Discours et débats

La pauvreté — Interpellation

Plus sur...

Partager

Commentaires

Lisez les commentaires sur cette page ou ajoutez-en un.
Déclaration faite le 17 novembre 2011 par le sénateur Fernand Robichaud

L'honorable Fernand Robichaud :

Honorables sénateurs, je veux attirer votre attention sur la question de la pauvreté, une question qui dure, qui persiste et qui fait mal.

Le phénomène de la pauvreté n'est certainement pas nouveau. Ce qui est nouveau est que nous puissions admettre candidement que notre lutte contre la pauvreté a échoué, malgré les intentions louables de plusieurs gouvernements au cours des dernières décennies. Dans cette Chambre et au sein des comités du Sénat, la pauvreté a fait l'objet d'innombrables discussions, d'études et de rapports.

Honorables sénateurs, toute une série de modifications ont été apportées à la Loi sur la sécurité de la vieillesse, au cours des années, afin d'alléger la pauvreté chez les personnes âgées. À cet égard, le travail colossal du sénateur David Croll sur la pauvreté au Canada a indiqué les directions à suivre pour le développement des politiques et programmes sociaux canadiens. De fait, le rapport de 1971 du Comité spécial du Sénat sur la pauvreté est considéré comme la bible sur la question de la pauvreté au pays. Son analyse et ses recommandations ont définitivement guidé l'action gouvernementale à l'égard des moins nantis de ce pays.

Le sénateur David Croll ne mâchait et n'épargnait pas ses mots; il savait nommer les choses par leur nom et décrire les situations comme il les voyait. Il n'est donc pas étonnant que son rapport commençait par ces mots : « Les pauvres n'ont pas choisi la pauvreté; leur pauvreté est à la fois leur calamité et notre honte nationale. » Ce triste constat d'il y a 40 ans est malheureusement encore vrai aujourd'hui.

En 1991, le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a produit un rapport intitulé La pauvreté dans l'enfance : vers un avenir meilleur, où l'on traite de la pauvreté des enfants, des femmes et des Autochtones.

Le sénateur Erminie Cohen a publié un rapport sur la pauvreté des enfants en 1997. Ce rapport, intitulé La pauvreté au Canada : le point critique, faisait le point sur la situation de la pauvreté au pays, 25 ans après le travail du sénateur Croll. Elle aussi a recommandé des changements.

Que dire des rapports sénatoriaux qui traitent de la pauvreté chez les Autochtones, chez les personnes âgées, en milieu rural et qui soulignent les liens entre la pauvreté et la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie.

Il y a deux ans, les sénateurs Eggleton et Segal ont présenté le rapport intitulé Pauvreté, logement et itinérance : les trois fronts de la lutte contre l'exclusion, dans lequel ils observaient que, « en près de 40 ans, les nombreux problèmes liés à la pauvreté sont restés sensiblement les mêmes », tout en notant une certaine amélioration dans les politiques et programmes gouvernementaux visant la réduction de la pauvreté chez les enfants, les travailleurs à faible revenu et les aînés.

À l'autre endroit, la pauvreté a été étudiée par les comités. Aussi récemment que l'an dernier, le Comité permanent des ressources humaines, du développement et des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées a présenté un rapport intitulé Plan fédéral de réduction de la pauvreté : travailler en partenariat afin de réduire la pauvreté au Canada.

C'est donc dire, honorables sénateurs, que la pauvreté au Canada a été étudiée en long et large et sous toutes les coutures.

En date du 13 septembre 2010, une étude du Conference Board nous apprenait que, depuis le milieu des années 1990, « l'écart entre le revenu des plus riches et celui des plus pauvres a augmenté plus rapidement au Canada que dans le reste des 17 pays les plus développés ».

Depuis 30 ans, les études montrent que les riches ont largement profité de la croissance économique, tandis que la classe moyenne et les pauvres ont connu une baisse de leur niveau de vie. Cette situation peut devenir carrément dangereuse. On n'a qu'à songer aux turbulences sociales de la dernière année partout dans le monde — d'où l'urgence de mettre fin à cette inégalité croissante.

Je soupçonne que les mouvements de masse qui se sont propagés en Amérique du Nord, comme Occupy Wall Street et Occupy Bay Street, sont symptomatiques de ce grand malaise qui habite un nombre de plus en plus grand de citoyens partout dans le monde.

Est-ce que ces gens sont en train de perdre espoir en un monde meilleur pour eux et leur famille?

Est-ce qu'ils se voient devant un mur impossible à franchir?

Est-ce qu'ils pensent ne plus pouvoir s'en sortir, est-ce qu'ils se sentent incapables d'améliorer leur sort?

Poser ces questions, c'est un peu y répondre. Qui sont ces personnes? Ce sont des individus qui ont perdu leur emploi, des gens qui n'ont plus d'énergie pour continuer à en chercher un, ou qui ont perdu espoir de trouver un autre emploi. Ces gens sont conscients qu'un petit groupe de gens possède toute la richesse et qu'il ne reste que des miettes. Je risque de dire que ce sont des gens qui ont perdu confiance dans le système actuel et qui souhaitent ardemment des changements. Ce sont des personnes qui voient les compensations choquantes des chefs d'entreprises, des banquiers et de la haute finance, tandis qu'elles ne peuvent même pas subvenir à leurs besoins de base.

Les inégalités sont frappantes. Selon Statistique Canada, le revenu après impôt des familles qui font partie des 10 p. 100 des familles les plus fortunées a augmenté de 24 p. 100 entre 1989 et 2004, tandis que le revenu des familles les moins fortunées a reculé de 8 p. 100 durant la même période. Pour les familles pauvres, la situation est encore plus déplorable. Il est temps de passer à l'action et de bouger.

Le sens de mon intervention n'est nullement de blâmer qui que ce soit, mais plutôt de susciter une discussion qui nous permette d'aller de l'avant et d'éliminer le problème de la pauvreté.

Un récent rapport du 28 septembre 2011, produit par le Conseil national du bien-être social, nous dit essentiellement que l'existence de la pauvreté au pays et ses conséquences nous coûtent annuellement 25 milliards de dollars, alors que, pour la moitié de cette somme, on pourrait l'éradiquer.

Je trouve cette approche intéressante. Il est facile à comprendre qu'en investissant maintenant, on économise pour l'avenir.

D'ailleurs, ce rapport nous confirme qu'un régime partiel est en place pour alléger et éliminer la pauvreté, et qu'il faut de « finaliser le travail afin d'éliminer la pauvreté ». Ce rapport nous dit carrément qu'il faut cesser de considérer l'élimination de la pauvreté comme une dépense, mais plutôt comme un investissement.

Selon un exemple, tel que cité dans Le Devoir, le rapport nous dit qu'à Calgary, « une place dans un refuge pour itinérants coûte annuellement 42 000 $ au gouvernement et l'hébergement en prison ou en hôpital psychiatrique s'élève à 120 000 $ par personne. Par contre, une place subventionnée dans un logement supervisé coûte 15 000 $ par année, tandis qu'un logement à prix modique en coûte la moitié ».

Très souvent, les personnes qui ne peuvent se payer des médicaments se retrouvent inévitablement à l'urgence, et nous connaissons les coûts élevés des services de soins de santé.

Les inégalités au Canada existent, comme il existe des liens entre pauvreté et éducation, pauvreté et criminalité, pauvreté et soins de santé.

Ne pas agir nous coûte très cher. De plus, il y a avantage à réduire le nombre de pauvres, car, à long terme, une fois sortis de leur marasme, ils seront capables de participer et contribuer au développement économique du pays.

Il y a lieu d'examiner la façon de dispenser l'aide sociale. Dans la plupart des régions, il est difficile de pouvoir bénéficier du bien-être social. De plus, il y a une multitude de règlements qui empêchent les prestataires de s'en sortir. Par exemple, si le prestataire se trouve un emploi temporaire, dans certains cas il perd toute l'aide qu'il reçoit, de sorte que souvent, il est en meilleure posture s'il ne travaille pas.

Ce genre de situation doit faire l'objet d'un examen sérieux et critique de la part des autorités responsables. Je sais qu'au Nouveau-Brunswick, un plan de lutte contre la pauvreté a été élaboré; ce plan, auquel les secteurs public, privé et communautaire ont participé, contient de très bons éléments.

Malheureusement, certains éléments du plan comme l'augmentation du salaire minimum, ont été reportés. Il est évident qu'un plan, concerté qui aiderait les gens à quitter l'aide sociale et à recevoir une formation utile pour devenir autonomes aiderait beaucoup à réformer en profondeur le système de la sécurité du revenu au pays.

Dans ce sens, le rapport du Conseil national du bien-être social prévoit un plan en quatre points : « une stratégie pancanadienne afin que tous les éléments fonctionnent ensemble; un plan d'investissement soutenu; un cadre conceptuel axé sur le bien-être; et un forum permettant de réunir les gens et les idées afin d'obtenir les meilleurs résultats possibles. »

Il est important que les gens soient non seulement encouragés, mais aussi appuyés pour leur permettre de s'en sortir.

Honorables sénateurs, en guise de conclusion, j'espère tout simplement susciter une réflexion sur la pauvreté, d'autant plus que l'argument selon lequel la pauvreté nous coûte très cher est facile à comprendre pour les riches de ce monde. Le penchant naturel des gens est de garder la richesse pour eux-mêmes, et non de la redistribuer de façon plus équitable.

Il faut surtout parler de la pauvreté et des pauvres. Ces pauvres, ces oubliés, ces laissés-pour-compte sont des personnes humaines, des personnes qui ont droit à la dignité et, à mon humble avis, au partage équitable de la richesse nationale de ce pays.

Éliminer la pauvreté, c'est donner à ces citoyens de quoi se soigner, se nourrir et se loger convenablement. C'est leur donner une raison de vivre et leur permettre de contribuer au mieux-être de la société.

J'aimerais vous entendre, chacun et chacune d'entre vous, pour savoir comment on pourrait éliminer la pauvreté. Pour ma part, je crois qu'il faut d'abord en parler et en reparler. « Comment voyez- vous les pauvres et la pauvreté? » est la question que je me pose, la question à laquelle je cherche une solution.

Déclarations récentes des sénateurs libéraux

Les avantages économiques de la pêche récréative au saumon de l'Atlantique—Interpellation

17 mai, 2012 | Par le sénateur Wilfred Moore | Honorables sénateurs, je suis heureux de participer au débat sur l'interpellation du sénateur Michael A. Meighen sur les avantages économiques de la pêche récréative au saumon de l'Atlantique au Canada.

Deuxième lecture du projet de loi S-9, Loi modifiant le Code criminel (Loi sur le terrorisme nucléaire)

17 mai, 2012 | Par le sénateur Roméo Dallaire | Honorables sénateurs, décidément, vous allez être obligés de m'endurer encore pour un autre 45 minutes, mais je vais tenter de faire ce que mes confrères américains marines m'ont enseigné. Je vais essayer de faire une utilisation efficace de mon temps et d'abréger.

Les projets des satellites de communication et RADARSAT

17 mai, 2012 | Par le sénateur Roméo Dallaire | Le premier ministre a-t-il articulé une politique selon laquelle il s'engage à veiller sur l'Arctique, et plus tard, lorsque des fonds seront réaffectés, changera-t-il sa philosophie de fond sur le désir de faire avancer le dossier de la souveraineté dans l'Arctique?

La recherche dans l'Arctique

17 mai, 2012 | Par la sénatrice Claudette Tardif | Pourquoi le gouvernement investit-il dans l'infrastructure de l'Arctique sans établir de plan pour garder ces importantes installations opérationnelles?

La Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie

17 mai, 2012 | Par la sénatrice Elizabeth Hubley | Est-ce vrai? Est-ce un autre exemple de la préférence marquée du gouvernement pour les décisions fondées sur l'idéologie plutôt que sur les données probantes?
« 1 2 3 4 5  ... »