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Roméo Dallaire

L’honorable lieutenant général Roméo A. Dallaire, O.C., C.M.M., G.O.Q., C.S.M., C.D., L.O.M. (É. U.) (ret.), B.ès S., LL.D. (hon.), D.Sc.Mil (hon.), D.U., Le lieutenant-général (retraité) et sénateur Roméo Dallaire a reçu l'Ordre du Canada en 2002 en reconnaissance de ses efforts au cours de la Mission des Nations Unies pour le Rwanda. Il a été nommé au Sénat le 24 mars 2005.

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L'éducation postsecondaire: interpellation—suite du débat

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Déclaration faite le 20 juin 2006 par le sénateur Wilfred Moore

 

L'honorable Wilfred P. Moore:

 

Honorables sénateurs, c'est un privilège insigne de prendre la parole aujourd'hui au sujet de l'interpellation du sénateur Tardif sur l'état de l'éducation postsecondaire au Canada. C'est un dossier que je défends dans cette enceinte depuis des années et je suis très heureux que madame le sénateur Tardif et d'autres collègues reconnaissent eux aussi son importance.

Il est évident que nous devons nous pencher sur le système d'éducation postsecondaire au Canada. Il a été prouvé que jusqu'à 20 p. 100 de la croissance de la production totale dans les pays du G7 est attribuable à une main-d'oeuvre qui a fait des études universitaires. Dans les pays de l'OCDE, il y a un lien direct entre les investissements et la longueur des études postsecondaires faites par la main-d'oeuvre. Pour chaque année d'études supplémentaire, la production par habitant augmente de 6 p. 100.

Le fait que le Canada n'ait pas de plan pour s'attaquer à ce problème dans l'immédiat est vraiment renversant. En fait, les mots « études postsecondaires » ne figuraient pas dans le plan budgétaire de 2006. Cela devrait-il nous inquiéter? Après avoir lu le discours du sénateur Tardif, je dirais que nous devrions être plus qu'inquiets en ce moment. Un appel au leadership est resté sans réponse.

Comme je l'ai dit plus tôt, nous, en cette enceinte, discutons de cette situation depuis des décennies et il est toujours décevant que les priorités de l'autre endroit ne comprennent pas les études postsecondaires. Cela devrait être une priorité constante et annuelle sur le plan des politiques et ce thème devrait toujours se situer parmi les cinq premières priorités du pays.

Dans les provinces de l'Atlantique, nous insistons depuis une décennie sur l'importance de l'économie du savoir et sur la place que nous devons y occuper. Depuis que je suis à Ottawa, notre caucus libéral de l'Atlantique a préparé deux documents indiquant de manière détaillée ce qu'il faudrait faire pour accorder du financement à des entreprises axées sur le savoir de notre région. Je dois dire que nos recommandations, qui étaient contenues dans Cap sur l'avenir et Montée en puissance, ont été très bien accueillies. Ces documents sont suscité la création du Fonds d'innovation de l'Atlantique, qui joue un rôle de catalyseur de l'investissement fédéral dans la recherche dans les provinces de l'Atlantique. Un bon départ a été pris; il y a encore une longue route à parcourir.

J'ai assisté récemment à une réunion de l'Association des universités de l'Atlantique, à l'occasion de laquelle le rapport intitulé Brillons ensemble : l'impact économique des universités des provinces atlantiques a été rendu public. J'en ai un exemplaire, dans les deux langues officielles, et j'aimerais que le Sénat m'autorise à le déposer.

Son Honneur le Président : L'autorisation est-elle accordée pour le dépôt du document?

Des voix : D'accord.

Le sénateur Moore : L'aboutissement d'une étude de six mois présente de manière détaillée l'importance du milieu universitaire pour la région de l'Atlantique. Cette étude met en lumière les retombées économiques et sociales des universités dans les provinces de l'Atlantique.

Je voudrais vous faire part de quelques conclusions du rapport. L'impact de nos 17 universités sur la vie des habitants de la région atlantique est plus considérable que je ne le croyais. À tel point que je soutiens que nos universités, comme moteurs de l'économie du savoir, sont peut-être notre plus important secteur d'activité, car elles représentent chaque année un montant de l'ordre de 4,4 milliards de dollars, si on tient compte des dépenses directes et indirectes. Je tiens à souligner l'importance de certains éléments de cette réalité.

D'après le rapport, les universités du Canada atlantique emploient 16 655 professeurs et autres membres du personnel. Il y a également de 3 000 à 4 000 étudiants qui travaillent comme chercheurs. Ces employés peuvent représenter de 15 à 30 p. 100 de l'effectif dans les petites villes universitaires de la région. C'est énorme.

L'étude situe aussi ces chiffres dans le contexte des autres secteurs d'activité de chaque ville. Ainsi, l'Université Memorial de Terre- Neuve, à St. John's, est le deuxième employeur par ordre d'importance, derrière le gouvernement provincial. L'Université de l'Île-du-Prince-Édouard emploie un effectif aussi considérable que celui de secteurs comme les finances et l'assurance. Ces universités peuvent fournir jusqu'à 50 p. 100 du revenu dans les petites localités. Elles offrent des emplois stables et bien rémunérés. Ajoutons l'argent que dépensent les universités au niveau local et celui que dépensent les étudiants, et on obtient des dépenses directes de 2 milliards de dollars — plus que celles de tout autre secteur d'activité.

Le rapport fait également écho aux chiffres dont le sénateur Tardif a parlé. Par exemple, un diplôme universitaire, dans le Canada atlantique, permet de prétendre à des revenus de 60 p. 100 supérieurs à ceux d'un diplômé du secondaire. Le Canada atlantique, comme je l'ai dit dans des interventions antérieures, ne peut pas compter sur l'appui financier du secteur privé pour l'investissement dans la recherche et le développement. Nous n'avons pas assez de sociétés commerciales pour pouvoir les mettre à contribution, et le secteur privé ne fait pas beaucoup de recherche dans la région. Ce sont les universités qui en font le plus.

La principale source d'investissement en recherche et développement, c'est le gouvernement fédéral : subventions des conseils de recherche, Fonds d'innovation de l'Atlantique ou fondations de recherche. Les projets sont essentiellement examinés et approuvés par des pairs. Il est donc incroyablement important pour le Canada atlantique que tous les ordres de gouvernement s'engagent à investir dans les universités de la région et qu'ils aient un plan pour canaliser au mieux les investissements.

J'ai quelques idées personnelles sur la question. L'importance que la question revêt au niveau fédéral devrait être illustrée par des changements dans la façon dont nous traitons l'éducation postsecondaire. Dans le domaine de l'éducation postsecondaire, les transferts aux provinces ne sont assortis d'aucune condition. Ainsi, le gouvernement de ma province, la Nouvelle-Écosse, réduit son financement des études secondaires pour les étudiants qui reçoivent des bourses fédérales du millénaire. C'est une honte!

Le problème existe toujours aujourd'hui. Nous n'avons aucun moyen de rendre compte des fonds fédéraux versés aux provinces pour l'éducation selon la formule du financement global. C'est justement le temps que le gouvernement fédéral prenne l'initiative dans ce domaine. Nous entendons souvent dire que l'éducation est du ressort des provinces, mais il a été prouvé par le passé qu'il était avantageux pour toutes les provinces et tous les territoires, et pour le pays tout entier, que les deux ordres de gouvernement concluent des accords. Ainsi, l'accord de 2003 sur la santé a séparé en deux parties le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux pour assurer plus de transparence et une meilleure reddition des comptes dans l'utilisation que les provinces font de l'argent que le gouvernement fédéral leur verse pour les soins de santé. J'exhorte le gouvernement fédéral à dissocier l'élément éducation du Transfert canadien en matière de programmes sociaux pour créer le transfert canadien en matière d'éducation, garantissant ainsi plus de transparence et une meilleure reddition des comptes dans la façon dont les provinces dépensent les fonds fédéraux qui leur sont versés pour l'éducation.

Au moyen de l'ensemble de ses programmes de financement, le gouvernement fédéral consacre environ 9 milliards de dollars par année à l'éducation et à la recherche. Compte tenu de l'importance de ces dépenses, il devrait y avoir un portefeuille distinct pour administrer cette richesse nationale.

Je demande une fois de plus la création d'un ministère de l'Éducation postsecondaire et de la Recherche pour offrir le leadership dont nous avons désespérément besoin. Ce ministère pourrait assurer un niveau de financement stable et prévisible pour l'éducation postsecondaire, de façon que nos universités puissent établir leurs budgets et leurs plans en sachant à quoi s'en tenir. Seul le gouvernement fédéral peut créer et préserver pareilles normes nationales de financement.

Il faut que change notre perception des avantages de l'éducation postsecondaire. La tendance récente a consisté à isoler l'étudiant comme principal bénéficiaire de ces avantages et, comme la politique des années 1990 l'a montré, à lui faire porter aussi le fardeau financier. Il s'agit d'un précédent très dangereux, et nous récoltons aujourd'hui les fruits amers de cette mauvaise politique. Si nous laissons aux étudiants le soin de financer leurs études, les frais de scolarité augmenteront et, inévitablement, le taux de participation fléchira, ces frais se transformant en une dette impossible à gérer au moment de l'obtention du diplôme.

Conséquence d'une aggravation naturelle de la situation, les études postsecondaires seront réservées aux riches plutôt qu'à ceux qui sont les mieux préparés sur le plan des études.

Honorables sénateurs, ce n'est pas là le système que les Canadiens souhaitent ou méritent, et il n'est aucunement à l'avantage du Canada. Comme nous l'avons entendu maintes et maintes fois, plus nous serons instruits, plus notre pays sera productif, compétitif et prospère.

Je me rappelle un rapport du Caledon Institute, un organisme de réflexion d'ici, intitulé Education and the Public Good, ou l'éducation et le bien public. Y a-t-il des sénateurs qui se rappellent de l'expression « bien public »? On ne l'entend plus beaucoup de nos jours. On entend davantage parler de fédéralisme asymétrique et de déséquilibre fiscal, ou peut-être plutôt d'équilibre fiscal. Ce rapport portait davantage sur les écoles publiques, mais je pense que la leçon peut s'appliquer également à notre système d'enseignement postsecondaire.

Une section du rapport s'intitulait : « L'éducation devrait être traitée comme un élément d'actif ». Nous avons fait l'erreur de considérer le système universitaire comme un fardeau, alors que nous ne pouvons pas nous permettre de penser ainsi. Le rapport cite John Ralston Saul, qui affirme :

Du point de vue de la comptabilité, c'est bien sûr un élément de passif. Par comparaison, une balle de golf est un élément d'actif qu'on peut vendre, et son prix est un facteur de croissance mesurable.

 

Je crois que le transfert de connaissances est la vertu ultime. Nous devons faire davantage pour aider et encourager nos étudiants universitaires et leurs professeurs, qui travaillent pour l'amour du savoir.

Le rapport de l'Association des universités de l'Atlantique que j'ai déjà mentionné démontre clairement quelles sont les sommes en jeu et les répercussions économiques qu'elles engendrent. Il est vraiment temps de penser à l'argent que nous investissons dans notre régime d'enseignement postsecondaire comme à un investissement dans l'avenir du Canada — dans nos citoyens, dans l'environnement, dans les sciences et la technologie, dans l'industrie et dans la santé. Cet investissement rapportera des dividendes que nous soupçonnons à peine. Nous ne pouvons continuer à remettre à plus tard l'étude de cette politique nationale des plus fondamentale, la politique sur l'éducation postsecondaire. Pour reprendre les mots du sénateur Tardif...

[...] attendre encore un an, ou davantage, peut faire la différence, pour le Canada, entre être un joueur de calibre mondial ou un aspirant à ce titre.

 

Il faut s'y mettre dès maintenant.

Déclarations récentes des sénateurs libéraux

Projet de loi sur le contrôle par les premières nations de leurs systèmes d'éducation

10 avr., 2014 | Par la sénatrice Lillian Eva Dyck | Honorables sénateurs, j'aimerais faire quelques observations au sujet de cette motion. Je l'appuie sans réserve. L'adoption d'une loi sur l'éducation des Premières Nations est très importante pour le bien-être des Premières Nations des quatre coins du Canada, et surtout pour les jeunes Autochtones.

L'écart entre les riches et les pauvres

10 avr., 2014 | Par le sénateur Céline Hervieux-Payette | Qu'entend faire le gouvernement pour tirer les enseignements de la crise financière, réduire les inégalités de la richesse et s'inspirer d'autres juridictions qui ont commencé à mettre la pédale douce sur des rémunérations qui n'ont rien à voir avec la productivité des gens qui reçoivent le salaire moyen d'un Canadien en une demi-journée?

La transmission télévisée des travaux du Sénat

10 avr., 2014 | Par le sénateur Grant Mitchell | Quelle est l'opinion du leader à ce sujet?

Un régime national d'assurance-médicaments

10 avr., 2014 | Par le sénateur Art Eggleton | Cette recommandation a reçu l'appui unanime du Sénat; j'en déduis donc, sénateur, que vous serez tout à fait disposé à la faire valoir auprès du gouvernement.

Un régime national d'assurance-médicaments

10 avr., 2014 | Par le sénateur James Cowan | Ma question est donc la suivante : le gouvernement fera-t-il du programme national d'assurance-médicaments une priorité?
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