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Deuxième lecture du projet de loi S-9, Loi modifiant le Code criminel (Loi sur le terrorisme nucléaire)

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Déclaration faite le 17 mai 2012 par le sénateur Roméo Dallaire

L'honorable Roméo Antonius Dallaire :

Honorables sénateurs, décidément, vous allez être obligés de m'endurer encore pour un autre 45 minutes, mais je vais tenter de faire ce que mes confrères américains marines m'ont enseigné.

Je vais essayer de faire une utilisation efficace de mon temps et d'abréger.

Honorables sénateurs, le projet de loi S-9 traite de terrorisme nucléaire. Au cours des années 1970, lorsque j'étais dans l'armée, le Canada avait encore les moyens d'envoyer des armes nucléaires. À l'époque, nous nous étions débarrassés de nos missiles, et nous nous en remettions à des canons. Dans le cadre de mes fonctions à l'OTAN, j'avais la capacité de lancer des armes nucléaires.

Certaines des armes nucléaires tactiques dont je parle ont la taille d'un pamplemousse, mais elles peuvent détruire la moitié de Toronto. Il existe encore 27 000 de ces armes. Ce sont de petites armes tactiques. La question est préoccupante et il est urgent que la communauté internationale fasse de son mieux pour éviter que ces armes nucléaires ne tombent entre de mauvaises mains.

Il est évident que j'appuie le projet de loi S-9 sur le terrorisme nucléaire. Permettez-moi d'apporter quelques éléments pour appuyer l'argumentaire en faveur du projet de loi.

Le projet de loi s'intitule Loi modifiant le Code criminel et il vise à combattre le terrorisme nucléaire. Ce que j'entends faire aujourd'hui, c'est faire ressortir quelques éléments du projet de loi, mais aussi signaler des préoccupations que j'ai au sujet des efforts du gouvernement dans la lutte contre le nucléaire. Je voudrais expliquer la place du projet de loi S-9 parmi ces efforts et enfin, parler des questions qu'il faudrait approfondir au comité.

Les armes nucléaires constituent la forme de violation massive des droits de la personne la plus extrême qu'on puisse imaginer. Elles sont une violation du droit à la sécurité et menacent la paix dans le monde. Ces terribles armes de destruction massive menacent non seulement notre espèce, mais aussi notre humanité.

Pourquoi se préoccuper d'un déversement de pétrole ou d'un sac en plastique, alors que nous avons la capacité de faire disparaître la planète?

Honorables sénateurs, il n'y a tout simplement aucune autre menace ou aucun autre danger aussi important ou plus important qu'une arme nucléaire pour les Canadiens et la sécurité mondiale.

Honorables sénateurs, les armes nucléaires sont absolument et totalement inutiles.

J'aimerais appuyer les propos du sénateur Andreychuk qui, au nom de l'honorable Rob Nicholson, a proposé ces modifications le 27 mars 2012. Ces modifications permettront de mettre à jour les mesures punitives concernant les activités liées au terrorisme nucléaire et permettront au Canada de mettre en œuvre intégralement deux ententes internationales centrales visant la lutte contre le terrorisme nucléaire.

Il est conforme aux exigences de la modification de la CPPMN en matière de criminalisation et constitue une loi d'application nationale qui permettrait au Canada de ratifier la CIRATN. Il s'agit d'une mesure symbolique importante en ce qui concerne l'alignement du Canada sur ses partenaires étrangers.

Le Canada s'est engagé à participer aux efforts internationaux pour lutter contre le terrorisme nucléaire. Il est l'un des États signataires de la Convention de 1980 sur la protection physique des matières nucléaires, la CPPMN, qui a trait à la prévention et à la détection des infractions liées aux matières nucléaires et au châtiment des responsables.

Le Canada est également signataire de la Convention internationale de 2005 pour la répression des actes de terrorisme nucléaire, la CIRATN, qui définit les catégories d'infraction ainsi que la procédure applicable à la poursuite des auteurs d'infraction de terrorisme nucléaire.

Avec la Loi sur la sécurité et la réglementation nucléaires et le règlement sur la sécurité nucléaire, le Canada a pris des mesures pour remplir les exigences relatives à la protection physique qui sont énoncées dans le document de modification de la CPPMN de 2005, mais il n'a pas encore adopté de mesures de criminalisation.

Le projet de loi S-9 propose de modifier le Code criminel afin qu'il comprenne quatre nouvelles infractions distinctes.

La possession ou le trafic des matières ou d'engins nucléaires ou radioactifs seraient illégaux. Il s'agit d'une infraction grave et elle est passible d'une peine d'emprisonnement à perpétuité.

Le projet de loi interdirait d'utiliser ou de modifier des matières ou engins nucléaires ou radioactifs, ou de commettre des actes à l'encontre d'une installation nucléaire. Il s'agit de l'infraction de contraindre et elle est également passible d'une peine d'emprisonnement à perpétuité.

Il rendrait illégal le fait de commettre un acte criminel dans l'intention d'obtenir une matière ou un engin nucléaire ou radioactif ou d'obtenir l'accès à une installation nucléaire ou son contrôle. Il s'agit de l'infraction criminelle, et la peine encourue est l'emprisonnement à perpétuité.

Enfin, il rendrait illégal le fait de menacer et de commettre l'une ou l'autre des infractions ci-dessus. Il s'agit de l'infraction de menacer, et elle est passible d'une peine maximale de 14 ans d'emprisonnement.

Ces peines sont conformes ententes internationales que nous avons signées.

Le projet de loi peut être considéré comme un outil permettant d'éliminer les échappatoires juridiques lorsque des poursuites sont intentées contre ceux qui s'adonnent à des activités liées au terrorisme nucléaire. Grâce à sa dimension extraterritoriale, cette mesure législative étend la portée du droit canadien, alors qu'auparavant les poursuites intentées risquaient d'avorter en raison d'un vide juridique. Elle prévoit aussi l'extradition dans le cas de terrorisme nucléaire, sans qu'il soit nécessaire que des accords bilatéraux aient été conclus au préalable.

Si nous voulons que la planète soit un endroit meilleur pour ceux qui nous suivront, il faut accorder une importance beaucoup plus grande aux armes nucléaires et il faut faire tous les efforts possibles afin que ces armes ne soient pas utilisées.

Le projet de loi S-9 est le résultat de tels efforts, mais cette mesure n'est certainement pas suffisante. Même si les Canadiens ne se sentent peut-être pas visés par la menace du terrorisme nucléaire, j'insiste sur le fait que le vol de matériel et de composants de qualité militaire n'est pas seulement une possibilité mais une réalité. Une partie des quelque 2 100 tonnes de plutonium et d'uranium hautement enrichi qui existeraient dans le monde est entreposée dans des édifices qui ne sont pas adéquatement surveillés. Or, depuis 1993, il y a eu 18 tentatives connues de vol. Ces matières sont essentielles à la création d'armes nucléaires.

Selon Matthew Bunn, éminent professeur à l'Université Harvard et ancien conseiller au bureau de la politique en matière de science et de technologie à la Maison-Blanche, le réseau terroriste Al-Qaïda a tenté à plusieurs reprises d'acheter du matériel nucléaire volé afin de fabriquer une bombe nucléaire. Al-Qaïda a essayé de recruter des scientifiques spécialisés dans les armes nucléaires, y compris deux extrémistes pakistanais qui ont rencontré Oussama ben Laden peu de temps avant les événements du 11 septembre, afin de discuter d'armes nucléaires. Selon M. Bunn, le terrorisme nucléaire demeure une menace réelle et urgente. Il faut y faire face en faisant appel à la coopération internationale. Il ne faut pas recourir à la confrontation et encore moins à la guerre.

Face à ces nouvelles menaces, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, en 2004, la résolution 1540 engageant tous les États à appliquer des mesures visant à empêcher des acteurs qui ne sont pas des États à acquérir des armes nucléaires, biologiques ou chimiques, ainsi que les moyens de les utiliser. Le transport par camion d'une arme nucléaire n'est peut-être pas le meilleur mode de livraison, mais au centre-ville de Toronto cette arme pourrait quand même atteindre le but visé.

Cela dit, la résolution exige des mécanismes de mise en œuvre complexes qui font un peu douter de son efficacité. Lorsque le président Obama a réuni le Conseil de sécurité en 2009 afin de resserrer le régime de non-prolifération, la résolution 1887 sur la non-prolifération a été adoptée à l'unanimité. Même si cette résolution prévoit l'application de contrôles stricts sur le matériel nucléaire afin d'éviter que celui-ci ne tombe entre de mauvaises mains, elle reconnaît aussi le droit des États d'utiliser l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, sous la supervision de l'AIEA. L'énergie nucléaire est donc certainement acceptable dans ce contexte.

Malheureusement, la résolution pouvait uniquement exhorter les États à limiter l'exportation de matériel nucléaire vers les pays qui n'avaient pas renouvelé leur engagement à respecter les accords de garanties conclus avec l'AIEA. Étant donné que moins de la moitié des gouvernements du monde ont adhéré au programme d'inspection plus rigoureux de l'AIEA, connu sous le titre de protocole supplémentaire, les vérifications liées au matériel nucléaire sont truffées de lacunes.

C'est cette situation périlleuse qui a incité l'administration Obama à organiser en avril 2010 le Sommet de Washington sur la sécurité nucléaire, qui allait être suivi par la conférence de Séoul en 2012. Au cours de celle-ci, 47 chefs d'État, y compris, bien entendu, du Canada, mais aussi de l'Inde, du Pakistan et d'Israël, où la menace terroriste est constante, se sont engagés à empêcher le vol de matière fissile en sécurisant les arsenaux dans un délai de quatre ans. C'est ce qui était prévu.

Grâce à cet engagement, il y a de meilleures chances qu'au moins les États qui possèdent des sites nucléaires civils, dont plusieurs ne bénéficient même pas d'une protection militaire élémentaire comme des barbelés et des points de contrôle, investissent dans des mesures de sécurité correctes, par exemple des voûtes de stockage du combustible, des détecteurs de mouvement et des systèmes d'alarme centraux.

Surtout, ces dirigeants ont pris une nouvelle résolution à ce sommet, celle de renforcer la Convention sur la protection physique des matières nucléaires adoptée il y a 30 ans et de resserrer les mesures de sécurité dans le monde entier. C'est ce que le Canada essaie d'accomplir avec ce projet de loi.

Un « nouvel ordre nucléaire » est essentiel pour confirmer la relation symbiotique entre la non-prolifération des armes nucléaires et le désarmement nucléaire. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, et le président Obama ont tenté d'ouvrir la voie vers un monde dénucléarisé. Cependant, plusieurs de pays importants, dont le Canada, hésitent à emprunter cette voie et semblent craintifs à l'égard des mesures audacieuses nécessaires pour délivrer réellement le monde de ces armes nucléaires.

En espérant que des mesures d'envergure modeste suffiront pour repousser un désastre nucléaire, ces pays s'opposent à l'appel historique qui vise à mettre fin, une fois pour toutes, à la prolifération d'armes qui présentent une difficulté pour tous les peuples.

J'aimerais faire un bref rappel historique. En 1957, dans le petit village de Pugwash, en Nouvelle-Écosse, un certain Cyrus Eaton, qui avait gagné ses millions de dollars aux États-Unis mais était revenu les mettre à profit au Canada, a rassemblé un groupe de 20 atomiciens, dont des Russes, en pleine guerre froide. Ensemble, ils ont entamé une démarche visant à créer un climat de désarmement nucléaire et de non-prolifération.

Le mouvement Pugwash, dont je suis le parrain, demeure actif aujourd'hui encore. Il tient des réunions internationales et Pugwash, en Nouvelle-Écosse, reste au cœur de ce grand mouvement antinucléaire.

Impressionnant ce qu'un pêcheur peut faire!

La communauté internationale a fait part de ses préoccupations à l'égard des conséquences catastrophiques sur le plan humanitaire qu'aurait l'emploi d'armes nucléaires et a indiqué de nouveau que tous les pays doivent se conformer à la loi humanitaire internationale.

En effet, la Conférence d'examen de 2010, chargée d'examiner le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, a ajouté à l'ordre du jour mondial le fait de tenir compte des négociations sur une convention sur les armes nucléaires visant à renforcer les instruments. Pour la première fois, le concept d'une interdiction mondiale de toutes les armes nucléaires a été validé. C'est un premier pas.

Cependant, ce progrès est entravé par les programmes de modernisation des États qui disposent de l'arme nucléaire, des États qui conservent leur doctrine militaire de dissuasion nucléaire comme un moyen d'exercer leur autorité. Procéder à certaines réductions serait bénéfique; les éliminer ne le serait pas, du moins pas encore.

Il est intéressant de constater que, depuis la fin de la guerre froide où nous avons, dans le cadre des dividendes de la paix, réduit notre capacité militaire conventionnelle et entamé un programme de désarmement, depuis cette époque les pays développés qui possédaient des armes nucléaires ont en réalité investi plus de 800 milliards de dollars pour les moderniser. Et cela à une époque où nous n'en avons plus besoin, en tout cas certainement pas dans la perspective pour laquelle nous les avions conçues au départ. Nous n'avons pas consacré 800 milliards de dollars à la protection de l'environnement, mais nous avons consacré 800 milliards de dollars à des dispositifs capables d'éliminer la planète et l'humanité tout entière.

Les puissances nucléaires affirment que, aussi longtemps que les armes nucléaires existeront, elles devront conserver leur arsenal. Selon la logique alambiquée qui a entraîné une course à l'armement nucléaire historique durant la guerre froide, comme on l'a vu, le niveau de sécurité apporté par celles-ci dépend toujours de leur déploiement.

L'élimination totale des armes nucléaires est considérée comme un rêve. Les puissants défenseurs des armes nucléaires agissent comme si le fait de ne pas en posséder était une perte insoutenable. Cette obstination persistante a créé une nouvelle crise pour l'humanité parce que l'incapacité de profiter de cette occasion de débuter des négociations globales entraînera un accroissement de la propagation et l'utilisation possible des armes nucléaires.

Si un plus grand nombre de personnes en possèdent, un plus grand nombre d'idiots pourront les utiliser.

La situation et la crise attirent l'attention sur un fait inéluctable du XXIe siècle : un monde bipolaire où les puissants augmentent leur puissance grâce aux armes nucléaires tandis qu'ils interdisent à d'autres États d'en acquérir n'est pas viable. Ce n'est certainement pas du leadership par l'exemple. « J'ai besoin des miennes et elles doivent être meilleures et plus sophistiquées. Vous n'avez pas besoin d'en avoir et vous n'avez aucune raison d'en acquérir. » Ce n'est pas particulièrement logique.

Nous sommes confrontés au risque de la prolifération des armes nucléaires parce que des États puissants dotés d'armes nucléaires n'ont pas utilisé leur autorité pour adopter une loi mondiale qui proscrive toutes les armes nucléaires. Ils peuvent le faire. Ils les possèdent, ils sont les chefs de file en la matière et ils pourraient y mettre un terme. Reste à savoir si leurs industries sont prêtes à appuyer leurs politiciens.

Malgré cela, nous pouvons espérer trouver un moyen d'aller de l'avant ensemble. Le document consensuel final de 2010 du TNP dit ce qui suit :

La Conférence demande à tous les États dotés d'armes nucléaires d'adopter des mesures de désarmement concrètes et affirme que tous les États doivent faire un effort particulier pour établir le cadre nécessaire à l'instauration et à la préservation d'un monde sans armes nucléaires.

Il s'agit d'une étape importante pour débarrasser le monde des armes nucléaires. Tous les États — les forts et les faibles, les riches et les pauvres — ont des efforts à faire. Promulguer, puis mettre en application une loi qui rend illégaux l'utilisation, le déploiement, la production ou la prolifération d'armes nucléaires est une nécessité mondiale dont la responsabilité nous incombe.

Bref, le problème du terrorisme nucléaire ne peut pas être considéré isolément. En effet, ce n'est qu'un aspect — sans doute important et significatif — du problème général des armes nucléaires. Ce fait a été reconnu par 550 éminents titulaires de l'Ordre du Canada qui ont exhorté le gouvernement du Canada à appuyer le plan en cinq points du secrétaire général des Nations Unies pour le désarmement nucléaire, qui comprend le lancement de négociations en vue de la signature d'une convention sur les armes nucléaires.

Cette initiative a entraîné l'adoption unanime d'une motion au Sénat le 2 juin 2010, puis à la Chambre des communes le 7 décembre 2010. La motion demandait au gouvernement de lancer une grande offensive diplomatique en faveur du désarmement nucléaire. Jusqu'ici, le gouvernement n'a pas donné suite à cette motion sans précédent. Il est maintenant temps pour le Canada de montrer qu'il se soucie du désarmement nucléaire. Ses parlementaires l'ont demandé à l'unanimité.

La Convention sur la protection physique des matières nucléaires et la Convention internationale pour la répression des actes terroristes nucléaires ne représentent que deux des nombreux engagements du Canada visant à appuyer les efforts déployés pour enrayer le terrorisme nucléaire, et nous l’en félicitons. Les autres ententes internationales auxquelles le Canada participe et les résolutions du gouvernement, comme l’Initiative mondiale contre le terrorisme nucléaire et la résolution 1540 du Conseil de sécurité des Nations Unies sont une preuve de l’importance, pour les pays membres, d’aider les autres pays à respecter leurs engagements.

Cela suppose qu’il faut offrir du soutien en partageant de l’information et en assurant une coopération technique et un soutien mutuel en ce qui a trait aux enquêtes et aux mesures d’extradition et à d’autres formes d’intervention directe.

Il existe peu d'information sur la façon dont le Canada y contribue. Après la conférence sur la sécurité nucléaire de Séoul, en 2012, le Canada a annoncé qu'il allait coopérer avec les États-Unis pour appuyer le Mexique, en remplaçant ses réacteurs de recherche à l'uranium fortement enrichie par des réacteurs à uranium faiblement enrichie. Malheureusement, peu d'autres projets précis ont été annoncés et aucune ressource n'y été consacrée.

Les obligations découlant de ces ententes et les faibles progrès réalisés par le Canada mettent en évidence le potentiel et l'importance du projet de loi S-9. Cela nous rappelle également le chemin qu'il nous reste à parcourir. On a fait un pas fondamental, il ne nous reste qu'à avancer.

Les mesures prises dans le but d'inscrire ces ententes dans le cadre législatif canadien sont très importantes, bien qu'elles ne représentent qu'un seul aspect de l'engagement global du Canada dans la lutte pour le désarmement et la non-prolifération des armes nucléaires.

D'importantes questions se rapportant à l'engagement du Canada à l'étranger demeurent. Comment les 367 millions de dollars annoncés après Séoul seront-ils dépensés dans le cadre du Programme de partenariat mondial, que le Canada a mis de côté? Jusqu'ici, ce budget servait à financer des programmes visant à sécuriser le matériel, la technologie et le savoir nucléaires dans les pays de l'ex-Union soviétique. Quelles seront les priorités budgétaires à l'avenir? Quels projets financés dans d'autres régions du monde ont trait non seulement à du matériel nucléaire, mais aussi à des armes nucléaires? Ces questions exigent des réponses, et nous pouvons contribuer à y répondre, étant donné que notre pays fait partie des réponses.

Nous savons, par exemple, que le lancement de négociations en vue de la conclusion d'une convention visant l'interdiction légale de toutes les armes nucléaires bénéficie d'un très vaste appui. Plus des trois quarts des pays du monde ont voté en faveur d'une résolution des Nations Unies préconisant le lancement de telles négociations. L'appui vient de tous les coins du monde, y compris l'Asie, l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Amérique latine et une partie de l'Europe, ainsi que de certains pays qui possèdent des armes nucléaires, comme la Chine, l'Inde, le Pakistan et même la Corée du Nord.

En fait, la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires a noté que les pays favorables à une interdiction représentent 81 p. 100 de la population mondiale. Honorables sénateurs, qui, croyez-vous, sont les cibles de ces armes? Il n'y a plus de grandes armées en campagne. Il n'y a que des cibles civiles : nos villes, nos populations, nos ressources.

D'autres expressions d'appui viennent de groupes aussi importants que le Conseil InterAction, qui se compose de 20 anciens chefs d'État et de gouvernement de grands pays comme les États-Unis, le Canada, la Norvège, l'Allemagne, le Japon et le Mexique, et le sommet de décembre 2011 des dirigeants de l'Amérique latine et des Caraïbes.

Les choses avancent lentement. Malgré l'appui exprimé en faveur d'un traité, plusieurs grands États ne sont pas disposés à participer à de telles négociations. Pour surmonter cet obstacle, il faudrait qu'un groupe de pays mette sur pied un processus informel pour commencer à bâtir le cadre d'un monde dénucléarisé. Cela pourrait comprendre des travaux préparatoires portant sur quelques-uns des éléments suivants du cadre : vérification, interdiction nationale, examen des aspects à garantir, respect d'une interdiction mondiale, promotion de cadres de sécurité pouvant se substituer à la dissuasion nucléaire, perfectionnement du modèle de convention sur les armes nucléaires pour en faire un document de travail réaliste pouvant servir de base aux négociations. Un tel travail ouvrirait la voie à d'éventuelles négociations officielles. Ce serait le prolongement de la grande initiative lancée par Cyrus Eaton à Pugwash, qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 1995, prix qui est resté à Pugwash depuis.

À cela pourraient s'ajouter des mesures prises par les pays d'optique commune pour intensifier le mouvement politique en faveur de telles négociations grâce à des interventions au plus haut niveau, celui des chefs d'État, ou à l'organisation d'une grande conférence diplomatique internationale, comme l'ont préconisé de nombreuses commissions dans le passé.

Honorables sénateurs, nous avons affirmé et réaffirmé l'engagement du Canada envers un monde dénucléarisé, mais nous subissons les pressions qu'exerce notre appartenance à l'OTAN, organisation fondée sur la possession d'armes nucléaires et sur leur éventuelle utilisation. Nous sommes donc pris entre deux feux. Nous définissons des règles pour protéger notre uranium et les composantes de dispositifs nucléaires, mais nous ne nous demandons pas sérieusement comment faire pour établir un cadre de coopération visant à nous en débarrasser. Nous luttons farouchement pour garder ce que nous possédons et punissons ceux qui essaient de nous l'enlever. Toutefois, nous ne nous interrogeons pas sur les moyens d'en arriver un jour à un monde où ces mêmes gens n'auront pas, dans leur rage, à nous prendre quoi que ce soit de cette façon. C'est un monde que nous devons faire. C'est un monde que nous devons oublier. C'est un monde dans lequel le Canada peut être un chef de file.

Le projet de loi S-9 est un petit pas en avant qui s'inscrit dans les efforts déployés par le Canada pour débarrasser le monde de la menace nucléaire. En comblant le vide juridique qui entravait les poursuites, nous prenons une importante mesure symbolique pour renforcer nos engagements antinucléaires et donnons à notre pays d'importants nouveaux pouvoirs en matière de juridiction et de sanction.

Je propose cependant d'examiner ce projet de loi dans le cadre plus vaste des mesures que le Canada a prises et doit encore prendre contre les armes nucléaires.

Nos engagements internationaux, dont certains sont universellement adoptés et dont beaucoup ont été réaffirmés par le Sénat, nous imposent de respecter des normes élevées. Il y a deux ans seulement, le Sénat a adopté à l'unanimité une motion appuyant une déclaration relative au désarmement nucléaire faite par un groupe de titulaires de l'Ordre du Canada. Une fois de plus, il est temps de penser à ce que nous devons faire pour donner suite à cet engagement. Il est temps de trouver des moyens de continuer à mettre en œuvre la résolution 1540 du Conseil de sécurité, qui nous impose d'aider les autres États membres à honorer leurs obligations envers le désarmement et la non-prolifération.

Nous devons continuer à promouvoir les utilisations pacifiques de l'énergie nucléaire, avec nos partenaires de l'Agence pour l'énergie nucléaire, l'OCDE et l'Agence internationale de l'énergie atomique. Nous nous devons de soumettre ces défis au Comité sénatorial spécial sur l'antiterrorisme; il faut continuer à poser des questions et ne jamais cesser d'agir.

Les armes nucléaires demeurent l'une des principales menaces à l'existence de notre espèce; il faut donc rester vigilants et proactifs.

Je me suis présenté à vous, honorables sénateurs, pour parler non seulement de nos réussites, mais aussi de nos échecs et de nos problèmes. À chaque étape, nous devons réfléchir aux questions qu'il reste à régler, aux manquements qu'il faut corriger et aux obstacles qu'il faut surmonter pour nous débarrasser d'un système d'armes qui est essentiellement, fondamentalement et absolument inutile et qui menace la sécurité de la planète. Merci beaucoup.

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