Déclaration faite le 25 novembre 2008 par le sénateur Jerahmiel Grafstein (retraité)
L'honorable Jerahmiel S. Grafstein:
Honorables sénateurs, ce n'est pas la première fois que nous abordons cette question au Sénat. Elle est inscrite au Feuilleton depuis 2007. Je ne répéterai pas les arguments parce que, si les historiens s'y intéressent, ils peuvent consulter le hansard des deux dernières législatures et y trouver une analyse détaillée et des discours à ce sujet. Toutefois, il serait utile de faire un bref survol historique du Musée national du portrait.
Il y a plus de huit ans, j'ai visité, comme je le faisais chaque année, Londres et la National Portrait Gallery, véritable bijou situé tout près de Grosvenor Square. Il a cinq étages et n'est pas très grand. C'est un petit édifice, mais il renferme et présente aux visiteurs les grands personnages britanniques du passé et du présent. Un étage est consacré à chacune des catégories suivantes : la royauté, les politiciens, les gens d'affaires, les artistes et les citoyens ordinaires de l'Angleterre. Quelle merveilleuse présentation visuelle de l'histoire de l'Angleterre!
J'ai découvert un portrait magnifique qui revêt une grande importance dans l'histoire du Canada. Il s'agit du portrait du premier Cabinet de guerre impérial, le Cabinet de guerre impérial britannique, en 1918. Ce tableau marque la première étape franchie par le Canada dans son parcours vers une politique étrangère indépendante. Les honorables sénateurs se souviendront que, au cours de la Première Guerre mondiale, le Canada a envoyé des soldats, mais n'a pas participé aux prises de décisions de la guerre jusqu'à ce que M. Robert Borden, ainsi que les premiers ministres de l'Afrique du Sud et de l'Australie, aient décidé que le Cabinet de guerre britannique devait être élargi. C'est alors que le Cabinet de guerre impérial fut établi. Dans ce portrait, vous pourrez voir M. Borden, sir Winston Churchill, Herbert Henry Asquith et d'autres chefs politiques du Dominion qui faisaient partie de ce premier Cabinet de guerre impérial.
Quand j'ai quitté le musée britannique du portrait ce jour-là, je suis descendu, j'ai appuyé sur un bouton et j'ai obtenu pour quelques livres une copie du portrait, qui est maintenant accrochée dans mon bureau. À mon retour au Canada, j'ai constaté, ayant étudié un peu l'histoire des musées nationaux du portrait du monde, que nous n'avions pas de musée national du portrait ici. Nos portraits étaient entreposés à divers endroits. Puis, je me suis rendu au centre d'archives de Hull, et j'ai découvert, à mon grand étonnement, des dizaines de milliers de portraits qui n'ont jamais été vus ou ne seront jamais vus représentant diverses personnalités canadiennes telles que des chefs autochtones, des artistes, des écrivains, des poètes, des marchands, des politiciens et des Canadiens ordinaires.
J'ai décidé que cela pourrait être un projet intéressant. Puis, quelque chose s'est produit. L'ambassade américaine en face de la Colline s'est libérée, et j'ai pensé que c'était l'immeuble idéal pour mon projet. Je suis tout de suite allé consulter le sénateur Joyal, qui, comme les sénateurs le savent, est l'un des plus éminents experts canadiens en art. Je lui ai dit que ce projet serait une occasion fantastique de travailler ensemble, et il était d'accord avec moi. Nous avons préparé une présentation et, peu de temps après, nous sommes allés voir M. Chrétien, qui était premier ministre à l'époque
Nous lui avons présenté un exposé. Il a dit qu'il allait y réfléchir, puis nous nous sommes adressés, je crois, à la ministre Copps. Nous l'avons fait individuellement et ensemble, faisant pression sur elle et sur ses fonctionnaires pour que cette option en particulier soit adoptée. Finalement, nous avons persuadé le gouvernement de l'époque, M. Chrétien et Sheila Copps de la validité de ce projet. Après un certain temps, il a été approuvé. Des fonds y ont été affectés. Un comité bureaucratique a été formé et le sénateur Joyal et moi avons assisté à diverses réunions pour inciter les bureaucrates à agir promptement, ce qu'ils ont fait. Ils ont tenu un concours international pour que soient apportées des rénovations architecturales à l'immeuble. Le marché a été adjugé à un coût se situant entre 10 et 15 millions de dollars.
L'un des autres arguments pour le choix de cet immeuble était qu'il n'y a pas d'endroit où les personnes qui visitent le Parlement peuvent aller immédiatement après leur visite à la Colline du Parlement. J'ai découvert qu'entre 750 000 et un million de touristes se rendent aux immeubles du Parlement, chaque année. Ils quittent la Colline du Parlement et n'ont nulle part où aller. Toutefois, si le Musée national du portrait se trouvait juste en face, il deviendrait instantanément le musée le plus visité du Canada.
Le musée pourrait facilement faire sa publicité. Il suffirait de persuader les services de télévision nationaux, qui diffusent des images de la Colline du Parlement, de tourner leurs caméras une fois par semaine pour qu'elles montrent le Musée national du portrait juste en face de la Colline du Parlement. Il deviendrait rapidement, et sans frais pour les contribuables ou le gouvernement fédéral, un immeuble emblématique. Il deviendrait probablement, en peu de temps, l'immeuble le plus connu du Canada, après le Parlement, sans qu'il en coûte quoi que ce soit aux contribuables.
On a fait tout cela. Tout allait sur des roulettes. Vous verrez d'ailleurs qu'il y a encore quelques panneaux d'affichage à l'extérieur. Un nouveau gouvernement a été élu et, comme c'est toujours le cas quand il y a un nouveau gouvernement, il a fallu d'une manière ou d'une autre annuler tous les projets entrepris par l'ancien gouvernement. C'est l'égotisme politique à son meilleur. Ce n'est pas propre à M. Harper ni au Canada. Cela s'est produit avant, ici et dans d'autres pays.
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