Déclaration faite le 30 novembre 2011 par la sénatrice Elizabeth Hubley
L'honorable Elizabeth Hubley :
Honorables sénateurs, je suis ravie d'appuyer la motion présentée par le sénateur Dawson, tendant à la mise sur pied d'une stratégie nationale de prévention du suicide. Je remercie le sénateur Dawson de l'avoir présentée et d'attirer l'attention sur cet enjeu important et trop souvent négligé de santé nationale.
Bien qu'il s'agisse de l'une des principales causes de décès dans notre pays, le suicide reste un sujet tabou et nous, en tant que société, avons encore peur de discuter de cette question de santé nationale et des mesures que nous pouvons prendre pour prévenir le suicide. C'est un enjeu de santé important, qui touche particulièrement les jeunes, les Autochtones et les Inuits.
Le 1er novembre 2011, Statistique Canada a publié son plus récent rapport sur les principales causes de décès au Canada. Les renseignements présentés dans ce rapport s'appuient sur les données de 2008. Ce sont les plus récentes données disponibles. Le rapport révèle que, en 2008, 3 705 Canadiens se sont suicidés.
Le suicide occupe ainsi le 10e rang dans les causes de décès au pays. Une proportion de 1,6 p. 100 de tous les décès lui est attribuable, soit un pourcentage pratiquement inchangé depuis l'année 2000, où le suicide était la cause de 1,7 p. 100 des décès. Lorsqu'on creuse un peu dans ce rapport, on y trouve d'autres données renversantes. Premièrement, les hommes sont trois fois plus nombreux que les femmes à se suicider. Parmi eux, le suicide est au septième rang des causes de décès, plutôt qu'au 10e dans les statistiques globales. Lorsqu'on examine les données selon le groupe d'âge, on s'aperçoit que le suicide est la deuxième cause de décès parmi les personnes âgées de 15 à 24 ans et de 25 à 34 ans. Seuls les accidents font plus de victimes dans ces groupes d'âge.
Le suicide est la troisième cause de décès parmi les personnes âgées de 35 à 44 ans et la quatrième parmi les personnes âgées de 45 à 54 ans.
La tragédie qu'est le suicide est particulièrement visible parmi les populations autochtones. Le sénateur Dawson a souligné dans son discours que le taux de suicide dans les Premières nations est le double de ce qu'il est chez la population en général. Parmi les Inuits, il est de six à huit fois plus élevé. C'est ce qu'indiquent les chiffres de Statistique Canada. Dans les Territoires du Nord-Ouest, le suicide est la quatrième cause de décès. Au Nunavut, c'est la deuxième cause de décès.
Honorables sénateurs, permettez-moi de me joindre au chœur des voix qui réclament une stratégie nationale sur le suicide. Il est temps d'agir. Le Canada est en train de prendre du retard dans ce domaine. Des pays comme le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Australie, la Finlande et la Suède ont élaboré une stratégie nationale ou sont en train de le faire. Chacun de ces pays comprend les lourdes conséquences du suicide. Ils ont décidé de prendre le taureau par les cornes et de briser ce silence honteux à propos du suicide pour en faire un problème à caractère national. Ils ont tous reconnu l'importance que les autorités nationales se penchent sur ce problème. Ils ont reconnu non seulement que le suicide constituait un problème, mais aussi qu'il y a souvent moyen de le prévenir. En intervenant rapidement et judicieusement, on peut sauver de nombreuses vies. Les gens qui avaient des pensées suicidaires peuvent reprendre goût à la vie et être des citoyens productifs et en bonne santé, ce qui évite aux familles et aux amis d'être plongés dans le chagrin et l'angoisse.
Même s'il est important de promouvoir une stratégie nationale sur le suicide, il faut aussi tenir compte du contexte dans lequel elle s'inscrit. En plus d'une stratégie portant expressément sur le suicide, il faut aussi reconnaître que la santé mentale est un volet important de la santé publique. C'est pourquoi il faut donner aux gens les outils dont ils ont besoin pour composer avec des situations difficiles et leur communiquer des connaissances dont ils pourront se servir tout au long de leur vie. Non seulement il faut mettre sur pied un système qui pourra répondre aux besoins des personnes en situation de crise, mais il serait aussi utile de trouver des façons d'aider les gens à ne pas se rendre jusqu'à la crise. Dans le domaine de la santé mentale, comme partout ailleurs, il vaut mieux prévenir que guérir.
Honorables sénateurs, je vous encourage à appuyer cette motion visant une stratégie nationale sur le suicide.