Déclaration faite le 26 février 2009 par la sénatrice Catherine Callbeck
L'honorable Catherine S. Callbeck:
Honorables sénateurs, au cours de la dernière législature, j'ai présenté une motion demandant que le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie amorce une étude sur l'accessibilité à l'éducation postsecondaire au Canada. Ma motion demandait au comité d'examiner tous les aspects de cette importante question, y compris les obstacles — par exemple financiers ou géographiques — qui empêchent actuellement certaines personnes de faire des études, les mécanismes de financement, les paiements de transfert et l'évaluation d'une possibilité de transfert spécial pour l'éducation postsecondaire
La nouvelle motion que je présente aujourd'hui n'est que très légèrement différente de ma première. La dernière fois que j'ai parlé de ma motion, le sénateur McCoy a exprimé ses préoccupations au sujet de l'accès des Autochtones aux études postsecondaire et elle a suggéré un ajout au paragraphe a) pour donner au comité un mandat plus large pour ce qui est de l'examen des défis uniques auxquels les peuples autochtones sont confrontés. J'ai retenu sa suggestion et je l'ai incluse dans la motion. Je remercie notre collègue pour cette suggestion.
L'éducation et la formation ne représentent pas des coûts, mais des investissements dans les Canadiens et dans le Canada. Nous devons investir sagement et stratégiquement dans nos ressources humaines, dans les aptitudes et les connaissances. Il est essentiel que nos gouvernements aient des plans et des politiques qui permettent au Canada de progresser.
Honorables sénateurs, nous reconnaissons tous l'importance de l'éducation dans le développement social et économique. Il y a plus d'une décennie, notre regretté collègue, le sénateur Bonnell, a présidé le Comité spécial sur l'éducation postsecondaire. Depuis la parution du rapport de ce comité, beaucoup de changements sont survenus. Par exemple, les droits de scolarité ont augmenté en flèche, le pourcentage d'étudiants ayant besoin d'une aide financière a augmenté et le niveau d'endettement moyen des étudiants a continué de croître.
Il est encore vrai qu'un jeune provenant d'une famille à faible revenu a 50 p. 100 moins de chances qu'un jeune d'un milieu favorisé de faire des études postsecondaires. Le coût accru des études n'est pas le seul facteur influant sur la décision de ne pas faire d'études postsecondaires. Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, mais il y a une corrélation entre le faible revenu et beaucoup de ces facteurs.
Honorables sénateurs, nous devons étudier l'accessibilité aux études postsecondaires et recommander des moyens d'aider davantage de Canadiens à surmonter les obstacles et à s'inscrire à l'université, dans un collège ou dans une école de métiers. C'est pourquoi je propose à nouveau que le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se penche sur l'accessibilité aux études postsecondaires au Canada.
Nous reconnaissons l'importance de l'éducation pour nos objectifs de développement économique et social, mais, malheureusement, le Canada tire de l'arrière par rapport à bien d'autres pays. Selon le rapport de l'OCDE intitulé Regards sur l'éducation 2008, le Canada a un des taux de scolarisation les plus élevés. Quarante-sept pour cent de la population en âge de travailler a fait des études postsecondaires sous une forme ou une autre. Cependant, nous restons légèrement sous la moyenne des pays de l'OCDE pour ce qui est du taux d'obtention de diplôme et l'OCDE souligne que d'autres pays font des progrès plus rapides que nous. Par exemple, le taux d'obtention de diplôme au Canada était de 35 p. 100 en 2005, ce qui marquait une amélioration de sept points de pourcentage par rapport au taux de 28 p. 100 de 2000. L'Australie, pour sa part, a amélioré son taux d'obtention de diplôme, le faisant passer de 36 p. 100 en 2000 à 59 p. 100 en 2005. En Islande, ce taux est passé de 33 p. 100 à 56 p. 100 au cours de la même période. Le Canada doit faire mieux.
Il est indéniable que l'éducation postsecondaire est indispensable si l'on veut avoir une main-d'œuvre compétente et qu'elle est, par conséquent, indispensable à la prospérité générale du pays. Les projections concernant le marché du travail donnent à penser que les études et une formation supérieures deviennent rapidement des pré- requis pour décrocher un emploi. En effet, environ 1,7 million d'emplois auront été créés au Canada entre 2006 et 2015. Le ralentissement économique actuel aura sûrement une incidence sur cette prévision, mais il demeure que plus des deux tiers, soit 69,2 p. 100, de ces nouveaux emplois seront dans des professions exigeant des études postsecondaires.
La demande sera particulièrement élevée en ce qui concerne les emplois exigeant un diplôme universitaire. On prévoit que l'emploi dans cette catégorie augmentera en moyenne de 1,6 p. 100 par année, surtout en raison de notre transition qui se poursuit vers l'économie du savoir et de l'augmentation des dépenses publiques favorisant l'emploi dans le secteur de la santé. Les emplois qui exigent une formation collégiale ou une formation d'apprenti augmenteront, quant à eux, suivant un taux annuel moyen de 1,1 p. 100. Par contre, la création d'emploi sera beaucoup plus faible dans les professions moins qualifiées. Pour celles qui n'exigent qu'une formation en cours d'emploi, par exemple, le taux moyen de croissance ne sera en effet que de 0,6 p. 100 par année.
Outre la croissance de l'emploi, l'éducation postsecondaire présente de nombreux avantages pour les travailleurs, l'un de ces avantages étant le revenu. Selon un rapport publié par Statistique Canada l'an dernier, les gains horaires moyens des hommes de moins de 35 ans sont de 14,47 $ s'ils ont fait des études secondaires, et passent à 16,54 $ s'ils ont fait des études postsecondaires, à 17,93 $ s'ils ont obtenu un certificat ou un diplôme d'une école de métiers et à 21,58 $ s'ils détiennent un baccalauréat. La différence de salaires entre les titulaires de diplôme d'études secondaires et les titulaires de diplôme universitaire est presque du simple au double.
Et les avantages ne s'arrêtent pas là. Il existe une corrélation étroite entre le niveau d'instruction et la santé et le bien-être en général. Les personnes qui ont fait des études postsecondaires sont en meilleure santé, jouissent d'une meilleure qualité de vie et occupent des emplois mieux rémunérés et plus satisfaisants. L'OCDE faisait, dans son rapport de 2006 intitulé Panorama de la société, le constat que plus le niveau d'instruction est élevé, plus la le niveau de satisfaction de vivre est élevé.
S'ajoutent ensuite à ces avantages ceux que l'éducation postsecondaire procure à la société. Le Conseil canadien sur l'apprentissage a découvert un lien entre le niveau de scolarisation et l'engagement communautaire. Les citoyens instruits participent plus activement et contribuent davantage au travail bénévole et aux œuvres de charité. Ces types d'activités aident des collectivités entières et façonnent positivement le monde qui nous entoure.
Chaque Canadien bénéficiera du travail des personnes qui poursuivent leurs études au-delà du niveau secondaire, qu'elles décrochent un diplôme universitaire, un diplôme collégial ou un certificat de compétence. Ces personnes accroissent notre productivité et notre prospérité.
Les Canadiens qui ont mené à bien leurs études secondaires payent une grande partie des impôts au Canada. Ce sont ces impôts qui financent notre système de santé, nos services sociaux et d'autres programmes d'État. Les droits de scolarité, les frais supplémentaires, l'endettement, les revenus familiaux, l'aide financière disponible, l'attitude des parents, le lieu de résidence et les difficultés socio- culturelles sont autant d'obstacles à l'obtention d'une éducation postsecondaire. Ces obstacles doivent être aplanis de sorte que toute personne qui en a la capacité puisse aller au collège ou à l'université.
C'est pour cette raison que j'ai demandé au comité d'examiner tous les obstacles afin de pouvoir recommander des changements de politique dans le champ de compétence fédéral.
Nous savons tous que, aux termes de la Constitution, l'éducation postsecondaire est de compétence provinciale, mais il existe, bien entendu, des précédents de participation du gouvernement fédéral au secteur de l'éducation postsecondaire. Le gouvernement fédéral fournit de l'aide directe de plusieurs façons, y compris avec le Programme canadien de prêts aux étudiants, la subvention canadienne pour études et les subventions canadiennes pour étudiants, la subvention canadienne pour épargne-études et la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire, qui disparaîtra et sera remplacée par le Programme canadien de subventions aux étudiants.
De l'aide est offerte spécifiquement aux étudiants autochtones dans le cadre du Programme d'aide aux étudiants de niveau postsecondaire et du Programme préparatoire à l'entrée au collège et à l'université du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien.
Le comité doit étudier toutes ces formes d'aide financière et de financement. Nous devons savoir dans quelle mesure ces programmes facilitent l'accès à l'éducation postsecondaire et faire des recommandations pour en faciliter l'accès.
Le gouvernement fédéral fournit également de l'aide indirecte aux provinces dans le cadre du Transfert canadien en matière de programmes sociaux, au moyen duquel il distribue des fonds pour l'éducation postsecondaire et les programmes sociaux dans chaque province. Cette motion, si elle est adoptée, permettra au Comité des affaires sociales d'examiner la faisabilité d'un transfert spécial pour l'éducation postsecondaire.
Finalement, le comité pourrait également vouloir examiner d'autres questions connexes, y compris l'état de l'éducation postsecondaire dans d'autres pays, surtout dans ceux où l'on a observé une amélioration considérable, pour voir ce que le Canada peut apprendre.
Comme je l'ai dit, une participation et une accessibilité accrues à l'éducation postsecondaire sont indispensables à la compétitivité du Canada dans l'économie mondiale fondée sur le savoir. Le Canada se vante d'offrir des chances égales à tous ses citoyens, mais ce n'est certainement pas le cas. En tant que décideurs, nous devons faire tout notre possible pour que les Canadiens possèdent les connaissances et les compétences qui assureront le succès de notre pays.