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Les droits de la personne en Iran

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Déclaration faite le 15 février 2012 par le sénateur Roméo Dallaire

L'honorable Roméo Antonius Dallaire :

Honorables sénateurs, j'aimerais également intervenir dans le cadre de cette interpellation pour présenter mon point de vue sur la situation en Iran.

Je prends quelques minutes pour saluer les gens qui ont dénoncé, particulièrement dans cette enceinte, les violations persistantes des droits de la personne en Iran. Pour résumer brièvement la situation, je précise que la liste des hommes et des femmes qui ont été harcelés, emprisonnés et torturés est effarante et qu'elle ne cesse de s'allonger. La semaine dernière dans cette enceinte, nous avons entendu parler, dans le détail, de nombreux de ces cas de violation des droits de la personne.

Quatre histoires ressortent particulièrement. Premièrement, nous avons entendu le sénateur Ataullahjan nous parler du travailleur social iranien qui a été congédié, puis condamné à 20 années d'emprisonnement. Puis, le sénateur Finley nous a raconté l'histoire d'un avocat et activiste défenseur de longue date des droits de la personne, qui a été arrêté non pas une fois, mais quatre fois pour avoir défendu des compatriotes arrêtés injustement. Nous avons entendu le sénateur Mockler nous rappeler la rude épreuve d'un ancien enseignant et directeur d'école qui purge actuellement une peine de 20 ans en prison. Enfin, nous avons entendu le sénateur MacDonald attirer notre attention sur le cas d'un prisonnier d'opinion condamné à 10 années d'emprisonnement.

Sénateurs, ces personnes savent très bien ce que c'est que de vivre écrasé sous la tyrannie. Ces personnes ont un point en commun : elles pratiquent la foi baha'ie ou ont défendu une personne qui la pratique. Nous connaissons bien le phénomène de l'oppression des baha'is en Iran. Nous savons, grâce en partie à l'interpellation du sénateur Jaffer, l'année dernière, que les adeptes de cette religion subissent traditionnellement de la discrimination. Ils se voient refuser des emplois et l'accès aux études supérieures. Ils font l'objet depuis longtemps d'une campagne de diffamation dans les médias, campagne dont je reparlerai plus en détail tout à l'heure. Les baha'is sont soumis à des descentes de police brutales, à des arrestations et à la torture. Le plus alarmant est le taux très élevé d'incarcération dans ce groupe.

L'Iran a un bilan particulièrement lourd en ce qui concerne la protection des droits des minorités. Que le régime tolère et, pire encore, favorise activement cette situation est absolument inadmissible.

Il y a un peu moins d'un an, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a accepté de nommer un rapporteur spécial sur la situation des droits de la personne en Iran. Il y a quatre mois, le rapporteur a publié un rapport accablant sur les problèmes vécus par ce groupe confessionnel. Dans ce rapport, il est écrit que la plupart des baha'is incarcérés « auraient été jugés sans que ni la procédure régulière ni l'équité n'aient été respectées ».

Le rapport indique en outre qu'environ 100 baha'is sont actuellement derrières les barreaux et que plus de 200 ont été exécutés au cours des 30 dernières années. Je m'efforcerai de ne pas répéter ce qui a déjà été dit, mais je tiens à signaler qu'il existe un terme pour désigner un tel comportement systématique. On doit le qualifier de génocide idéologique, avec l'intention de détruire un groupe religieux. Laissez-moi vous expliquer.

J'ai entre les mains un rapport intitulé Inciting Hatred, publié en octobre 2011. On y expose en détail la guerre de propagande à laquelle se livre l'Iran contre les bahá'ís avec un acharnement croissant. À titre d'exemple, le rapport relève que, au cours des 16 derniers mois, l'Iran est intervenu plus de 400 fois dans les médias pour calomnier les bahá'ís. Dans ces articles, on accuse les bahá'ís de tenter de renverser l'islam et d'être des conspirateurs sionistes, ainsi que des adeptes du satanisme.

En outre, ces articles s'accompagnent souvent d'images de la faucheuse ou d'autres types d'images conçues spécialement pour créer une atmosphère de peur, de méfiance et de haine à l'égard de la foi bahá'íe.

Le message est sans équivoque. Les bahá'ís sont des ennemis de l'État iranien selon leur désir, leur action. Combinée aux images de diabolisation, cette propagande attise l'intolérance dans les milieux les plus fondamentalistes de la société iranienne. L'extrémisme existe.

Comme plusieurs d'entre vous le savent, selon le secrétaire américain à la Défense, une attaque d'Israël contre l'Iran pourrait être une option. Se faisant encore plus insistant, le ministre de la Défense israélienne a déclaré, et je cite :

Si on n'arrête pas le programme iranien nucléaire dans les prochains mois, certaines de ses installations redondantes rendront toute attaque inefficace.

Ceci accentue la pression pour une frappe.

Après des centaines d'articles accusant les Bahá'ís d'être des espions sionistes, imaginez ce qui leur arriverait si cela était mis en action. Si Israël attaquait l'Iran demain, 300 000 civils seraient en danger d'extermination. Je sais, par expérience, que des histoires comme celle-ci ne finissent jamais bien. Au contraire, elles se terminent par une catastrophe humanitaire d'envergure.

Il s'agit de la même stratégie qu'ont utilisée à plusieurs reprises les sociétés répressives déterminées à éliminer une population ennemie, une population qu'elles considèrent subversive. L'histoire nous enseigne que la répétition incessante et systématique de mensonges et la création de mythes permettent d'inculquer la haine à la majorité, et que cette haine peut être transposée en violence contre la minorité visible. Le Rwanda est un exemple de pays où on a mis en œuvre ce concept. Le Darfour est un autre exemple de pays où ce concept est encore en vigueur.

Comme l'a souligné Friedrich Affolter, le régime iranien est prêt à détruire, en tout ou en partie, la communauté bahá'íe en tant que groupe religieux unique. Voilà la définition même d'un génocide idéologique. Cela est particulièrement vrai lorsqu'une société se trouve en situation de turbulence et d'instabilité, comme c'est actuellement le cas en Iran.

Comme un paria, l'Iran se méfie de ses voisins, proches ou éloignés. Étant perpétuellement en guerre contre Israël, ses accusations de conspirations sionistes constituent un péché mortel contre les bahá'ís. État répressif, l'Iran est aux prises avec des divisions internes particulièrement vives dans le contexte des révolutions qui ont eu lieu en Tunisie, en Égypte, en Lybie et en Syrie.

L'incertitude règne. L'Iran est au 35e rang de la liste des États en déroute de 2011, ce qui signifie qu'il risque de devenir un État en déroute. Dans un tel contexte, la communauté bahá'íe risque d'être désignée par les entités de l'État et les groupes fondamentalistes comme bouc émissaire pour les problèmes que l'État iranien a perpétués. Cette question a d'ailleurs été le sujet de certains articles évoqués dans le rapport intitulé Inciting Hatred, auquel je vous ai référés, selon lesquels, si l'État iranien est menacé, que ce soit par des forces laïques visant la subversion de l'islam, les sionistes ou les occidentaux, les bahá'ís d'Iran en sont responsables. Tout a été structuré pour justement les cibler. Le message implicite est le suivant : pour sauver la République islamique d'Iran, les bahá'ís doivent être éliminés.

En tant que Canadiens, nous devons nous porter à la défense des droits fondamentaux des bahá'ís, groupe avec lequel nous entretenons une relation amicale de longue date.

Comme l'a souligné l'honorable sénateur, tous les gouvernements canadiens, depuis des décennies, ont fait valoir ce principe par des initiatives multilatérales, bilatérales et même régionales. Nous devons donc poursuivre dans cette voie. Nous ne pouvons laisser faire le régime iranien, surtout pas à un moment aussi crucial; si nous le faisons, ce sera au prix de quelque 300 000 bahá'ís d'Iran mis à risque.

Honorables sénateurs, en ma qualité de sénateur canadien, je tiens également à me joindre à mes collègues pour condamner ces violations des droits de la personne, mais en tant que Canadiens, nous ne pouvons nous contenter de condamner; nous devons assumer le rôle de chef de file que tant de pays du monde attendent d'une principale puissance moyenne. Nous pouvons, à cette fin, proposer des solutions.

Premièrement, nous devons nous assurer de ne pas tourner le dos aux baha'is et aux autres défenseurs iraniens des droits de la personne qui demandent l'asile au Canada. Je ne peux suffisamment insister sur ce point, et j'exhorte le gouvernement à démontrer à ces opprimés sa volonté de les accueillir.

Depuis 50 ans, nous avons la réputation d'être un pays d'accueil pour les personnes persécutées dans le monde. Dans les années 1970, nous avons ouvert nos portes aux Vietnamiens, aux Cambodgiens et aux Laotiens. Dans les années 1980 et 1990, nous avons ouvert nos portes aux Sri-Lankais, et nous en accueillons encore aujourd'hui. Nous devons rien de moins aux baha'is d'Iran; tâchons de leur envoyer une invitation officielle au lieu d'attendre qu'ils présentent une demande.

Deuxièmement, comme l'ont affirmé les sénateurs Jaffer et Segal, nous devons faire appel au Bureau de la liberté de religion, établi par le présent gouvernement, et faire en sorte, lorsqu'il aura été mis sur pied, qu'il inscrive la situation des baha'is à la tête de son programme et qu'il défende leur cause auprès de l'Iran.

Enfin, nous devons veiller au maintien d'une politique étrangère globale relative à l'Iran. J'ai déjà fait valoir cet argument, mais il mérite d'être répété. Les pays du monde se concentrent sur les ambitions nucléaires de Téhéran — en tant qu'adhérant au mouvement Pugwash, je m'oppose on ne peut plus férocement à l'explosion, si je puis me permettre l'expression, du nombre d'armes nucléaires détonnées et à la possibilité de plus en plus grande qu'on en détonne; ce sont des armes totalement inutiles qui constituent une atteinte au droit fondamental des humains à la sécurité.

Tâchons de ne pas oublier les violations continues des droits de la personne en Iran et l'incidence de ces violations sur un groupe très précis d'habitants. Je tiens à remercier le sénateur Frum de son interpellation. Honorables sénateurs, comme l'a dit Paul Heinbecker, ancien ambassadeur du Canada auprès des Nations Unies, il ne s'agit pas de savoir si l'on devrait s'opposer aux politiques de l'Iran, mais bien de trouver le moyen le plus efficace de s'y opposer. Lançons donc le débat. Abordons la question. Mettons- nous à l'œuvre, poursuivons nos efforts diplomatiques et maintenons notre blocus économique qui, je l'espère, s'intensifiera.

Dans nos rapports avec les puissances mondiales, nous avons employé avec beaucoup de succès des sanctions, des mesures diplomatiques et des moyens de dissuasion. Le Canada a été un chef de file à cet égard. Nous devrions continuer d'utiliser le plus possible ces outils, de crainte que la situation des baha'is en matière de droits de la personne ne se détériore et que nous nous trouvions aux prises avec un génocide idéologique qui pourra détruire la vie de jusqu'à 300 000 personnes innocentes.

Je terminerai mon intervention en citant quelques mots de la poète iranienne, Sheema Kalbasi, qui a affirmé ce qui suit :

Il est absurde de se fermer les yeux et de prétendre que les baha'is n'ont jamais été massacrés ou forcés de se convertir à l'islam, comme si l'exécution des prisonniers politiques ou des Kurdes faisait seulement partie d'un jeu ou n'était qu'une loi non écrite dans un pays sans loi.

Honorables sénateurs, nous devons nous engager à surveiller étroitement ce qui se passe à Téhéran durant cette période difficile afin que nous puissions protéger la communauté baha'ie, ainsi que toutes les autres personnes à qui l'on refuse le droit à la liberté, à la vie et à la sécurité, toutes les personnes qui sont opprimées et toutes les personnes qui sont persécutées pour leurs croyances. Nous devrions utiliser tous les moyens diplomatiques, politiques et économiques à notre disposition pour inciter l'Iran à respecter davantage les droits de la personne afin que nous puissions finalement mettre fin à ce génocide idéologique et régler le terrible problème de la prolifération nucléaire dans cette région.

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