Discours et débats

L'éducation postsecondaire: interpellation—suite du débat

Plus sur...

Partager

Commentaires

Lisez les commentaires sur cette page ou ajoutez-en un.
Déclaration faite le 20 février 2007 par la sénatrice Marilyn Trenholme Counsell (retraitée)

L'honorable Marilyn Trenholme Counsell:

Honorables sénateurs, je prends la parole au nom du sénateur Callbeck, actuellement en voyage avec le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts, lequel tient des audiences sur la pauvreté en milieu rural.

Il me fait grand plaisir d'intervenir au sujet de l'interpellation du sénateur Tardif. J'admire sa passion, issue d'une brillante carrière dans l'enseignement, et son dévouement indéfectible à cette question. Le 13 juin 2006, madame le sénateur Tardif s'adressait à ses collègues sénateurs en ces termes :

J'ai la conviction que, malgré l'importance reconnue de l'éducation postsecondaire pour la réussite économique et sociale des Canadiens, les gouvernants et les décideurs n'ont pas su lui donner l'attention, l'orientation et le soutien financier qu'elle mérite.

Nous devons agir maintenant, honorables sénateurs, rapidement, efficacement et intelligemment pour mettre fin à l'état de stagnation où se trouve cet important enjeu de politique et sortir de l'impasse.

Le sénateur Tardif nous a rappelé que le taux d'achèvement des études postsecondaires au Canada, qui est de 44 p. 100, n'est pas suffisant. Nous devons viser plus haut pour affronter, au XXIe siècle, la concurrence de pays comme les États-Unis, l'Inde et la Chine, et nous devons faire beaucoup plus pour accroître le rapport entre étudiants des cycles supérieurs et étudiants de premier cycle dans nos universités, afin qu'il soit comparable à celui d'autres concurrents locaux.

Madame le sénateur Tardif, dans son interpellation, a clairement fait ressortir l'urgence d'agir. Elle a déclaré :

La course est lancée [...] attendre encore un an, ou davantage, peut faire la différence, pour le Canada, entre être un joueur de calibre mondial ou un aspirant à ce titre.

Je viens du Canada atlantique. Dans cette région, nous nous rendons compte que, pendant trop longtemps, nous avons exporté les cerveaux. Nous sommes résolus à faire mieux pour garder nos éléments les plus brillants dans la région, ou du moins pour les y ramener après qu'ils auront vécu des aventures enrichissantes et acquis de l'expérience dans d'autres régions du Canada et du monde.

Les compétences, les réalisations scolaires et professionnelles et la fierté des jeunes hommes et femmes des quatre provinces Maritimes ne relèvent pas du hasard. Il ne s'agit pas seulement de femmes et d'hommes forts qui ont bravé les éléments de l'Atlantique et subi l'isolement de notre région par rapport au pouvoir du Canada central, et maintenant de l'Alberta. Il y a un peu de cela, mais il y a aussi la remarquable tradition d'éducation de la région atlantique du Canada, tradition née avec les premiers arrivants.

Cette tradition a vu le jour en grande partie dans la salle à manger des maisons des familles françaises, britanniques, allemandes et scandinaves, pour n'en mentionner que quelques-unes. De ces maisons sont issus les hommes et les femmes qui ont fondé nos universités et nos collèges, qui aujourd'hui s'intègrent aisément dans le tissu de nos collectivités.

Si vous vous rendez à St. John's, à Terre-Neuve, vous verrez sur les falaises de cette grande ville l'étonnante université Memorial. Venez à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et vous serez surpris de la fierté que provoque l'Université de Moncton dans notre société bilingue et à l'échelle de la francophonie. L'Université de l'Île-du- Prince-Édouard et le collège Holland ont connu une croissance remarquable dans des domaines reconnus sur la scène internationale. Tout cela a commencé au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, où il y a probablement le plus grand nombre de Tim Hortons par habitant, mais aussi le plus grand nombre de places dans les universités et collèges.

L'Université Mount Allison a été la première du Commonwealth à décerner un baccalauréat à une femme, en 1875. L'Université du Nouveau-Brunswick est l'une des plus anciennes universités d'Amérique du Nord. Sa fondation remonte à 1829.

Le mouvement coopératif a vu le jour à l'Université St. Francis Xavier, à Antigonish, en Nouvelle-Écosse, et cette province rivalise constamment d'excellence avec le Nouveau-Brunswick dans les programmes de premier cycle Universitaire. Les universités Acadia, St. Francis et Mount Allison occupent à tour de rôle la première place du classement à l'échelle nationale, et elles sont toujours dans le groupe de tête.

La Nouvelle-Écosse est riche des longues traditions de l'Université King's College, de l'Université Dalhousie et de l'Université acadienne Ste-Anne, alors qu'au Nouveau-Brunswick, les arts libéraux font la réputation de l'Université St. Thomas, à Fredericton.

Nos collèges communautaires, nos collèges d'artisanat et de conception ainsi que nos institutions confessionnelles, comme l'Université baptiste de l'Atlantique, complètent la riche palette des programmes de formation universitaire dans la région atlantique.

Pourtant, de nombreux jeunes de la région ne profitent pas de ces programmes, pour des raisons dont je vais parler plus tard et qui devraient nous inciter, vous et moi, mes collègues sénateurs, à prendre la parole et à agir.

Je voudrais toutefois vous donner d'abord un aperçu de la noblesse et de la force de la vision qui émane des chefs de file du monde de l'éducation dans ma province d'origine.

John McLaughlin, président de l'Université du Nouveau- Brunswick, a déclaré ceci le 9 janvier 2007 :

Le choix de l'excellence et de la qualité nécessitera de l'imagination et du courage [...]

Au moment d'entrer en fonction à titre de dix-septième président de l'Université du Nouveau-Brunswick, ce dirigeant visionnaire a décrit son université comme une source primordiale de savoir et de talent, qui constituent le fondement essentiel de la compétitivité et de la prospérité.

De la poésie aux progrès de l'imagerie par résonance magnétique, en passant par le développement des enfants et une relation sans cesse plus étroite avec la Chine pour la formation en administration des affaires, l'Université du Nouveau-Brunswick représente le savoir et l'enrichissement. Elle est la gardienne des valeurs culturelles et un instrument de réforme qui constitue un exemple de ce que les êtres humains ont de mieux à offrir comme interactions et comme volonté de réussir.

M. McLaughlin a déclaré avec conviction que le bien-être futur des Canadiens serait en fin de compte grandement déterminé par la qualité et l'efficacité de la formation. Il a en outre dit ceci :

Si le rôle de l'État est de créer un climat propice au changement, le rôle de la formation est d'être l'instrument du changement et le rôle du secteur privé, d'être le moteur du changement. L'équation est assez simple : le gouvernement, les maisons d'enseignement et les entreprises sont les trois partenaires qui feront progresser le Canada au XXIe siècle.

Le président de l'UNB ajoute :

Les pouvoirs publics doivent faire preuve d'un leadership ferme et investir non seulement dans le domaine des changements climatiques, mais encore dans l'éducation nationale, suscitant un climat propice à la recherche, à l'apprentissage, à l'offre de possibilités et à la compétitivité.

M. Robert Campbell, président de l'Université Mount Allison, a fait le commentaire suivant le 18 février 2007 :

Pour un pays prospère et civilisé comme le Canada, le secteur postsecondaire représente un des biens publics les plus importants et les plus précieux. Les universités ont [...] rempli une double mission historique dans le développement du Canada.

D'une part, elles ont joué un rôle clé en ouvrant les portes du savoir à une proportion grandissante de Canadiens, accroissant ainsi la capacité de nos citoyens de contribuer au maintien de notre système démocratique dans un monde de plus en plus complexe. Nous avons besoin d'une population instruite, avertie, inventive et compréhensive pour s'attaquer à des questions comme l'environnementalisme, le multiculturalisme et les incertitudes politiques internationales aussi bien qu'au maintien de la vie familiale, de la santé personnelle et du bien-être social dans un monde plein de défis.

D'autre part, elles ont joué un rôle déterminant en formant les chercheurs et les penseurs qui ont conçu les idées, les techniques, les innovations et les connaissances qui ont accru la capacité de notre société de créer de la richesse et d'accroître la prospérité. Nous devons former une plus grande proportion des générations à venir et leur assurer une instruction sans cesse améliorée pour que le Canada maintienne et améliore sa capacité concurrentielle.

Ces deux éléments sont intimement liés. La démocratie fleurit là où il y a une grande prospérité économique et celle-ci requiert une population instruite et active et un système politique.

Il a conclu :

Tous les Canadiens profitent de la santé de nos institutions et pratiques démocratiques. Ainsi, tous les Canadiens, par le truchement de leurs gouvernements, devraient favoriser l'investissement public dans ce bien public merveilleux et conséquent.

La beauté de l'élargissement du système postsecondaire dans la période de l'après-guerre, c'est qu'il a été réalisé au moyen d'un partenariat entre tous les ordres de gouvernement, les citoyens à titre individuel, les familles et les philanthropes qui soutiennent l'université.

Honorables sénateurs, j'estime que madame le sénateur Tardif a fait appel au même genre de partenariat quand elle a dit que les enjeux nécessitaient « un leadership national et une authentique collaboration intergouvernementale ». Madame le sénateur a demandé plus de fonds et de soutien et une stratégie fixant « des objectifs concrets et des dates limites ». Elle a fait appel au « même courage, [au] même cran, [au] même esprit d'entreprise qui ont animé les fondateurs de cette grande aventure qu'on appelle le Canada ».

Honorables sénateurs, quand je pense au courage et à la vision des fondateurs du Canada, je me souviens de l'exemple des Acadiens et Acadiennes de ma province. L'Université de Moncton, en 2007, est un témoignage des aspirations et des rêves des hommes et des femmes qui ont trouvé, dans leur histoire, la détermination de bâtir une société forte et moderne afin de réaliser leur plein potentiel comme francophones, Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises, et Canadiens et Canadiennes.

Grâce à cette université, de plus en plus de jeunes Acadiens et Acadiennes trouvent, année après année, la confiance de se bâtir une vie remplie d'espoir et d'opportunités, peu importe l'endroit où ils décident de poursuivre leur carrière. De plus, l'Acadie et l'Université de Moncton accueillent des étudiants et des étudiantes d'autres provinces et, bien sûr, d'autres pays, particulièrement de la francophonie.

À l'occasion du 40e anniversaire de l'Université de Moncton, en 2003, le recteur Yvon Fontaine a déclaré ce qui suit :

L'Université de Moncton a profondément contribué à façonner le développement socioéconomique et culturel de la province. L'université connaît également un rayonnement sur la scène nationale et internationale.

Honorables sénateurs, je suis certaine que cette belle réussite n'aurait jamais été possible sans la contribution de tous les gouvernements qui ont partagé les rêves des Acadiens et des Acadiennes, et qui ont apporté pendant ces quatre décennies le soutien financier nécessaire pour bâtir, avec la collaboration du secteur privé, ce bastion d'éducation et de culture.

Il s'agit là d'un exemple que doivent suivre les gouvernements actuels, un exemple de l'investissement public essentiel aux progrès du Canada sur la scène nationale et internationale.

Lorsque je pense à l'Université St. Thomas, je pense à un établissement qui a le grand mérite, dans une société démocratique, de s'inspirer des meilleurs principes d'égalité et de tendre la main à des jeunes de toutes origines pour leur offrir l'éducation qu'ils méritent. Cette petite université agit conformément à ses principes en matière d'études autochtones et d'occasions données aux Autochtones. Elle fait cela, et bien davantage, avec dévouement et générosité.

L'Université St. Thomas nous donne un très bon exemple de ce qu'est le libéralisme. Nous étudions les défis de l'enseignement postsecondaire au Canada et nous avons à cet égard dans ma province un exemple dont nous pouvons nous inspirer.

Puisque je crois profondément en la valeur de l'éducation, de l'apprentissage continu qui commence dès la naissance, je suis tout à fait convaincue de l'importance de l'interpellation du sénateur Tardif. Elle a proposé « un leadership national et une collaboration intergouvernementale véritable » dans le cadre d'un « processus de consultation transparent et collaboratif » englobant « une rencontre des premiers ministres concernant l'enseignement postsecondaire et la formation professionnelle ». Elle a souligné l'urgence d'agir.

À cet égard, honorables sénateurs, efforçons-nous toujours de voir les choses en perspective et dans une optique à long terme. Un trop grand nombre de jeunes Canadiens n'ont pas la chance de bénéficier de l'enseignement postsecondaire et de toutes ses possibilités parce que, durant trop longtemps, nous avons sous- évalué nos collèges communautaires et nos collèges spécialisés.

Dans le domaine des arts, de la haute technologie, des métiers, de l'éducation préscolaire et de la garde d'enfants, des soins à domicile et des services aux aînés et aux anciens combattants et dans bien d'autres domaines, nos collèges donnent à nos jeunes hommes et à nos jeunes femmes l'occasion de réaliser leur plein potentiel. Parallèlement, par leurs programmes et leurs orientations, nos collèges aident à constituer le bassin des personnes qui feront du Canada une société d'entraide et de solidarité.

Non seulement nos gouvernements, mais nos collectivités doivent en faire davantage pour créer un environnement qui permettra à chaque jeune Canadien de contribuer à la hauteur de son plein potentiel. Personne ne doit être exclu.

Pour que cela se produise, nous devons faire preuve de vigilance et réévaluer de façon constante le régime de bourses et de prêts. Le remboursement de ces prêts doit constituer une priorité pour les parlementaires. Selon moi, il doit exister un rapport équitable entre ce que fournit l'État et ce que paient l'étudiant et sa famille.

En tant que nation, nous pouvons faire mieux lorsqu'il s'agit de créer un contexte financier et philosophique favorable à nos établissements d'enseignement postsecondaire, qu'il s'agisse de nos petits collèges, de nos écoles de métier ou de nos universités de renommée internationale.

Dans chaque cas, nous devrions viser rien de moins que l'excellence et l'égalité des chances. Le Canada veut davantage de boursiers de la fondation Rhodes et de lauréats du prix Nobel. Nous voulons que tous les enfants du Canada aient une chance de se sentir fier et de réussir.

J'espère que nous saurons faire preuve d'une honnêteté suffisante dans notre étude du système d'enseignement postsecondaire, et que nous n'oublierons pas que, trop souvent, nous négligeons les membres les plus vulnérables de notre société : les jeunes autochtones, les jeunes en difficulté et les jeunes des régions rurales, ainsi que de nombreux jeunes des villes, qui abandonnent leurs études à cause d'obstacles que nous pouvons et devons surmonter. Il n'y a pas de plus grand défi pour une démocratie, et je sais que le Canada sera à la hauteur.

En terminant, j'aimerais citer le Dr David Naylor, président de l'Université de Toronto, où j'ai eu la chance d'obtenir mon doctorat en médecine. Il a dit :

Je crois que nous avons tous l'obligation de transmettre un système d'éducation plus fort, plus viable et plus rationnel. J'espère qu'ainsi, les grandes universités seront encore mieux positionnées pour former les brillants esprits de l'avenir. Et si nous réussissons, les étudiants d'aujourd'hui et de demain lègueront à leurs enfants un monde plus agréable, plus sain, plus vert et dans l'ensemble plus accueillant.

J'aimerais remercier le sénateur Claudette Tardif pour le leadership qu'elle exerce au Sénat du Canada en tant que championne de l'éducation primaire, secondaire et postsecondaire.

Déclarations récentes des sénateurs libéraux

Projet de loi sur le contrôle par les premières nations de leurs systèmes d'éducation

10 avr., 2014 | Par la sénatrice Lillian Eva Dyck | Honorables sénateurs, j'aimerais faire quelques observations au sujet de cette motion. Je l'appuie sans réserve. L'adoption d'une loi sur l'éducation des Premières Nations est très importante pour le bien-être des Premières Nations des quatre coins du Canada, et surtout pour les jeunes Autochtones.

L'écart entre les riches et les pauvres

10 avr., 2014 | Par le sénateur Céline Hervieux-Payette | Qu'entend faire le gouvernement pour tirer les enseignements de la crise financière, réduire les inégalités de la richesse et s'inspirer d'autres juridictions qui ont commencé à mettre la pédale douce sur des rémunérations qui n'ont rien à voir avec la productivité des gens qui reçoivent le salaire moyen d'un Canadien en une demi-journée?

La transmission télévisée des travaux du Sénat

10 avr., 2014 | Par le sénateur Grant Mitchell | Quelle est l'opinion du leader à ce sujet?

Un régime national d'assurance-médicaments

10 avr., 2014 | Par le sénateur Art Eggleton | Cette recommandation a reçu l'appui unanime du Sénat; j'en déduis donc, sénateur, que vous serez tout à fait disposé à la faire valoir auprès du gouvernement.

Un régime national d'assurance-médicaments

10 avr., 2014 | Par le sénateur James Cowan | Ma question est donc la suivante : le gouvernement fera-t-il du programme national d'assurance-médicaments une priorité?
« 1 2 3 4 5  ... »