fédéraux et sur le bien-être des peuples autochtones. En outre, le comité sénatorial a constaté qu'il fallait améliorer la collecte des données et l'accès. Il a donc recommandé que la liste de tous les programmes fédéraux destinés aux Premières nations, aux Inuits et aux Métis soit établie, que le rapport coût-efficacité de ces programmes soit analysé et qu'un rapport soit présenté au Parlement à cet égard. Enfin, le comité a recommandé la désignation d'un ombudsman, qui serait habilité à enquêter sur des plaintes individuelles, de même que des préoccupations générales.

En outre, chaque année, cet ombudsman présenterait au Parlement un rapport sur ses conclusions, un peu comme le fait l'enquêteur correctionnel ou l'ombudsman des Forces canadiennes. Le comité a soutenu que ces mesures permettraient de régler les problèmes actuels d'ambivalence entourant les champs de compétence et de mieux garantir que les programmes sont efficaces, que l'argent est dépensé à bon escient et que des progrès concrets sont réalisés.

Le comité espérait que, grâce au renforcement de la coordination interministérielle et de la surveillance parlementaire annuelle, les gens qui en ont le plus besoin recevraient enfin de l'aide.

Outre ce cadre amélioré visant à renforcer la responsabilité et la surveillance, le comité du Sénat a également recommandé que le gouvernement mette immédiatement en place un plan pour s'attaquer aux taux élevés de suicide et de toxicomanie chez les Autochtones. Le rapport laissait entendre que la Commission de la santé mentale du Canada pourrait assumer une partie de cette responsabilité. Avec les ressources dont elle dispose, son dynamisme et son orientation nationale, la commission a un pouvoir unique de transformer la santé mentale des collectivités autochtones. Je crois qu'elle pourrait être un intermédiaire efficace pour acheminer de l'information, des fonds et des idées créatrices. Cela dit, la responsabilité incombe, en fin de compte, au gouvernement fédéral, et je l'exhorte à enfin prendre des mesures décisives à cet égard.

Honorables sénateurs, je trouve très inquiétant qu'aucune des principales recommandations relatives aux Autochtones contenues dans le rapport n'ait été mise en œuvre. Lorsqu'il est question de santé mentale, je crois que les enjeux sont trop importants pour que l'on continue à rester indifférent comme on l'a toujours fait. Je crains qu'on soit condamné à répéter les erreurs du passé et que l'on continue à laisser pour compte les Premières nations, les Inuits et les Métis si on n'agit pas dès maintenant. Le gouvernement fédéral doit faire figure de chef de file en matière de santé mentale chez les Autochtones. Les recommandations formulées dans le rapport du comité sénatorial constituent des étapes logiques dans le processus d'évaluation des programmes actuels et de création des nouveaux programmes. On devrait les mettre en œuvre immédiatement.

Depuis les cinq dernières années, les Canadiens sont plus réceptifs, dans l'ensemble, aux problèmes de santé mentale. Même si le rapport du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a manifestement eu un effet positif, il n'en demeure pas moins qu'il y a place à l'amélioration, qu'il reste une foule de recommandations à mettre en œuvre et que beaucoup de Canadiens ont encore besoin d'aide. Nous avons peut-être levé le voile sur la santé mentale, mais il nous reste encore beaucoup à faire pour veiller à la santé mentale et au bien-être de tous.

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