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Larry Campbell

L L'un des plus célèbres citoyens de Vancouver, le sénateur Larry W. Campbell a servi comme maire de 2002-2005 après une brillante carrière principalement dans l'application de la loi et comme coroner en chef de la Colombie-Britannique. Depuis le 2 août 2005, il a représenté la Colombie-Britannique au Sénat.

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La pauvreté—Interpellation

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Déclaration faite le 28 février 2012 par le sénateur Art Eggleton

L'honorable Art Eggleton :

Honorables sénateurs, pour commencer, je tiens à saluer le sénateur Robichaud et à le remercier d'avoir inscrit cette interpellation au Feuilleton. Dans le préambule de cette interpellation, on dit que le problème de la pauvreté au Canada est « une question qui est toujours d'actualité et qui continue de faire des ravages ». Comme c'est vrai.

Honorables sénateurs, il y a à peine plus de deux ans, le Sénat a adopté à l'unanimité le rapport intitulé Pauvreté, logement et itinérance : les trois fronts de la lutte contre l'exclusion. Ce rapport est l'aboutissement d'un travail de deux ans entrepris par un sous- comité du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie. Je présidais le sous-comité et le sénateur Hugh Segal en assurait la vice-présidence.

Malheureusement, les conditions que nous avons mises au jour à l'époque existent encore aujourd'hui. Nous avions constaté avec stupéfaction, tout comme nous le constatons aujourd'hui, que pas moins d'un Canadien sur 10 vit dans la pauvreté. C'est 3,4 millions de personnes. Cela équivaut à la population entière, hommes, femmes et enfants compris, de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve- et-Labrador, du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Saskatchewan réunies. Ces personnes, qui sont nos concitoyens, doivent composer chaque jour avec un revenu insuffisant, un logement inabordable, des vêtements inadéquats et le manque de nourriture. Luttant pour joindre les deux bouts, ces familles ne peuvent même pas rêver d'améliorer leur sort. Un témoin qui a connu la pauvreté l'a exprimé ainsi : « La pauvreté vole votre âme et ne vous laisse pratiquement aucun espoir. Elle vous dérobe tout ce qui peut être agréable dans la vie. Elle vous laisse isolé, seul et affamé [...]. Chaque jour est un combat. »

Ce qui est également troublant, c'est qu'environ une de ces personnes sur quatre sont des enfants, un chiffre d'autant plus déplorable que le Parlement s'était engagé, en 1989, à éliminer la pauvreté chez les enfants avant l'an 2000, au lieu de quoi nous avons à peine réussi à abaisser sous la barre des 10 p. 100 le taux de pauvreté chez les enfants dans la plupart des provinces.

Nous avons également remarqué que les inégalités ne cessent de s'accentuer dans notre société. Selon Statistique Canada, de 1980 à 2005, le revenu des Canadiens comptant dans la tranche de 20 p. 100, de la population la mieux nantie a progressé de 16,4 p. 100 tandis que celui des Canadiens comptant dans la tranche de 20 p. 100 de la population la plus démunie a reculé de 20,6 p. 100. À la fin de 2009, seulement 4 p. 100 des ménages canadiens détenaient 67 p. 100 de la totalité de la richesse au Canada. De récentes études réalisées par l'OCDE, le Conference Board du Canada et le Centre canadien de politiques alternatives montrent des données semblables et posent des questions sur les répercussions de la pauvreté sur notre tissu social et notre cohésion sociale.

L'an dernier, alors que de nombreux Canadiens ressentaient toujours les effets de la récession, la rémunération des PDG des plus grandes sociétés canadiennes a augmenté d'environ 13 p. 100. L'écart qui ne cesse de se creuser entre les riches et les pauvres — en fait, entre les riches et les autres — annonce une crise imminente.

Honorables sénateurs, je crois que nous comprenons tous les arguments d'ordre moral qui motivent la lutte contre la pauvreté et l'inégalité, soit l'existence bouleversante de souffrances et de besoins dans un pays aussi riche que le nôtre et le nombre inacceptable de vies diminuées, de rêves repoussés et de potentiel perdu.

Par contre, je ne crois pas que beaucoup de gens se rendent compte du coût économique de la pauvreté. La pauvreté nous coûte de l'argent à tous — pas seulement aux pauvres — en faisant augmenter nos impôts, en déprimant l'économie, en augmentant le coût des soins de santé et en entretenant un sentiment d'isolation et la criminalité.

Selon une étude ontarienne dirigée par des économistes et des spécialistes en politique comme Don Drummond, Judith Maxwell et James Milway, la pauvreté coûterait au Canada environ 7,5 milliards de dollars par année uniquement en soins de santé. Les 25 p. 100 des Canadiens les plus pauvres coûtent au pays deux fois plus cher au titre des soins de santé que les 25 p. 100 les plus riches. La valeur de la perte de productivité se situe entre 8 et 13 milliards de dollars. En somme, la facture de la pauvreté varie entre 24 et 30 milliards de dollars par année.

Permettez-moi de vous présenter un autre argument économique. Un rapport de la Chambre de commerce du Canada présente sous un jour très cru les difficultés d'ordre démographique qui pointent à l'horizon. Au fur et à mesure que la population vieillira et que la croissance de la population en âge de travailler ralentira, nous serons aux prises avec de graves pénuries de main-d'œuvre. Dans son rapport, la Chambre de commerce a dit que, pour pallier les pénuries de main-d'œuvre qui s'annoncent, nous devions exploiter les segments sous-employés de la société. Elle mentionne les aînés, les Autochtones, les personnes handicapées et les nouveaux immigrants, en particulier les jeunes hommes célibataires, qui ont touchés très durement par la récession.

Honorables sénateurs, ces groupes sont précisément ceux qui, avec celui des parents seuls — qui sont le plus souvent des mères seules —, ont été désignés dans notre étude comme les plus vulnérables face à la pauvreté. Il se trouve donc que les groupes qui croupissent dans la pauvreté sont ceux dont la Chambre de commerce dit que nous aurons besoin pour combler les postes et pour payer de l'impôts à l'avenir.

Ici se recoupent donc deux des plus grands défis de notre société : les coûts économiques permanents de la pauvreté et la bombe à retardement que constitue le vieillissement démographique. La bonne nouvelle et la grande chance que nous avons, c'est que nous pouvons nous attaquer aux deux problèmes en même temps. Si nous donnons à un plus grand nombre de personnes le moyen de s'arracher à la pauvreté, nous aiderons à combler les postes vacants. Donnez à un plus grand nombre de gens la possibilité d'échapper à la pauvreté, et nous économiserons des milliards de dollars sur les coûts de la pauvreté.

Notre comité a aussi découvert que, au cours des dernières décennies, les politiques sociales que les différents ordres de gouvernement ont mis en œuvre, aussi bien intentionnés étaient- ils, ont abouti à deux résultats tout aussi dévastateurs l'un que l'autre. Premièrement, le revenu découlant de tous les programmes, même quand ceux-ci fonctionnent tels qu'ils le devraient, ne fait que maintenir les gens dans la pauvreté. Deuxièmement, dans le pire des cas, les politiques et les programmes existants maintiennent les prestataires dans la pauvreté, car ils rendent ces derniers dépendants aux programmes de sécurité du revenu ou aux refuges pour les sans- abris.

Comme le sénateur David Croll le déclarait il y a presque 40 ans dans son rapport historique :

[...] nous versons des milliards de dollars chaque année dans un système d'aide sociale qui se contente de traiter les symptômes de la pauvreté sans toucher à la maladie elle- même.

On observe toutefois des signes encourageants. Pendant notre étude, nous avons observé des exemples de pratiques et de programmes prometteurs, la plupart communautaires, qui fonctionnent véritablement, car ils tirent les gens de la pauvreté et de l'itinérance. Ces initiatives sont recensées et soulignées dans notre rapport. Malheureusement, ces exemples ne sont que des étincelles d'espoir dans un système essentiellement dysfonctionnel qui a grand besoin d'une réforme.

Notre comité s'est penché sur toute la gamme des programmes de sécurité du revenu, des allègements fiscaux à l'aide sociale, en passant par l'assurance-emploi et la Sécurité de la vieillesse. Nous avons formulé 74 recommandations précises visant à améliorer la situation. Vous serez heureux d'apprendre que je ne les passerai pas toutes en revue aujourd'hui, mais sachez qu'elles sont dans le rapport, si vous voulez les consulter.

Bref, aucun Canadien ne devrait vivre sous le seuil de la pauvreté. Nous avons besoin d'une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté qui soit élaborée par nos gouvernements fédéral et provinciaux. Il est intéressant de souligner que le Conseil national du bien-être social, un organisme dont les membres sont nommés par le gouvernement fédéral, a produit l'automne dernier un rapport intitulé Le sens des sous pour résoudre la pauvreté. Le conseil a dit qu'il faudrait 12 milliards de dollars par année pour que les Canadiens atteignent et dépassent le seuil de pauvreté. Si l'on compare ce montant aux 24 à 30 milliards que coûte la pauvreté chaque année, que j'ai mentionnés tout à l'heure, on peut voir pourquoi le conseil a utilisé le mot « sens » plutôt que « cents » dans le titre du rapport.

Permettez-moi d'aborder brièvement les questions du logement et de l'itinérance. Je pense que nous savons tous d'instinct à quel point il est important de pouvoir compter sur un logement convenable. Un logement constitue un point d'ancrage pour une personne et une famille. Il jette les bases de la réussite d'un niveau de scolarité plus élevé et mène à une plus grande stabilité au travail. Les spécialistes de la santé nous disent également qu'un logement adéquat constitue un facteur déterminant en matière de santé à court et à long termes. À l'heure actuelle, 4 millions de Canadiens ont du mal à trouver un logement abordable. Quand je dis « abordable », je me fie à la norme de la SCHL, c'est-à-dire qu'environ 30 p. 100 du revenu doit être consacré à un logement adéquat et convenable.

La lutte contre le problème de l'itinérance n'est pas uniquement une obligation morale, mais également une question d'argent. Il est plus onéreux pour la société de laisser une personne vivre dans la rue que de lui offrir un logement convenable et des services de soutien. L'ancien premier ministre de l'Alberta, Ed Stelmach, a dit il y a seulement un an qu'un sans-abri coûte, en moyenne, environ 100 000 $ par année à la société, ce qui comprend les coûts des soins de santé. Les sans-abris fréquentent sporadiquement les refuges, le système judiciaire, les prisons, et cetera. Lui dit 100 000 $, mais certains disent que c'est encore plus. Il a signalé que le coût annuel tombe à environ 35 000 $ par année pour chaque personne à qui on donne accès à un logement et à du soutien à long terme.

Malcolm Gladwell, auteur du livre Le point de bascule, a signé un article dans le magazine The New Yorker à propos d'un homme, Murray Barr, surnommé l'homme à un million de dollars. M. Barr a vécu dans la rue, en prison, dans des salles d'urgence et à l'hôpital. Il était alcoolique et il a fini par mourir dans la rue. Le million de dollars en question, c'est ce qu'il a coûté aux contribuables. Il aurait été nettement préférable et plus économique de l'aider à surmonter sa toxicomanie.

Honorables sénateurs, nous devons faire davantage en matière de logement et d'itinérance. Il est temps que les gouvernements fédéral et provinciaux se penchent sur la question et mettent au point une stratégie nationale en matière de logement.

Honorables sénateurs, comment peut-on mettre les choses en marche? Il faudra avant tout de la volonté — de la volonté politique. La plupart des provinces sont en train d'adopter des plans antipauvreté. Il faut qu'elles amènent la question sur le tapis aux réunions fédérales-provinciales-territoriales afin que le gouvernement fédéral s'engage lui aussi dans le dossier. Tous les ordres d'administration doivent s'y investir. Il faut aussi accroître la sensibilisation, le soutien et la compréhension des Canadiens, pauvres ou non, relativement aux coûts qu'ils doivent tous assumer.

Je conclus en précisant que notre rapport est fondé sur un simple principe de bon sens, à savoir que les programmes sociaux devraient tirer les gens de la pauvreté et non les y laisser. Il est temps de donner aux gens les outils dont ils ont besoin pour s'en sortir et avoir une vie meilleure. La pauvreté n'est pas un problème anodin. Elle nous touche tous et nous coûte cher à tous. Nous dépensons beaucoup d'argent sans obtenir les résultats escomptés. La transformation de tout système implique des coûts de transition, mais je suis fermement convaincu que, dans l'ensemble, nous n'avons pas besoin de dépenser davantage, mais nous devons dépenser de façon plus avisée, et de façon plus efficace et plus efficiente.

Dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, où pointe le défi démographique que représente une société vieillissante menant à une diminution de la main-d'œuvre, il est plus important que jamais de créer des possibilités pour libérer l'apport créateur de ceux qui sont pris au piège de la pauvreté. De façon très concrète, le niveau futur de notre prospérité dépend de notre façon d'aborder le niveau actuel de notre pauvreté. Bref, je crois que la pauvreté est une chose que nous ne pouvons tout simplement plus nous permettre.

Déclarations récentes des sénateurs libéraux

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