Discours et débats

Les services concernant la santé mentale, la maladie et la toxicomanie au Canada

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Déclaration faite le 01 février 2012 par la sénatrice Jane Cordy

L'honorable Jane Cordy :

Honorables sénateurs, j'ai de la difficulté à croire que cela fait cinq ans que le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a déposé son rapport intitulé De l'ombre à la lumière : La transformation des services concernant la santé mentale, la maladie et la toxicomanie au Canada. En tant que membre de ce comité, je garde de vifs souvenirs des témoignages de nombreuses personnes de l'ensemble du pays qui étaient venues raconter leurs histoires déchirantes. C'est grâce à ces Canadiens courageux qui ont partagé leurs histoires avec le comité qu'une grande partie du rapport a pu être rédigée. Ce sont de véritables défenseurs et chefs de file dans le domaine de la santé mentale, des maladies mentales et de la toxicomanie.

On peut écouter ce qu'ont à dire des organisations et des professionnels de la santé ici, à Ottawa, mais ce sont les histoires et les expériences très personnelles qui nous font mieux comprendre les conséquences graves que peuvent avoir les maladies mentales sur les Canadiens qui en souffrent et leurs familles.

Honorables sénateurs, un Canadien sur cinq sera atteint d'une forme de maladie mentale au cours de sa vie. Ce problème touche tous les Canadiens : des êtres chers, des membres de notre famille, des collègues de travail. Tout le monde — même les sénateurs — connaît probablement quelqu'un qui sera confronté à un problème de santé mentale à un moment ou à un autre de sa vie.

Lorsque le comité a conclu son étude sur les soins de santé, il a été décidé à l'unanimité que sa prochaine étude porterait sur la santé mentale au Canada. Le sénateur Kirby, qui, à l'époque, était président du Comité des affaires sociales, a demandé aux sénateurs à tour de rôle sur quel secteur des soins de santé nous devrions ensuite nous pencher. Tous les sénateurs réunis autour de la table ont répondu « la santé mentale ». À ce moment-là, chaque sénateur avait un ami proche ou un membre de sa famille qui souffrait d'une maladie mentale. La décision a été unanime et, en plus, le sujet passionnait chacun des membres du comité.

Honorables sénateurs, après notre étude du système canadien de soins de santé et tandis que nous entamions notre étude des problèmes de santé mentale et de toxicomanie, nous nous sommes rendu compte rapidement que les initiatives, les traitements et la recherche en matière de santé mentale au Canada faisaient l'objet d'un manque très grave manque de fonds et de services. Comme le sénateur Hubley l'a dit de façon si éloquente dans le cadre de cette interpellation, la situation était particulièrement dramatique sur le plan des services de santé mentale et de traitement de la toxicomanie dans les collectivités des Premières nations et des Inuits du Canada.

À mesure que progressait l'étude sur le système et les services canadiens de santé mentale et de traitement de la toxicomanie, nous avons constaté l'existence de plusieurs problèmes décourageants : une absence de politique ou de stratégie nationale; une véritable incompréhension des problèmes de santé mentale au sein de la population, ce qui donne lieu à un stigmate dévastateur et à la discrimination dont souffrent les personnes atteintes de problèmes de santé mentale; et un manque d'initiatives et de compréhension de la part du secteur privé.

Le comité a reconnu qu'il fallait une stratégie nationale en matière de santé mentale et une coordination entre les intervenants en soins de santé mentale pour veiller à ce que les programmes et les projets de recherche soient aussi efficaces et efficients que possible. Selon nous, c'était la constitution d'une commission nationale de la santé mentale qui pouvait le mieux répondre à ce besoin.

Au chapitre 16 de notre rapport, nous avons proposé que la commission ait la mission suivante : faciliter, permettre et soutenir une approche nationale des questions de santé mentale; exercer un effet catalyseur sur la réforme des politiques en santé mentale et l'amélioration des services; servir de centre national de coordination où converge une information objective et probante sur tous les aspects de la santé mentale et de la maladie mentale; être une source d'information pour les gouvernements, les intervenants et la population sur la santé mentale et la maladie mentale; sensibiliser tous les Canadiens à la santé mentale et accroître leurs connaissances sur la santé mentale, en particulier chez les personnes en situation d'autorité, comme les employeurs, les membres des professions de la santé et les enseignants; et réduire la stigmatisation et la discrimination dont sont victimes les personnes atteintes de maladie mentale et leur famille.

En 2007, le gouvernement a institué la Commission de la santé mentale du Canada, le premier changement tangible à s'inscrire dans la foulée de notre rapport. C'est l'ancien président de notre comité, Michael Kirby, qui la dirige. La commission n'a pas encore publié sa stratégie nationale, mais elle devrait le faire cette année.

D'après certaines statistiques, les troubles de santé mentale et les problèmes de dépendance coûtent à l'économie canadienne plus de 51 milliards de dollars par année. Les gouvernements et, plus important encore, les entreprises canadiennes en sont conscients. Une main-d'œuvre qui jouit d'une bonne santé mentale et physique est une main-d'œuvre productive.

Les entreprises canadiennes savent qu'il faut se pencher sur les problèmes de santé mentale, comme le démontre entre autres l'excellente campagne « Cause pour la cause » de Bell Canada, qui vise à promouvoir la santé mentale au Canada et à lutter contre les préjugés associés aux problèmes de santé mentale. Trop de Canadiens refusent de se faire traiter pour un problème de santé mentale en raison de la honte qui y est associée. Bien qu'une forte proportion de Canadiens, soit un sur cinq, soient touchés par ces problèmes, il existe toujours des préjugés et de la discrimination envers les gens qui souffrent d'une dépendance ou de problèmes de santé mentale.

Je n'oublierai jamais le jour où, en tant que membre du comité, j'ai écouté une jeune femme venue assister à nos audiences à St. John's. Elle devait avoir près de 30 ans. Elle était mariée, bilingue et détenait un diplôme universitaire. Elle travaillait à Ottawa pour le gouvernement fédéral quand elle a commencé à souffrir de dépression clinique. Elle était donc en congé et était retournée à Terre-Neuve-et-Labrador pour des raisons financières et pour être près de sa famille. Elle a fondu en larmes devant le comité et nous a dit qu'elle aurait préféré être atteinte d'un cancer du sein, puisqu'elle n'aurait alors pas perdu sa famille et ses amis. Je ne sais pas si les sénateurs sont censés pleurer pendant les audiences, mais j'ai dû m'éponger les yeux parce que les gens qui souffrent de problèmes de santé mentale ne devraient pas se retrouver dans une telle situation.

La porte-parole de la campagne de Bell Canada « Cause pour la cause » est l'athlète olympique canadienne Clara Hugues, qui a elle- même souffert de dépression pendant de nombreuses années. Le 8 février, Bell Canada tiendra la deuxième édition de sa campagne annuelle Cause pour la cause. Pour chaque message texte envoyé et appel interurbain effectué par ses clients, Bell versera 5 cents pour aider à financer, partout au Canada, des hôpitaux, des organismes communautaires et des initiatives en milieu de travail qui appuieront la recherche en santé mentale. La campagne est menée à l'échelle nationale et a fait l'objet de beaucoup de publicité dans tous les médias au Canada, même au Match des étoiles de la LNH qui s'est déroulé à Ottawa le week-end dernier.

L'initiative de Bell Canada n'est peut-être pas directement imputable au rapport du Comité des affaires sociales, mais je me plais à croire que ce rapport a joué un rôle de premier plan pour lever le voile sur les troubles de santé mentale, afin qu'ils aient leur place dans les grands médias et dans la conscience nationale. Éliminer les idées fausses et la discrimination sera une étape importante pour un traitement efficace des Canadiens dont la santé mentale est fragile. Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que la santé mentale et la toxicomanie soient considérées au même titre que la santé physique, mais, cinq ans après le dépôt du rapport, nous commençons à réaliser des progrès.

Ce rapport est une source de grande fierté pour les membres du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, et il devrait l'être pour tout le Sénat. De l'ombre à la lumière : La transformation des services concernant la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie au Canada continue d'être un exemple parfait de l'excellent travail que peuvent accomplir les sénateurs lorsqu'ils travaillent ensemble.

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