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Fernand Robichaud

L Nommé au Sénat par le Très honorable Jean Chrétien, le sénateur Fernand Robichaud représente le Nouveau-Brunswick et la division sénatoriale Saint-Louis-de-Kent. Sa nomination remonte au 23 septembre 1997.

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Les banques alimentaires—Interpellation

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Déclaration faite le 26 avril 2012 par le sénateur Fernand Robichaud

L'honorable Fernand Robichaud :

Honorables sénateurs, je tiens à discuter aujourd'hui du rôle important que jouent les banques alimentaires dans la vie des gens pauvres.

Les banques alimentaires existent essentiellement pour suppléer à l'action gouvernementale qui ne suffit pas à la demande. Elles existent aussi pour une autre raison : parce qu'il y a encore dans ce pays des personnes qui croient profondément à la notion de partage entre citoyens et citoyennes.

Dans la plupart de nos collectivités, les banques alimentaires comptent sur les bénévoles pour leur survie et leur maintien. Ces comptoirs alimentaires et/ou vestimentaires permettent à de nombreuses familles et personnes seules de traverser des périodes difficiles. Depuis qu'elles sont apparues dans le paysage urbain de l'Ouest canadien, ces banques alimentaires se sont propagées un peu partout au pays.

Aujourd'hui, on compte plus de 800 banques alimentaires au Canada avec plus de 3 000 programmes alimentaires. Le rapport 2011 de Banques alimentaires Canada — et je crois que tous les honorables sénateurs ont reçu des copies de ce rapport — nous présente l'étendue de ce réseau qui constitue un véritable bras de secours pour beaucoup de familles et d'individus.

Ce sont les endroits où les moins nantis vont s'approvisionner pour se nourrir et, surtout, nourrir leurs enfants. Certaines banques alimentaires distribuent aussi des meubles, des vêtements. Parfois même, elles offrent des cours en nutrition et organisent des cuisines collectives ou communautaires. Parfois, des bénévoles se réunissent pour montrer aux familles démunies comment cuisinier des repas équilibrés et nourrissants. Aussi, comme à Gatineau, tout près d'ici, il y a des travailleurs bénévoles qui se rencontrent pour préparer des repas afin de les distribuer.

Pourquoi se rend-on dans une banque alimentaire? Parce que les personnes pauvres ne peuvent tout simplement pas survivre avec l'argent qu'elles gagnent ou qu'elles reçoivent de l'aide sociale. Le plus souvent, ce sont des situations exceptionnelles qui les obligent à aller chercher de l'aide.

Au cours de la dernière année, près d'un million de personnes — 851 000, et notamment 322 000 enfants — ont franchi les portes d'une banque alimentaire. C'est 26 p. 100 de plus qu'avant la récession de 2008-2009.

Qu'est-ce que cela veut dire, me demandez-vous? Ces chiffres résument un bien triste constat : la reprise économique est carrément plus faible que prévu et un plus grand nombre de personnes continuent d'éprouver des difficultés à boucler leur budget.

J'observe aussi que la reprise, si elle a lieu, ne se fait pas de façon équitable : non seulement les personnes vulnérables en payent le prix, mais l'écart entre riches et pauvres continue de s'agrandir.

Au Nouveau-Brunswick en 2011, 18 539 personnes ont été secourues par les banques alimentaires, dont 34 p. 100 sont des enfants de moins de 18 ans. Cela veut dire que les parents de 5 302 enfants comptent sur les banques alimentaires pour les nourrir; c'est presque 20 p. 100 de plus qu'avant la récession. Ces chiffres du Nouveau-Brunswick sont comparables à ceux des autres provinces canadiennes.

Qui sont ces gens qui ont recours aux banques alimentaires? Les profils sont variés et il n’y a pas de profil type. Il y a des familles avec des enfants. Il y a des travailleurs pauvres, c’est-à-dire des personnes qui travaillent, mais qui ne gagnent pas suffisamment pour subvenir à leurs besoins de base. Il y a également des individus qui reçoivent de l’aide sociale, et des personnes qui ont des revenus fixes, comme des handicapés et des aînés. Il y a même des gens qui avaient un emploi stable mais qui, pour diverses raisons, ont déraillé et se retrouvent à la rue.

Récemment, j'ai visité le Vestiaire Saint-Joseph de Shédiac, au Nouveau-Brunswick, et j'ai pu constater le travail absolument extraordinaire des bénévoles qui y sont engagés. Les dirigeants du Vestiaire Saint-Joseph m'informaient que, en 2010-2011, un secours a été apporté à 1 070 personnes, dont 405 sont des enfants. Ce nombre total de personnes comprend 470 familles, dont le quart sont des familles monoparentales.

Les 75 bénévoles de cet organisme ont travaillé 12 431 heures pendant la dernière année. Ces travailleurs bénévoles sont comme les poteaux d'un mur qui protège les plus vulnérables. Ces bénévoles sont des individus qui se dévouent avec passion pour aller chercher et distribuer la nourriture; des personnes qui vont collecter, réparer et ranger des vêtements et les meubles pour leurs clients; des gens qui savent accueillir avec respect et empathie ceux et celles qui se présentent pour demander de l'aide. Ces personnes dévouées poursuivent leur travail acharné au service des autres, dans le respect et la compassion.

Honorables sénateurs, permettez-moi ici d'ouvrir une parenthèse. À l'occasion de la Semaine nationale de l'action bénévole, qui a eu lieu du 15 au 21 avril 2012, je tiens à rendre hommage à tous nos bénévoles de partout au pays, qui se dépensent avec générosité, engagement et énergie, pour faire une différence dans la vie de leurs concitoyens et concitoyennes. Je les salue et je les encourage surtout à continuer.

Les grandes banques alimentaires font des collectes de fonds pour survivre et comptent sur la générosité des collectivités pour se financer. Plusieurs entreprises du sud-est du Nouveau-Brunswick font preuve de responsabilité sociale en faisant des dons à un organisme central, le Food Dépôt Alimentaire, auprès duquel s'approvisionnent les banques alimentaires de la région.

Un autre exemple de cette responsabilité sociale est la contribution des Éleveurs de dindon du Canada. Ils ont offert des repas de dinde à 6 000 familles en difficulté lors de la fête de l’Action de grâces, par l’intermédiaire de Banques alimentaires Canada. Les éleveurs du Nouveau-Brunswick étaient de fiers participants à ce projet.

Honorables sénateurs, la faim est une entrave au développement des enfants. Pour les enfants pauvres, avoir faim, ce n'est pas manquer un repas de façon occasionnelle; pour les enfants pauvres, avoir faim devient malheureusement une manière de vivre. C'est comme un mode de vie qui s'installe dans leur quotidien, avec toutes les conséquences néfastes que l'on connaît.

Ces enfants accusent des retards marqués non seulement au plan physique et social, mais aussi au plan du développement cognitif. Les enfants qui souffrent de la faim sont sujets à l'hyperactivité, l'agressivité, l'irritabilité et même l'anxiété. Leur présence en classe est loin d'être assidue et leurs résultats scolaires en souffrent. Malheureusement les enfants pauvres sont plus susceptibles que les autres de se faire aspirer par le tourbillon de la criminalité.

Lors de ma visite au Vestiaire Saint-Joseph, on m'a fait remarquer qu'un peu plus du quart des 470 familles bénéficiaires étaient des familles monoparentales.

La plupart des chefs de famille monoparentale sont des femmes. Celles qui ont réussi à se trouver un emploi pour faire vivre leur famille font souvent partie des travailleurs pauvres.

Les décisions que doivent prendre les travailleurs pauvres tous les jours sont nombreuses : est-ce que l'on paie le loyer ou l'épicerie? Est-ce que l'on achète ses médicaments ou l'on nourrit ses enfants? Est-ce que l'on remplit la voiture d'essence pour aller chercher des soins médicaux ou l'on met de la nourriture sur la table? Autant de questions déchirantes qui se posent pour ces travailleurs pauvres. Les banques alimentaires sont là pour dépanner et pour donner aux gens l'espoir de s'en sortir.

Souvent, les gens se trouvent dans une situation de pauvreté du jour au lendemain. Les causes de cette pauvreté sont aussi multiples que diversifiées. Parfois, c'est un bris de voiture, une hausse de loyer, une maladie soudaine, la perte d'un emploi ou un accident de travail qui peut chambarder un maigre budget déjà très serré. Même les retards des chèques de l'assurance-emploi peuvent mettre les travailleurs pauvres sur le chemin de la banque alimentaire. On m'a raconté qu'un travailleur pauvre et sa famille se sont retrouvés à la rue à cause du retard à payer son loyer.

Ce peut être aussi le résultat d’une séparation. Dans certains cas, il n’y a pas de pension alimentaire et, s’il y en a une, elle peut être tout à fait insuffisante. Parfois, ce sont les retards dans le versement de ces pensions qui obligent les gens à aller chercher de l’aide.

Les banques alimentaires deviennent alors la bouée de sauvetage qui préserve le travailleur pauvre et sa famille du naufrage. Elles donnent un appui aux niveaux de la nourriture, des biens sanitaires, des couches pour bébés et des vêtements pour les enfants et pour les adultes. L’argent que les banques alimentaires font économiser aux travailleurs pauvres peut servir à couvrir les autres besoins essentiels comme le logement, l’électricité, le chauffage et les médicaments.

Parfois, des femmes seules sont également obligées de fréquenter les banques alimentaires pour survivre. En parlant de l'appui que lui apportait sa banque alimentaire locale, je vous prie d'écouter ce qu'en disait une dame seule de 53 ans :

Je touche 537 $ par mois de l'aide sociale. Mon loyer est de 265 $ par mois. Après avoir payé les factures, il ne me reste plus rien. Je viens donc ici — à la banque alimentaire — tous les midis parce que sinon, je ne pourrais pas manger tous les jours. Je viens aussi chercher mes vêtements ici.

Honorables sénateurs, combien d'entre nous pourraient se débrouiller avec 537 $ par mois ou avec 6 444 $ par année? Pensez-y. Ce sont des chiffres avec lesquels les familles pauvres doivent essayer de trouver un moyen de survivre. Et si vous êtes seul avec un enfant, comment pourriez-vous survivre avec 809 $ par mois ou 9 708 $ par année?

Selon les statistiques de 2011 recueillies au Vestiaire Saint-Joseph, plus de 7 p. 100 des bénéficiaires sont des personnes âgées. Malheureusement, au Canada, il y a trop de personnes âgées qui doivent s'appuyer sur les banques alimentaires pour survivre : 4,4 p. 100 en milieu urbain et 5,7 p. 100 en milieu rural. Je reviendrai à un autre moment sur la pauvreté des personnes âgées.

Pour conclure, honorables sénateurs, on peut faire le constat que les banques alimentaires sont en première ligne pour alléger le problème de la faim. Elles avaient été conçues comme des mesures temporaires; leur nécessité les a fait perdurer et leur nombre ne cesse de croître.

Beaucoup de gens ne réalisent pas l'ampleur du problème de la faim dans ce pays. Ce sont des gens, des familles qu'on ne voit pas. Ils sont tout simplement là, mais on les ignore. On se rend compte de leur existence lorsqu'on va visiter des banques alimentaires, où on les voit passer.

Malheureusement, il y a une croyance populaire selon laquelle les gens qui vont dans ces endroits n'ont pas vraiment besoin de ces services. Aux gens qui pensent de cette manière, je dis : allez voir, la plupart des gens sont référés et ont de vrais besoins.

Honorables sénateurs, j'aimerais proposer que le débat se poursuive à la prochaine séance du Sénat où je terminerai mes remarques.

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