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Les droits de la personne en Iran

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Déclaration faite le 15 février 2012 par la sénatrice Mobina Jaffer

L'honorable Mobina S. B. Jaffer :

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd'hui pour parler de la motion portant sur la situation des prisonniers iraniens. Je remercie madame le sénateur Frum d'être l'instigatrice de cette motion. Comme on le sait, j'ai soulevé un certain nombre de fois la question de la situation des prisonniers en Iran. J'avais aussi lancé une interpellation à laquelle les sénateurs Segal et Dallaire ont participé.

Je prends la parole aujourd'hui pour dénoncer, à l'instar de mes collègues sénateurs, l'emprisonnement injustifié de prisonniers d'opinion en Iran et leur détention dans des conditions indescriptibles.

En Iran, les prisonniers d'opinion sont couramment placés en isolement cellulaire pendant une période prolongée. On les soumet souvent à des privations, à des tactiques d'intimidation et à la torture afin d'en tirer de fausses confessions.

Des arrestations sans mandat au refus des tribunaux de produire un jugement écrit, le processus judiciaire bafoue la notion même de justice. Les prisonniers sont détenus dans des cellules surpeuplées, sans sanitaires, sans lumière, sans eau potable et sans la possibilité de faire de l'exercice et de prendre l'air. Plusieurs n'ont pas accès aux soins médicaux dont ils auraient besoin.

Certains doivent dormir sur le béton, car ils n'ont pas de lit. Les prisonniers qui se plaignent sont battus en retour. Lors des très courtes et peu fréquentes visites qu'on leur accorde, les prisonniers sont habituellement séparés de leurs parents, de leur conjoint et de leurs enfants par une cloison de verre. Certains sont transférés dans le quartier pénitentiaire général, où ils doivent côtoyer les criminels les plus violents et les plus endurcis.

Selon Abdolkarim Lahiji, le vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme à Paris, les conditions de vie dans les prisons iraniennes sont « épouvantables ».

Ces conditions de vie sont intolérables pour tout être humain, mais particulièrement pour les femmes, dont on ne respecte pas les besoins particuliers et qui ne peuvent s'occuper de leurs enfants.

Parmi les prisonniers politiques détenus injustement dans les prisons iraniennes, il y a des femmes qui ont lancé la campagne « Un million de signatures pour l'égalité » qui a incité des Iraniens ordinaires à demander l'abrogation des lois discriminatoires à l'endroit des femmes.

Certaines sont des femmes qui souhaitent contribuer à l'essor de leur pays en prônant le respect des droits de la personne. D'autres sont des militantes politiques qui tentaient, par des moyens pacifiques, de faire évoluer la façon dont le pays est gouverné. On refuse injustement à toutes ces femmes les droits inscrits dans les instruments internationaux en matière de droits de la personne dont l'Iran est signataire.

Pendant plus de 25 ans, j'ai représenté de nombreux Iraniens qui fuyaient leur pays. Aujourd'hui, je tiens en outre à exprimer leur douleur et leurs souffrances. Ils ont perdu leurs biens; ils ont perdu leurs proches; ils ont perdu à jamais leur tranquillité d'esprit en raison des épouvantables tortures qu'ils ont subies en Iran. Après avoir représenté des demandeurs d'asile iranien, il m'est arrivé souvent de rêver de la situation à la prison d'Evin — la pire prison de la planète. Certains Iraniens ont survécu à la prison d'Evin. Ils y sont parvenus par la seule force de leur volonté, car le gouvernement iranien à fait de son mieux pour les briser.

Honorables sénateurs, je puis vous affirmer qu'il n'y a rien de plus effrayant au monde que d'entendre cogner à la porte les autorités venues se saisir d'un proche — un proche qui veut changer les conditions de vie des citoyens de son pays.

En 1970, ma mère a travaillé dans les prisons en Ouganda; elle a été l'une des premières personnes à parler de la torture dans les prisons sous Idi Amin. Elle a raconté que les gardiens de prison, lorsqu'ils n'avaient plus de balles, tuaient les gens à coup de matraque. Elle a décrit les cris et la souffrance insupportables des Ougandais injustement emprisonnés. À ses funérailles, de nombreuses personnes nous ont parlé des nombreuses vies qu'elle a sauvées.

Plusieurs amis de mon père ont également disparu en Ouganda. Puis, on est venu frapper à la porte de chez mon père. Heureusement, celui-ci venait de s'enfuir, mais nous ne le savions pas. La douleur de ne pas savoir, pendant des jours, où se trouvait mon père, était insupportable. Pendant de nombreux jours, nous n'avons pas su où il se trouvait. Mais les choses ne se sont pas arrêtées là. On est revenu frapper chez nous. Les autorités ont brutalement arrêté mon mari, Nuralla. Je revois encore la peur dans ses yeux, dans ceux de mon beau-père et de ma belle-mère et dans ceux de ses frères et sœurs. Heureusement pour moi, mon mari a survécu à cette expérience brutale. Les histoires que chacun d'entre vous ont racontées ont ramené à ma mémoire l'image de ce qui est arrivé à certaines personnes, notamment à notre famille.

Malheureusement, chaque jour dans le monde, des gens sont faits prisonniers. Je mentionne notamment des femmes au Zimbabwe, des prêtres au Tibet, des enfants en Syrie — et la liste est encore bien longue.

Le gouvernement canadien a toujours joué un rôle très important partout dans le monde et il continue de le faire. Il y a exactement 40 ans, les Ougandais d'origine asiatique ont été secourus. Je parlerai à une autre occasion des courageux Canadiens qui nous ont sauvés.

Aujourd'hui, je tiens également à rappeler la mémoire d'une Canadienne, Zahra Kazemi, qui a elle aussi perdu la vie aux mains des autorités iraniennes. À titre de membre du Sénat du Canada, je condamne les déplorable violations des droits de la personne commises par le régime iranien et j'exhorte le gouvernement du Canada — le seul gouvernement auquel je puisse faire appel — à déployer tous les efforts possibles pour faire libérer immédiatement tous les prisonniers d'opinion, non seulement en Iran, mais également partout dans le monde. Comme je l'ai indiqué plus tôt aujourd'hui, j'aimerais répéter les propos qu'a tenus Son Altesse l'Aga Khan, qui sont d'une éloquence insurpassable. L'Université d'Ottawa a récemment décerné un doctorat à cet illustre Canadien honoraire qui, à cette occasion, a prononcé des paroles d'une grande profondeur. Il a déclaré ceci :

D'après mon expérience, dans le monde actuel, un pays n'est plus reconnu par ce qu'il peut réaliser pour lui-même, mais par ce qu'il peut faire pour les autres. Dans ce contexte, le Canada est vraiment devenu une grande puissance mondiale.

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