Déclaration faite le 26 février 2009 par le sénateur Céline Hervieux-Payette
L'honorable Céline Hervieux-Payette:
Honorables sénateurs, je profite de l'occasion pour saluer notre ex-collègue, le sénateur Gustafson. J'ai moi aussi eu l'occasion de le fréquenter lors de ma mission d'étude des organismes génétiquement modifiés. Je pense que nous avons fait un excellent travail et un excellent rapport. Sa contribution a été remarquable et j'ai beaucoup apprécié fréquenter le sénateur Gustafson. Je lui souhaite les meilleures choses du monde et j'en profite pour les lui souhaiter en français, compte tenu du fait que mes collègues ont parlé en anglais, pour dire que le Québec aussi reconnaît les talents du sénateur Gustafson.
Ma motion porte sur la situation extrêmement pénible que vit l'Australie.
J'aimerais, honorables sénateurs, transmettre mes plus sincères condoléances à toutes les familles australiennes qui ont subi des dommages, des pertes et perdu des membres de leur famille.
Plusieurs régions sont affectées par des changements climatiques extrêmement importants et, en tant que parlementaire d'un régime semblable à celui de l'Australie, je voudrais aussi exprimer ma sympathie au premier ministre d'Australie et lui dire que nous sommes tous désolés de la situation, qui s'est reproduite cette semaine encore; en effet, hier, le 25 février, de nouveaux incendies ont fait rage. Toute la population de l'Australie est certainement affectée par ces événements qui sont la cause d'une hécatombe sans précédent.
J'en parle avec d'autant plus de cœur que j'ai moi-même des membres de ma famille qui habitent en Australie qui devront aussi faires des sacrifices pour faire face à la situation.
Pour votre gouverne, si vous n'avez pas suivi cette hécatombe, je dois mentionner que l'Australie est un pays qui connaît souvent des incendies de ce genre, mais qui éprouve aujourd'hui des sécheresses sans précédent. En revanche, en raison des changements climatiques, l'État du Queensland — d'où est originaire le premier ministre actuel — est en proie à des inondations provoquées par des pluies diluviennes causées par des cyclones. Il y a une pénurie d'eau; l'eau potable, la nappe phréatique, tout est compromis dans ce pays.
J'aimerais rapporter les propos de Barry Brook, directeur de l'Institut de recherche sur le climat, et de M. Zhai Panmao, directeur chinois de la prévision de l'Administration météorologique, qui estiment qu'il y a un lien très probable entre les changements climatiques, la question des émissions dans l'atmosphère et les modifications majeures que ce pays expérimente.
Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du GIEC et chercheur en Belgique — le GIEC est un organisme international qui s'occupe des questions de dérangements climatiques — confirme que ce qui se passe est cohérent avec les prévisions météorologiques.
À l'heure actuelle, cette question est suivie de près par les organismes internationaux concernés.
On parlait plus tôt d'agriculture : en 2007, les nombreuses périodes de sécheresse et des changements climatiques importants ont fait chuter la production agricole de 10 p. 100, ruinant ainsi de nombreuses collectivités rurales. On peut voir comment ce pays a été touché. Le bilan est très peu reluisant. Le mercure a atteint les 46 degrés Celcius en début de février, les vents ont soufflé à 100 kilomètres/heure, des villages entiers ont été détruits, 450 000 hectares sont aujourd'hui calcinés, 3 400 pompiers et l'armée furent déployés et 2 029 maisons furent détruites. On compte aujourd'hui 210 morts et 30 disparus. Les compagnies d'assurance ont versé à ce jour 504 millions de dollars américains — il va sans dire que le bilan final sera de loin supérieur à ce montant. L'aide d'urgence, au moment où on se parle, s'élève à 10 millions de dollars australiens.
Telles sont les conséquences de cette négligence de la part de ceux qui ont ignoré les effets des changements climatiques et la décision, sous l'ancien gouvernement, de ne pas adhérer au Protocole de Kyoto. Il y a un prix à payer pour ne pas avoir agi.
On peut penser à ces incendies, mais le bilan des ravages causés par l'ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans n'est pas terminé. Le nombre de victimes s'élève à 1 836 morts et les dommages causés représentent à ce jour 81,2 milliards de dollars. Les Bahamas, la Floride, Cuba et l'Alabama sont parmi les régions qui ont le plus souffert des coûts astronomiques liés aux changements climatiques.
Lorsqu'un gouvernement refuse d'adhérer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et ne fait rien pour souscrire au Protocole de Kyoto, on constate des conséquences dramatiques.
Devant ces chiffres d'une ampleur incroyable, rappelons certains faits. Ni M. Howard ni M. Bush, tous deux amis de Stephen Harper, n'ont adhéré à l'accord de Kyoto. Le Parlement du Canada a adopté une loi mettant en vigueur l'accord de Kyoto, mais cette loi n'est pas respectée par le gouvernement actuel.
Par conséquent, nous devons faire un examen de conscience et nous demander, à titre de parlementaires, ce que nous devons faire.
J'aimerais vous rappeler les propos du président américain, qui nous rendait visite la semaine dernière, à partir d'un communiqué de presse rédigé en anglais.
Il a promis de consacrer 15 milliards de dollars par année au développement de sources d'énergie plus propres — y compris l'énergie éolienne, l'énergie solaire et les biocarburants — et pressé le Congrès de lui présenter une mesure législative qui imposera un plafond axé sur les forces du marché concernant la pollution par le carbone et qui stimulera la production d'une énergie plus durable en Amérique.
À la lumière de ces intentions de notre nouveau voisin, nous devons nous poser certaines questions.
J'ai cherché attentivement, dans le présent budget, les sommes que le gouvernement du Canada entend dépenser pour respecter son engagement à collaborer et à travailler dans le même esprit que le président Obama, et j'ai trouvé la somme d'un milliard de dollars sur cinq ans, soit 200 millions de dollars par année.
En prenant le montant de 15 milliards de dollars par année que compte débourser le gouvernement américain et en le divisant par dix, soit la proportion de la population canadienne par rapport à celle des États-Unis, le Canada devrait dépenser 1,5 milliard de dollars par année pour être sur un pied d'égalité.
À mon avis, le gouvernement actuel n'est pas sérieux dans sa volonté de travailler avec le gouvernement américain pour préparer de nouvelles technologies, développer une nouvelle approche et réduire les gaz à effet de serre. Le présent budget ne contient pas les sommes nécessaires pour apporter un changement réel.
Nous avons tous pris connaissance du rapport de la société National Geographic. Permettez-moi de citer M. Ignatieff :
En ce moment, c'est à peine acceptable, tant sur le plan environnemental que social, et cela m'inquiète. Le gouvernement conservateur n'a rien fait à ce sujet. Nous devons aller de l'avant.
Je rappelle aux honorables sénateurs que les premières recherches et les dépenses effectuées sur les sables bitumineux ont été réalisées dans les années 1980, sous l'administration Trudeau. La recherche et l'exploitation des sables bitumineux en étaient à ses tout débuts et l'avenir était très prometteur dans ce domaine pour le Canada.
Il faut faire une distinction entre exploiter une ressource et l'exploiter de façon satisfaisante. J'aimerais vous rappeler certains faits plutôt troublants dont j'ai pris connaissance. Nous sommes au courant des inquiétudes des spécialistes d'Environnement Canada au sujet des poissons vivants dans les rivières adjacentes aux sites d'exploitation. À ce sujet, David Schindler disait ceci :
Ce qui me met le plus en colère [...] c'est qu'il n'y a eu aucun effort concerté pour découvrir la vérité.
On retrouve des habitants le long des rivières adjacentes à ces sites d'exploitation. Ces gens s'inquiètent de la qualité de l'eau, notamment à des fins de consommation domestique. Or, selon les propos de M. Schindler, M. John O'Connor, un médecin de famille, se serait rendu à Fort Chipewyan pour faire le point sur l'impact environnemental sur la santé des individus. On a alors remarqué que certaines formes rares de cancers étaient 500 fois plus élevées. On en retrouve normalement un cas sur 100 000, alors que, dans ces collectivités, on en retrouvait cinq sur 1 000.
Il ne s'agit pas de mener une chasse aux sorcières. Il s'agit de déterminer de façon précise l'étanchéité des bassins, de trouver une technologie visant à nettoyer les rivières et d'assurer qu'à l'avenir, l'exploitation des sables bitumineux se fasse de façon satisfaisante et sécuritaire.
D'ailleurs, les mieux placés pour juger de la question sont les Albertains. En 2007, l'Institut Pembina, bien connu des politiciens, indiquait que 71 p. 100 des Albertains souhaitaient qu'on examine la situation en profondeur avant d'aller de l'avant plus rapidement dans l'exploitation — c'était au moment où les fonds à l'exploitation abondaient. Nous nous trouvons aujourd'hui dans des conditions plus difficiles, et le gouvernement canadien doit intervenir et assister, sur le plan financier, les entreprises pour que l'exploitation se fasse de façon sécuritaire.
Permettez-moi enfin de souligner que, lorsque les gouvernements ne font rien, la facture est extrêmement élevée. Si on avait agi antérieurement, si on avait découvert les technologies nécessaires pour réduire les dommages à l'environnement attribuables à l'exploitation des sables bitumineux, si on avait commencé il y a cinq ans, voire dix ans, alors que la conjoncture était excellente, nous ne serions pas aujourd'hui dans l'obligation de compromettre l'exploitation de cette ressource, faute de technologie.
Je doute que le président Obama utilise ces 15 milliards de dollars pour développer des technologies permettant l'exploitation des sables bitumineux. Il préférera sans doute se tourner vers l'énergie solaire, l'énergie éolienne et la bioénergie.
L'exemple du drame de notre pays ami, l'Australie, nous montre que le nouveau gouvernement de M. Kevin Rudd — ce dernier vient du Queensland — est très sensible à ces questions. Il a d'ailleurs décidé d'adhérer au Protocole de Kyoto. Nous sommes en bonne compagnie, étant donné que les États-Unis et le président Obama ont aussi décidé d'adhérer au Protocole de Kyoto. Des pays comme l'Australie, qui étaient dans le camp de M. Bush et M. Harper, ont maintenant décidé d'adopter le Protocole de Kyoto.
Honorables sénateurs, j'en arrive à la conclusion qu'il faut investir dans ce domaine pour éviter trop de dommages à l'ensemble de la population, sinon la facture sera trop élevée. Il en coûte moins cher de prévenir que de guérir.
En terminant, je réitère toutes mes sympathies à la population australienne et l'assure qu'elle peut compter sur notre collaboration pour trouver des solutions afin de respecter notre planète et ainsi mieux desservir nos citoyens.