Déclaration faite le 25 novembre 2008 par le sénateur Yoine Goldstein (retraité)
L'honorable Yoine Goldstein:
Honorables sénateurs, la nuit du 9 au 10 novembre 2008 a marqué le 70e anniversaire de la Kristallnacht, la Nuit de cristal, ou « nuit du verre brisé », un pogrom massif tenu à l'échelle de toute l'Allemagne. Les nazis n'avaient pas choisi le 9 novembre au hasard : cette date marquait le 15e anniversaire du putsch de la brasserie d'Hitler, jour saint du calendrier nazi.
Ce pogrom massif institutionnalisa la démarche entreprise à l'époque contre les juifs et qui devint l'Holocauste. Il fut méticuleusement planifié et exécuté d'après les ordres qu'avait envoyés Reinhard Heydrich aux bureaux de district et de sous-district de la Gestapo et du SD, cette nuit-là. Voici le titre de ces ordres :
Concernant les mesures contre les juifs pour cette nuit
Dans les passages pertinents, on pouvait lire ceci :
[...] l'élite politique est informée que le Reichsführer et chef de la police et des SS a envoyé à la police allemande les instructions suivantes auxquelles les mesures prises par l'élite politique devront être conformes, soit :
a) De telles mesures doivent être prises seulement si elles n'entraînent pas de danger pour la vie d'un Allemand ou une propriété allemande (c'est-à-dire qu'on peut incendier une synagogue seulement s'il n'y a aucun danger pour les propriétés avoisinantes);
b) Les commerces et les biens des juifs doivent être uniquement détruits et non pillés. On a ordonné à la police de superviser l'application de ce règlement et d'arrêter les pilleurs;
c) Un soin particulier doit être pris pour que les entreprises non juives dans les rues commerçantes soient absolument protégées contre les dommages.
La Nuit de cristal représente une métaphore du proverbe d'Edmond Burke selon lequel, pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien.
Les gens de bien n'ont rien fait.
En une nuit horrible et terrible, 267 synagogues et quelque 7 500 commerces ont été détruits, 30 000 juifs ont été envoyés dans des camps de concentration où presque tous ont assassinés, et 91 juifs ont été tués sur-le-champ.
Le fait que le monde soit resté silencieux pendant que les nazis commettaient leurs exactions les a encouragés à poursuivre dans cette voie, ce qu'ils ont effectivement fait.
Un jour, après que j'eus fait une déclaration sur l'Holocauste, un de mes bons amis au Sénat m'a demandé pourquoi je persistais à vivre dans l'Holocauste et pourquoi tant de juifs faisaient de même. Ma réponse fut et reste la suivante : je ne vis pas dans l'Holocauste, c'est l'Holocauste qui continue à vivre en moi.
Je me sens donc obligé de m'exprimer et de commémorer des événements comme la Kristallnacht et l'Holocauste non pas parce qu'ils se sont produits ou qu'ils ont laissé une trace indélébile sur l'humanité, mais parce que je veux attirer l'attention sur le fait que des génocides, le déni des droits de la personne — hier comme aujourd'hui — et la privation des besoins fondamentaux arrivent encore tous les jours. Ces événements se produisent peut-être très loin, dans des lieux en Afrique dont les noms sont imprononçables pour bon nombre d'entre nous, mais ils arrivent aussi beaucoup plus près d'ici et touchent des êtres humains qui marchent, parlent, respirent et ont des sentiments tout comme nous.
Honorables sénateurs, en tant que parlementaires, nous sommes en mesure d'utiliser nos ressources pour sensibiliser le public à ces atrocités. Peut-être ne pouvons-nous pas faire plus, mais nous ne pouvons certainement pas faire moins.