Déclaration faite le 26 novembre 2008 par la sénatrice Lillian Eva Dyck
L'honorable Lillian Eva Dyck :
Honorables sénateurs, c'était hier la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.
J'ai assisté au cours de l'été à une conférence qui visait à accroître la sensibilisation du public sur la violence faite aux femmes et à attirer l'attention sur l'augmentation alarmante du nombre de disparitions de femmes autochtones.
Le 14 août a eu lieu à Regina, en Saskatchewan, la première conférence annuelle intitulée Missing Women : Decolonization, Third Wave Feminisms and Indigenous People of Canada and Mexico.
Honorables sénateurs, j'aimerais vous lire les réflexions d'Aline Fontaine, une stagiaire qui a travaillé pour moi l'été dernier et qui était aussi présente à la conférence.
Ma question est la suivante : « Au Canada, que pouvons- nous faire pour contrer la violence, la pauvreté, le racisme et le sexisme systémiques dont les femmes autochtones font l'objet? »
En tant que participante à la conférence, j'ai saisi l'occasion qui m'était offerte de témoigner de ce que vivent les gens de la rue dans le centre-nord de Regina. J'ai été horrifiée de voir des filles mineures faire du racolage dans la rue.
« Est-ce bien réel? Est-ce que ce n'est qu'un mauvais rêve? », me suis-je demandé.
Au Canada, on ne parle pas de l'exploitation sexuelle des femmes autochtones ni des disparitions et des meurtres non élucidés de ces femmes. Les gens ne veulent pas en entendre parler. Pis encore, bien des gens ne veulent même pas y penser. Aussi dérangeante que cette réalité puisse être, nous devons l'affronter. Nous devons comprendre comment la vie dans la rue perpétue le cycle de la violence, de la prostitution et des enlèvements dont sont victimes des femmes autochtones. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire comme si de rien n'était; nous devons faire la lumière sur les drames méconnus que vivent quotidiennement les Premières nations.
Je pose la question : « Comment? »
Des changements systémiques et sociaux s'imposent au sein des collectivités autochtones. Les Premières nations doivent faire un travail de sensibilisation et de compréhension en vue changer des points de vue, des perceptions et des pratiques individuels. Par-dessus tout, nous, les Autochtones, devons nous atteler à la tâche de manière à induire les changements fondamentaux nécessaires. Cependant, nous ne saurions y parvenir seuls. Nous avons besoin de l'aide des gouvernements, du secteur privé et des autres Canadiens pour venir à bout d'une situation tout simplement inacceptable.
Je pose la question : « Quand? »
Nous devons agir maintenant. Je presse les leaders canadiens de travailler en collaboration avec les Premières nations afin d'élaborer des stratégies visant à induire le changement. Ensemble, dans la solidarité, nous pouvons venir à bout de ce fléau et trouver des solutions qui permettront aux Premières nations de se sortir de la pauvreté et de ses conséquences. Il est temps que les Premières nations, les autres Canadiens et les leaders des gouvernements se lèvent et déclarent, « plus jamais ».
Honorables sénateurs, en tant que femme autochtone assez âgée pour être la grand-mère de ces prostituées mineures, je vous demande d'appuyer la recommandation du Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, à savoir qu'on fasse enquête sur la disparition ou le meurtre de 511 femmes et filles autochtones.