Déclaration faite le 15 décembre 2011 par la sénatrice Lillian Eva Dyck
L'honorable Lillian Eva Dyck :
Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd'hui pour traiter du rapport sur l'éducation remis par le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones intitulé La réforme de l'éducation chez les premières nations : de la crise à l'espoir.
Tout d'abord, je voudrais remercier tous les membres du comité, les ministériels et ceux de l'opposition, pour leur bon travail. Nous avons commencé cette étude en avril 2010 et, suite à l'audition des témoins et grâce au bon travail des membres du comité, à leurs questions et à leurs observations, nous avons été en mesure de produire un rapport qui, à mon avis, est tout à fait remarquable. J'en remercie tous les membres du comité.
Je voudrais aussi remercier la greffière du comité, les analystes, le responsable des communications, les interprètes et tout le personnel. Comme vous le savez, quand nous voyageons, nous devons amener avec nous beaucoup de personnel. Ils nous ont tous apporté une aide exceptionnelle dans notre travail et je les en remercie.
Je tenais tout particulièrement à remercier le président du comité, le sénateur St. Germain. Il a très bien mené les travaux du comité. Il s'est assuré que nous pouvions travailler ensemble de manière exceptionnelle et, en conséquence, nous avons pu produire un rapport qui, je le répète, est tout à fait remarquable.
Nous avons entendu de nombreux témoins devant le comité. Nous avons fait des visites sur place. Nous sommes allés dans les Prairies et dans le Canada atlantique. Nous avions prévu d'aller dans le Nord de l'Ontario, tout près de certaines localités comme Attawapiskat. Malheureusement, cet automne, nous n'avons pu mettre nos projets à exécution, mais c'est ce que nous avions prévu. Nous avons tenu des audiences publiques.
En octobre, nous avons eu une table ronde d'experts et ce fut exceptionnel. Nous avions pour témoins Marlene Atleo, Bruce Stonefish, Colin Kelly, James Wilson et Harvey McCue. Nous avons eu une discussion bien ciblée qui a éclairé le comité exceptionnellement bien. C'est cette table ronde qui m'a convaincue que nous devrions procéder par la voie législative.
Comme je l'ai dit dans mon discours sur le projet de loi C-10, le financement de l'éducation chez les Autochtones est un dossier important, mais tous les rapports, jusqu'à maintenant, ont mis l'accent sur les inégalités du financement et le plafond de 2 p. 100 qui a été imposé en 1996. De tous les rapports présentés jusqu'à maintenant, il ressort que nous devrions supprimer le plafond et égaliser le financement. C'est là-dessus qu'ils ont insisté.
Notre comité est allé beaucoup plus loin que cela. Nous avons compris — c'est notre président qui a trouvé cette formule — qu'il nous fallait concevoir un nouveau véhicule. En fait, dans mon esprit, le véhicule n'était même pas à moteur. Le modèle de l'éducation dans les réserves ressemble à un véhicule hippomobile, c'est-à-dire un chariot tiré par un cheval.
Le sénateur Munson : Votre Honneur, je n'entends pas le discours.
Son Honneur le Président : À l'ordre, s'il vous plaît. Honorables sénateurs, les discussions et autres manifestations doivent avoir lieu à l'extérieur de cette enceinte.
Le sénateur Dyck a la parole.
Le sénateur Dyck : Je vous remercie, Votre Honneur.
Comme je le disais, l'éducation dans les réserves fait penser à un chariot tiré par un cheval. Nous, au comité, avons élaboré un véhicule de l'ère spatiale. C'est une fusée, un vaisseau spatial. Nous allons sur Mars, nous visons la Lune.
C'est un fait que le financement est inéquitable, mais il n'y pas de conseil scolaire dans les réserves. Il n'y a pas d'autorité en matière d'éducation. Il n'y a rien qui puisse se charger de la planification stratégique, aucune des structures qui sont nécessaires pour appuyer un bon réseau d'éducation. L'argent qui est versé aux réserves est inégalement réparti, mais il ne peut même pas suffire à payer l'essentiel comme des ordinateurs, des bibliothèques, des cours de langue des Premières nations, l'élaboration de programmes d'études et tout ce qui constitue un bon système d'éducation.
Comme vous le savez tous, le groupe d'experts national a été mis sur pied, il fonctionne et espère déposer son rapport d'ici la fin de l'année. Je suis contente que notre comité ait pu publier son rapport avant celui du groupe d'experts national, parce celui-ci a passé beaucoup moins de temps sur la route et a eu beaucoup moins d'occasions d'entendre tous les témoins que notre comité a entendus. Il semble que le groupe d'experts produira des recommandations semblables aux nôtres.
Notre rapport renferme quatre recommandations principales. Premièrement, comme je l'ai dit, nous recommandons une loi fédérale sur l'éducation qui sera élaborée conjointement avec les Premières nations et les autorités scolaires des Premières nations. Ce sera une loi de l'éducation qui ne sera pas imposée. Elle sera facultative. En choisissant d'y adhérer, on pourra abroger les articles de la Loi sur les Indiens qui traitent de l'éducation et constituent ce vieux modèle hippomobile. Ce sont ces dispositions qui ont permis d'imposer aux peuples des Premières nations le système des pensionnats.
La loi sur l'éducation reconnaîtra que les Premières nations ont compétence sur l'enseignement primaire et secondaire dans les réserves et établira des structures scolaires pour les deuxième et troisième niveaux. Elle établira des conseils scolaires des Premières nations et des structures scolaires pour l'éducation des Premières nations.
Durant nos voyages aux quatre coins du pays, nous avons vu des progrès en ce sens, avec des accords et des ententes tripartites, mais personne n'a atteint le niveau des écoles provinciales ou territoriales hors réserves. Nous allons tracer la voie à suivre. Cette loi créera un système qui sera l'équivalent de ce qu'offrent les écoles provinciales. Je suis fermement convaincue que cela fera une différence extraordinaire.
Deuxièmement, le comité a recommandé l'octroi d'un financement prévu par la loi au lieu des accords de contribution conclus d'année en année avec le ministère des Affaires autochtones et du développement du Nord canadien. Les fonds accordés au moyen des accords de contribution peuvent ne pas être consacrés seulement à l'éducation. Les Premières nations ne connaissent pas nécessairement la somme qu'elles obtiendront, ce qui crée une situation instable qui ne leur permet pas de planifier à long terme. Comme on le sait, pour pouvoir instruire les gens, il faut disposer de fonds garantis et prévoir à long terme.
La loi permettra l'intégration d'une formule globale qui remédiera à l'iniquité du financement. Cette formule permettra à chaque Première nation de demander du financement pour diverses installations, comme des laboratoires informatiques et des bibliothèques. Les collectivités des régions éloignées, comme Attawapiskat, pourront également demander du financement supplémentaire. De plus, la loi permettra d'élaborer une formule qui couvrira le coût de l'enseignement des langues autochtones et d'autres choses comme l'adaptation du programme scolaire à la culture autochtone.
Grâce à cette mesure, les écoles qui sont situées dans les réserves disposeront d'un système comparable aux autres écoles.
La formule de financement sera élaborée en collaboration avec les Premières nations pour qu'elle puisse être ensuite adaptée aux besoins particuliers. Comme je l'ai déjà dit, elle accordera un financement stable qui permettra de planifier à long terme.
Troisièmement, le comité a recommandé l'élaboration commune d'un plan d'action Canada-Premières nations en matière de réforme de l'éducation, qui comprendra un échéancier adopté par les deux parties et qui précisera les modalités d'adhésion.
Certaines collectivités autochtones que nous avons visitées se portaient bien. Nous avons visité plusieurs écoles micmaques en Nouvelle-Écosse qui avaient un taux de diplomation diamétralement opposé aux autres écoles du Canada. En effet, 70 p. 100 des élèves y obtenaient leur diplôme, tandis que le même pourcentage d'élèves ne réussissaient pas à le décrocher ailleurs au Canada. Ces collectivités s'en tiraient bien, mais elles avaient des problèmes parce que le mécanisme de financement ne leur permettait pas d'élaborer un programme scolaire adapté aux Autochtones ni de donner de la formation linguistique.
Quatrièmement, le comité a recommandé la mise sur pied d'un groupe de travail conjoint qui veillera à l'élaboration d'une réforme de l'éducation et qui fera le suivi des progrès réalisés. Ce groupe de travail soumettra un rapport annuel pendant cinq ans au ministère des Affaires autochtones et du développement du Nord canadien, ainsi qu'au chef de l'Assemblée des Premières Nations.
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Ce groupe de travail mixte est un élément essentiel parce qu'il démontre que nous surveillons ce qui se passe. Il permettra à ce processus de suivre son cours. Comme ce dernier sera surveillé, on peut espérer que le rapport ne restera pas sur les tablettes parce que le groupe de travail devra faire rapport de ce qui se passe et nous laisser aller de l'avant.
J'aimerais mettre le rapport quelque peu en contexte. Je sais que de nombreux sénateurs travaillent aussi à assurer un accès égal à l'éducation. Dans mon bureau, j'ai des piles et des piles de rapports sur l'éducation des Autochtones, dont la majorité porte sur les lacunes au chapitre de la scolarisation. Ce problème a été étudié sous toutes ses coutures, mais bien peu de solutions ont été proposées. Je crois que les membres de notre comité, en travaillant si bien ensemble, ont trouvé une solution qui, comme je l'ai dit, est digne de l'ère spatiale.
Des voix : Bravo!
Le sénateur Dyck : Lors de sa comparution au comité l'autre soir, le vérificateur général a également indiqué que nous avons besoin de structures. Il nous faut du financement prescrit par la loi pour l'éducation, l'eau potable et ainsi de suite. Il faut un financement stable. Voilà essentiellement ce que le vérificateur général a dit.
Comme je l'ai mentionné, la plupart des collectivités autochtones au pays affichent de faibles taux d'obtention du diplôme d'études secondaires. Il est crucial que nous intervenions car, comme nous le savons, la population autochtone au pays connaît une croissance rapide. J'appelle ce phénomène l'explosion démographique autochtone. Un grand nombre de jeunes fréquentent maintenant l'école. Si nous ne leur offrons pas une éducation décente, ils seront condamnés à l'échec. Ils finiront dans le système carcéral. Ils se prostitueront. Il est impératif que nous commencions tout de suite car 50 p. 100 de la population autochtone est âgée de moins de 25 ans. Bientôt, on comptera également un très grand nombre d'enfants âgés de moins de cinq ans. Il faut agir maintenant. Je suis très heureuse d'avoir siégé à ce comité parce que je crois que ses travaux transformeront la vie de ces enfants autochtones.
Des voix : Bravo!
Le sénateur Dyck : Il faut renforcer plus que les aptitudes générales au sein des collectivités autochtones. Les Autochtones doivent également posséder le même niveau de scolarité que le reste des Canadiens afin de comprendre ce qui se passe autour de nous. Par exemple, il faut pouvoir comprendre les documents complexes que le ministère des Affaires autochtones et du Nord envoie aux écoles dans les réserves, ou aux bandes pour leur demander des vérifications ou des rapports. Il faut de bonnes compétences en lecture et en calcul pour fonctionner dans le monde moderne. Cette initiative permettra d'acquérir ces compétences. Ce qui est vraiment important, à mon avis, c'est qu'elle permettra aussi d'élaborer un programme complémentaire d'enseignement des langues et de la culture des Premières nations. Son contenu permettra aux jeunes de grandir en acquérant des connaissances des deux mondes, une compréhension de leur propre culture et un fort sentiment de fierté et d'estime à l'égard de leur personne. Ce n'est pas ce qui s'est produit dans la majorité des endroits au Canada. Tant d'enfants — et cela me brise le cœur de les voir — ont honte de qui ils sont parce qu'ils ne sont pas représentés de façon positive dans le système d'éducation traditionnel.
Une fois que ces jeunes auront commencé à apprendre leur propre histoire, ils seront vraiment fiers. Nous l'avons constaté lors de notre voyage. Nous sommes allés à l'école d'immersion crie d'Onion Lake, en Saskatchewan. Nous avons vu ces jeunes réunis autour de leurs enseignants, qui s'exprimaient en langue crie. C'était vraiment inspirant. Ces jeunes étaient heureux et ils se sentaient bien dans leur peau. Nous avons constaté la même chose en Nouvelle-Écosse, lorsque nous nous sommes rendus à l'école élémentaire et intermédiaire Eskasoni. Nous y avons vu de jeunes enfants chanter dans leur propre langue et nous avons vu des textes écrits dans leur langue sur le mur, en écriture syllabique. Nous avons vu tout cela, et c'était vraiment inspirant. Nous devons poursuivre nos efforts. Nous devons aller au-delà de ces premières années, afin que ces jeunes deviennent des adultes compétents, solides et heureux.
Des voix : Bravo!
Le sénateur Dyck : Sur une note plus personnelle, durant mes années de bénévolat, j'ai passé plus de 20 ans à souligner l'importance de l'éducation. Je crois fermement que je suis au Sénat parce que je suis allée dans diverses écoles pour parler aux enfants, jeunes et moins jeunes, de l'importance de persévérer dans leurs études. J'étais, en quelque sorte, leur modèle. J'ai défendu leur cause. Je suis honorée d'avoir participé à l'élaboration de ce rapport. Je suis vraiment très honorée.
Des voix : Bravo!
Le sénateur Dyck : Comme je l'ai dit, ce document est très différent de la multitude d'autres rapports. Nous avons eu bien de la chance d'avoir des gens aussi talentueux qui travaillent pour nous au comité, et nous avons élaboré cette vision, qui va changer l'image des Canadiens autochtones. Cette vision est porteuse d'espoir. Elle est une inspiration pour les adultes et elle va donner aux enfants le passeport dont ils ont besoin pour devenir des adultes productifs et heureux qui vont apporter leur contribution à la société canadienne.
Des voix : Bravo!