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Céline Hervieux-Payette

L Nommé au Sénat par le Très honorable Jean Chrétien, le sénateur Céline Hervieux-Payette représente le Québec et la division sénatoriale de Bedford. Sa nomination remonte au 21 mars 1995.

Discours et débats

La pauvreté au Nouveau-Brunswick—Interpellation

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Déclaration faite le 01 mai 2012 par la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool (retraitée)

L'honorable Rose-Marie Losier-Cool :

Honorables sénateurs, je donne aujourd'hui suite à l'interpellation lancée le 7 février dernier par mon collègue du Nouveau-Brunswick, le sénateur Robichaud, sur la pauvreté dans notre province et la stratégie de notre gouvernement provincial pour la réduire ou l'éradiquer.

Je vais aujourd'hui vous parler d'un volet particulier de cette pauvreté, celle qui vise les aînés, et plus précisément les aînées « É-E- S », les femmes plus âgées. Comme je suis une femme, je finirai bien par être soit aînée, soit âgée, mais pas vieille.

En février, la Fédération nationale des retraités et des citoyens âgés a fait parvenir au gouvernement fédéral un mémoire dans lequel elle résume les facteurs contribuant à la pauvreté des personnes âgées. Je pense notamment ici à l'absence d'une pension, au faible niveau d'éducation, au fait d'être un immigrant non intégré, à la maladie ou au début d'une maladie chronique, à l'iniquité salariale et à l'incapacité.

La fédération confirme également que les femmes célibataires, les mères de famille monoparentale et les femmes âgées souffrent davantage de la pauvreté. La fédération nous apprend que la moitié des revenus des personnes âgées dépendent des paiements de transfert, et que ces paiements sont quatre fois moindres pour les personnes âgées que pour les autres bénéficiaires.

Dans ses recommandations, la fédération suggère d'augmenter les prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti. La fédération recommande également au gouvernement fédéral d'augmenter sa contribution au Régime de pensions du Canada pour que ce dernier puisse atteindre un niveau de paiement aux bénéficiaires deux fois plus élevé que le niveau actuel. Ainsi, les personnes âgées auraient des revenus suffisants pour se hisser au- dessus du seuil de la pauvreté. Le calcul de ce seuil dépend de trois variables, selon Statistique Canada : le seuil de faible revenu avant impôt, la mesure de faible revenu après impôt et la mesure du panier de consommation.

Au Nouveau-Brunswick, pour une famille de deux adultes et deux enfants, ce seuil combiné de pauvreté correspond approximativement à un revenu annuel de 24 300 $ en milieu rural, de 23 900 $ dans la capitale, Fredericton, et de 22 900 $ à Moncton.

Selon le recensement de 2006, 13,8 p. 100 des personnes qui habitent au Nouveau-Brunswick vivent sous le seuil de la pauvreté. Cela représente un peu plus de 100 000 personnes. Plus de 11 p. 100 des personnes âgées de plus de 65 ans qui habitent ma province, sur un total de 119 000 personnes, vivent sous le seuil de la pauvreté. Cela représente environ 11 700 personnes. La proportion actuelle d’aînés dans ma province est de 15,8 p. 100, ce qui est donc supérieur à la moyenne canadienne, qui est de 14 p. 100. Dans 25 ans, on prévoit que le quart de la population du Nouveau- Brunswick sera âgée de plus de 65 ans.

Les statistiques du recensement de 2006 nous apprennent aussi que plus de 45 p. 100 des quelque 29 000 mères seules de ma province vivent dans la pauvreté. Autres candidats à la pauvreté, la moitié des 93 000 célibataires qui ont un revenu annuel maximal de 20 000 $. Quand on sait que la durée de vie moyenne des femmes est de 81 ans, comparativement à 74 ans pour les hommes, vous comprendrez que la pauvreté des aînés est une affaire de femmes.

Ces revenus annuels sont insuffisants, honorables sénateurs. Rappelez-vous qu'il en coûte, dans ma province, 6 100 $ par année en moyenne pour se nourrir et 9 100 $ par année pour se loger. Additionnez ces deux montants et vous avez un minimum annuel de dépenses de 15 200 $. Pour ce qui est des vêtements, de l'essence, des frais d'immatriculation et de quelques loisirs, il ne reste donc plus en moyenne que 4 800 $ par année à un célibataire et moins de 9 000 $ à une mère seule ou avec des enfants. Pensez maintenant aux célibataires âgés ou aux anciennes mères seules devenues âgées, et vous verrez que la situation de nos aînées, de nos femmes aînées, est loin d'être rose.

Seuls 122 000 Néo-Brunswickois cotisent à un régime de pension agréé, ce qui laisse une majorité de la population âgée de ma province à la merci de leurs épargnes et des contributions gouvernementales, que ce soit l'aide sociale provinciale ou encore la Sécurité de la vieillesse ou le Supplément de revenu garanti versés par le fédéral. C'est une situation difficile, honorables sénateurs, et qui le sera davantage, maintenant que l'actuel gouvernement fédéral a décidé de repousser à 67 ans, d'ici 2025, l'admissibilité à la Sécurité de la vieillesse et au Supplément de revenu garanti. Cette mesure du plus récent budget fédéral va faire beaucoup de mal à ma province.

Que faire pour aider nos personnes âgées à sortir de la pauvreté? L'Association acadienne et francophone des aînés et des ainées du Nouveau-Brunswick a fait plusieurs recommandations.

Lors de la plus récente campagne électorale provinciale au Nouveau-Brunswick, à l'automne 2010, l'AAFANB a soulevé des enjeux. Les enjeux suivants contribuent à la pauvreté des aînés au Nouveau-Brunswick :

  • Les taxes foncières qui augmentent chaque année et forcent certaines personnes aînées à abandonner leur domicile;
  • Les frais élevés des services d'ambulance qui compromettent leur santé;
  • La moindre accessibilité des femmes aux régimes de retraite liés à l'emploi et le montant inférieur de leurs prestations, comparativement à celles des hommes;
  • La nécessité d'augmenter les cotisations des travailleurs et des employeurs de 5,33 à 7 p. 100;
  • La nécessité d'augmenter les taux de base de l'aide sociale pour aider les plus démunis.

L'AAFANB recommandait au gouvernement provincial :

  • De taxer davantage les personnes gagnant plus de 150 000 $ par année;
  • De ramener le taux d'imposition des entreprises à 13 p. 100;
  • D'investir davantage dans les soins à domicile;
  • D'investir dans du bénévolat pour les personnes de 50 ans et plus;
  • De réaliser l'équité salariale pour les employés des services de garde;
  • De lancer une politique de médicaments génériques;
  • D'augmenter les revenus provinciaux par le biais de péages sur les autoroutes aux entrées de la province;
  • De ne pas augmenter la TVH pour ne pas pénaliser les moins riches de la province.

Dans son budget déposé le 27 mars dernier, le gouvernement du Nouveau-Brunswick n'a malheureusement répondu à aucune de ces recommandations, sauf pour ce qui est d'un léger montant de 6,4 millions de dollars visant à redresser une partie de l'iniquité salariale en cours. Heureusement, le gouvernement n'a pas non plus augmenté la TVH.

Je sais que ma province, tout comme d'autres au Canada, fait face à des problèmes financiers, mais je trouve regrettable que les aînés demeurent laissés pour compte dans la planification de l'avenir du Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre David Alward a récemment mis sur pied un groupe d'experts sur les aînés, qui doit remettre son rapport au gouvernement cet été. J'espère que ce groupe d'experts recommandera des solutions utiles et que ces solutions seront mises en œuvre le plus rapidement possible.

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