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Wilfred Moore

L Nommé au Sénat par le Très honorable Jean Chrétien, le sénateur Wilfred Moore représente la Nouvelle-Écosse et la division sénatoriale Stanhope St./South Shore. Sa nomination remonte au 26 septembre 1996.

Discours et débats

La recherche scientifique—Interpellation

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Déclaration faite le 31 mars 2009 par le sénateur James Cowan

L'honorable James S. Cowan:

Honorables sénateurs, quand j'ai pris la parole le 11 février dans le cadre du débat sur l'Adresse en réponse au discours du Trône, j'ai parlé, entre autres, de l'approche du gouvernement dans le dossier de la politique scientifique et de mes préoccupations en ce qui concerne l'orientation nationale sur la question de la recherche scientifique.

Mardi dernier, j'ai présenté une interpellation attirant l'attention du Sénat sur l'importance cruciale de la recherche scientifique pour le futur du Canada ainsi que pour le bien-être des Canadiens et des Canadiennes.

J'aimerais aujourd'hui ajouter aux observations que j'ai faites précédemment.

J'encourage mes collègues des deux côtés du Sénat à contribuer au débat dans les semaines qui suivent. J'espère que, en temps et lieu, le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie entreprendra un examen approfondi de la question.

Je commence par déclarer ce que je pensais être une évidence pour nous tous, à savoir que dans le monde d'aujourd'hui, la science est la source d'énergie renouvelable qui constitue le moteur de l'économie moderne.

Nous sommes à l'ère des technologies et de l'innovation, et la recherche scientifique est au cœur des idées qui transforment notre mode de vie. La recherche scientifique a des répercussions sur la santé de nos concitoyens, sur les biens et services que les gens fournissent et veulent se procurer, sur la manière dont nous voyageons en sécurité et communiquons les uns avec les autres ainsi que sur la manière dont nous protégeons l'environnement et produisons notre nourriture.

La recherche scientifique définit le monde d'aujourd'hui, mais, surtout, elle nous permet d'imaginer un avenir meilleur, et cela signifie qu'elle joue un rôle crucial dans le succès de notre pays.

Franchement, je n'aurais pas pensé que, en 2009, il aurait été nécessaire de faire état de cette réalité. Bien sûr, la brique et le béton sont nécessaires au succès des industries, mais ils ne sont pas suffisants; pas aujourd'hui. Le premier ministre Chrétien et le premier ministre Martin comprenaient cette réalité. De toute évidence, M. Harper ne la comprend pas.

Nous ne devrions probablement pas être étonnés. En y repensant, très tôt le gouvernement Harper nous a donné un certain nombre d'indices que ses politiques en matière de sciences manqueraient de vision. Nous avons été témoins de l'élimination du poste de conseiller national des sciences. Des titres de journaux ont montré comment le gouvernement a mis de côté ses propres scientifiques, notamment le titre suivant, qui a paru à la première page de l'édition du 1er février de l'Ottawa Citizen :

Environnement Canada « muselle » les scientifiques qui s'adressent aux médias.

Ensuite, il y a eu les compressions dévastatrices du dernier budget, sur lesquelles je vais bientôt revenir. Ensuite, le gouvernement a insisté de plus en plus pour s'immiscer dans l'orientation de la recherche scientifique dans le pays. C'est une autre question à laquelle je reviendrai.

Des choix sont faits au sujet du financement de différentes entreprises scientifiques. Génome Canada, organisme canadien qui finance l'essentiel de la recherche génétique — domaine inextricablement lié à la compréhension scientifique de l'évolution —, s'est retrouvé pour la première fois sans fonds pour entreprendre de nouveaux projets.

S'agit-il d'une simple question budgétaire, ou bien est-ce que cela fait partie d'un plan d'action particulier? Comment les Canadiens peuvent-ils le savoir si le ministre refuse de répondre, avec l'appui du gouvernement Harper?

Voilà où nous en sommes après trois années de ce gouvernement. Pourtant, ce n'est pas là que nous avons commencé. M. Harper a hérité d'une communauté de recherche scientifique dynamique et en plein essor. Les gouvernements libéraux des premiers ministres Chrétien et Martin ont énormément investi dans les trois conseils subventionnaires qui constituent la base du soutien financier de la recherche scientifique au Canada. Il s'agit des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie et du Conseil de recherche en sciences humaines. Le gouvernement Chrétien a créé la Fondation canadienne pour l'innovation, Génome Canada, le Programme de bourses d'études supérieures du Canada et le Programme des chaires de recherche du Canada. Ce dernier programme a permis d'établir 2 000 chaires de recherche qui ont donné à nos universités la possibilité d'attirer et de garder les meilleurs scientifiques et les meilleurs chercheurs du Canada et de l'étranger. Des centaines de brillants chercheurs canadiens qui avaient quitté le pays pour faire des recherches à l'étranger sont rentrés pour travailler dans le cadre de ce programme.

Avec M. Harper au gouvernail, nous avons perdu dans le seul mois de février dernier 31 000 emplois dans le secteur professionnel des sciences et de la technologie du Canada. Les gouvernements Chrétien et Martin avaient réussi à inverser un exode massif des cerveaux. Le Canada était devenu l'endroit où il faut aller pour les scientifiques et les chercheurs. La situation a maintenant changé. Je sais — et les honorables sénateurs d'en face ne manqueront pas de le rappeler — que le gouvernement Chrétien n'a pas toujours été aussi généreux dans son soutien de la recherche scientifique. Avant que les honorables sénateurs d'en face me le rappellent, je vais mettre les choses au point.

Le début des années 1990 n'a pas été une bonne période pour la recherche scientifique au Canada. Le premier ministre Chrétien et le ministre des Finances d'alors, Paul Martin, n'ont pas eu la chance d'hériter d'un important excédent comme le gouvernement Harper, qui prévoit maintenant des déficits cumulatifs d'au moins 85 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Bien au contraire, MM. Chrétien et Martin ont dû prendre des décisions difficiles et réduire les dépenses dans un certain nombre de domaines importants à cause de l'affreuse pagaille financière que leur avait laissée le gouvernement conservateur précédent.

À la place de l'excédent budgétaire que les libéraux ont transmis à M. Harper, l'ancien gouvernement conservateur avait laissé un énorme déficit. Toutefois, dès qu'ils ont pu le faire d'une manière responsable, les gouvernements libéraux ont mis en œuvre, avec un important appui financier, leur vision d'un Canada fort et innovateur au XXIe siècle, un Canada en mesure de prendre les devants dans l'économie du savoir.

À partir de 1997, les gouvernements Chrétien et Martin ont engagé 12 milliards de dollars de nouveaux fonds à l'appui de la recherche. Ils ont plus que doublé les budgets des conseils subventionnaires, les faisant passer à un total de 1,6 milliard de dollars en 2004-2005. C'est ainsi que le Canada est maintenant un chef de file du G7 au chapitre de la R-D universitaire. Sous les gouvernements libéraux, les dépenses consacrées à la recherche et au développement, exprimées en pourcentage du produit intérieur brut, ont monté sensiblement pour aller au-delà des 2 p. 100, bien au- dessus de la moyenne de 1,5 p. 100 de l'OCDE.

Le bulletin Re$earch Money a dit l'année dernière, dans son numéro du 25 février 2008, que « les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin sont les maîtres d'œuvre des plus fortes hausses de l'histoire du Canada au chapitre du financement des sciences dans les universités ».

Nous en avons tous profité. Le Canada est aujourd'hui à l'avant- garde de la recherche scientifique. Les exemples qui suivent montrent ce qu'il est possible de faire dans un environnement appuyé et financé par le gouvernement fédéral.

En 2003, le Dr Stephen Scherer a défini la séquence du chromosome 7, établissant le fondement génétique de la fibrose kystique et d'autres maladies. En 2005, les Drs Brett Finlay et Andy Potter ont produit un vaccin contre le colibacille du bétail, qui a été commercialisé dans le monde entier. En 2005, les Drs Heinz Feldmann et Steven Jones ont développé des vaccins pouvant protéger des singes contre des doses mortelles des virus Ebola, Lassa et Marburg. En 2006, John Dick a découvert un moyen de détruire les cellules leucémiques responsables de la récurrence de la maladie. En 2007, le Dr Freda Miller s'est servi de cellules souches tirées de la peau pour réparer des lésions de la moelle épinière chez des rongeurs. En 2008 le Dr Stefano Stifani a découvert un mécanisme clé du développement des neurones moteurs, améliorant ainsi notre compréhension des troubles qui se manifestent dans les maladies neurodégénératives telles que la sclérose latérale amyotrophique.

Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie a récemment financé un projet qui a permis à Hussein Abdullah, professeur de robotique et de génie à l'Université de Guelph, de concevoir des robots pouvant aider les physiothérapeutes à réadapter les membres atteints des victimes d'attaques vasculo- cérébrales.

Michael Anstey, qui a bénéficié d'une bourse d'études supérieures du CRSNG, a découvert, de concert avec une équipe de chercheurs internationaux, le phénomène qui transforme le criquet pèlerin — qui est ordinairement un insecte solitaire — en créature qui se joint à des millions d'autres de la même espèce pour dévaster les récoltes.

Nous n'en sommes qu'au début de 2009, mais nous avons déjà vu des manchettes parlant des découvertes extraordinaires des scientifiques canadiens. Le Dr Andras Nagy, titulaire d'une chaire de recherche à l'Institut de recherche Samuel Lunenfeld de l'hôpital Mount Sinai de Toronto, a découvert un moyen de reprogrammer des cellules épithéliales ordinaires pour en faire des cellules souches de type embryonnaire sans recourir à des virus potentiellement dangereux, comme on l'avait fait antérieurement.

Une équipe internationale dirigée par des Canadiens a établi la séquence génétique des tumeurs au cerveau prélevées sur 800 enfants de différents pays du monde et a découvert une famille de huit gènes susceptibles de déclencher l'un des principaux types de cancer du cerveau chez les enfants. Ce type de cancer est en fait la principale cause de décès des enfants, après les accidents. Grâce aux travaux de ces scientifiques, des traitements ciblant ces gènes particuliers peuvent être essayés sans effet toxique sur le cerveau encore en développement de l'enfant.

Stephen Harper a fièrement mentionné notre intervention en Afghanistan pour prouver notre valeur sur la scène mondiale. Oui, bien sûr, le fait de se joindre à d'autres pays pour combattre le terrorisme fait partie de nos responsabilités internationales. Toutefois, je crois que nous ferions du tort aussi bien au Canada qu'aux autres en limitant notre vision de notre rôle international au domaine militaire. Considérez toutes les maladies qui peuvent être combattues grâces à la recherche canadienne. Considérez les fléaux auxquels il serait possible de mettre fin par suite de notre travail ici. Considérez toutes les vies qu'on pourrait sauver dans le monde.

Même dans une optique économique égoïste, considérez la valeur des découvertes réalisées à cause de la recherche scientifique, tant directement que par l'intermédiaire des innombrables retombées de la commercialisation. Considérez les emplois qui seront créés directement et indirectement ainsi que la qualité et le salaire des travailleurs.

Fernand Martin, professeur d'économie à l'Université de Montréal, a développé un modèle pour mesurer les effets économiques de la recherche universitaire canadienne sur le PIB. En 1988, il avait découvert que l'ensemble de la recherche universitaire canadienne — comprenant non seulement les effets directs qu'il a qualifiés de « pointe de l'iceberg », mais aussi les effets bien plus important sur les facteurs de production ou la productivité totale des facteurs — entraînait une hausse annuelle de 15,5 milliards de dollars du PIB ainsi que la création de 150 000 à 200 000 emplois.

La mise à jour la plus récente de ce modèle remonte à 2007. L'impact cumulatif des contributions de la recherche universitaire canadienne à l'économie est estimé à plus de 60 milliards de dollars.

Je rappelle aux sénateurs que d'éminents économistes ont estimé que le plan de relance Harper-Flaherty créerait ou maintiendrait 120 000 emplois. Cela représente des dizaines de milliers d'emplois de moins que ceux qui sont engendrés par la recherche universitaire canadienne.

Honorables sénateurs, la question fondamentale est la suivante : Quelle est notre vision du Canada pour le XXIe siècle? Souhaitons- nous continuer de faire ce genre de découvertes et de contributions? Voulons-nous être une nation qui repousse les limites de la connaissance et où on encourage les Canadiens à voir grand et à imaginer de nouvelles solutions?

Ces découvertes ne surviennent pas du jour au lendemain. Elles sont le fruit d'années de travail et d'investissements. Elles nécessitent souvent une étroite collaboration, tant au sein même d'un laboratoire que d'un bout à l'autre du pays, parfois même entre diverses disciplines.

En tant que décideurs, notre tâche consiste à ériger et à maintenir une base solide qui permettra l'épanouissement de ces recherches. Cela requiert une infrastructure physique moderne, ainsi qu'un financement pour les recherches elles-mêmes. Il est illogique de construire des laboratoires ultramodernes si on n'assure pas le financement des recherches qui s'y dérouleront. C'est pourtant exactement ce que propose le budget Harper.

Les trois conseils subventionnaires, soit les IRSC, le CRSNG et le CRSH, doivent réduire leurs dépenses de 148 millions de dollars au cours des trois prochaines années. Le Conseil national de recherches du Canada, qui a déjà supprimé plus d'une centaine d'emplois en 2007, dont des postes de chercheurs, devra en plus réaliser des compressions de 27,7 millions de dollars au cours des trois prochaines années.

Plutôt que d'investir dans notre avenir en cette période critique, le gouvernement Harper retire de l'argent à nos chercheurs pour financer d'autres projets, avouons-le, importants. Ces fonds iront maintenant à l'infrastructure, aux bourses d'études et à la commercialisation des recherches. Ce sont tous des projets valables, mais est-il censé de retirer de l'argent de bourses de recherche existantes pour les financer?

C'est bien beau de construire des installations de recherche modernes, mais qui y travaillera? C'est bien beau d'accroître le financement des bourses d'études pour les étudiants des cycles supérieurs, mais qui leur enseignera si les meilleurs professeurs ont quitté le Canada pour poursuivre leurs recherches dans d'autres pays? Que feront ces étudiants lorsqu'ils auront terminé leurs études supérieures? Investissons-nous l'argent des contribuables dans la formation de chercheurs qui iront travailler aux États-Unis ou dans d'autres pays où on apprécie et appuie la recherche scientifique? C'est bien beau de prévoir de l'argent pour la commercialisation de la recherche, mais encore faut-il avoir des recherches à commercialiser.

L'Association des universités et collèges du Canada, l'AUCC, est un organisme très respecté qui, j'en suis certain, est connu d'un grand nombre d'entre vous. Des représentants de cet organisme ont comparu devant le Comité permanent des finances de l'autre endroit. Bien que reconnaissants de l'attention portée par le gouvernement Harper aux besoins en infrastructure des établissements postsecondaires, ils se sont exprimés très clairement au sujet des problèmes engendrés par les compressions imposées aux organismes subventionnaires. Dans leur présentation, ils ont dit :

Cependant, nous ressentons la déception du milieu de la recherche en ce qui concerne la réduction du financement des trois organismes subventionnaires. Nous devons continuer d'être concurrentiels sur la scène mondiale qui est le théâtre des activités de nos chercheurs. Dans le cadre de leurs plans de relance économique, les pays du monde entier investissent actuellement des sommes importantes dans la recherche. La nouvelle administration américaine, en particulier, vient tout juste d'approuver l'injection de milliards de dollars dans la R- D au cours des 18 prochains mois. Une partie considérable de ces fonds est destinée à accroître le financement à la disposition des chercheurs. Les investissements décidés par le Canada dans le cadre de sa stratégie pluriannuelle en matière de sciences et de technologie détermineront la capacité du pays à livrer concurrence sur la scène mondiale.

Même un ancien ministre influent du gouvernement Harper a dit ne pas approuver la façon dont la question des sciences et de la technologie a été expédiée dans le budget. 17 février, David Emerson a déclaré au Vancouver Sun :

Ce que nous faisons maintenant à court terme ne devrait pas être fait dans une optique à court terme [...]. À l'heure actuelle, la chose à faire est de continuer d'injecter des ressources dans nos établissements de recherche et d'enseignement.

James Drummond est chercheur principal au laboratoire PEARL de recherche atmosphérique dans l'Extrême-Arctique, situé à Eureka, au Nunavut, à 1 500 kilomètres au-dessus du cercle arctique. Il est titulaire d'une chaire de recherche canadienne dans le domaine du télésondage et des parasites atmosphériques au département de physique et des sciences atmosphériques de l'Université Dalhousie. De prime abord, il était satisfait de voir que le budget prévoyait 85 millions de dollars pour améliorer les installations de recherche dans l'Arctique, puis il s'est rendu compte que pas un cent de cet argent ne pourrait servir à faire fonctionner les installations au PEARL.

Les deux principales sources de fonds fédéraux qui permettent au laboratoire de M. Drummond de poursuivre ses activités sont en train de se tarir. Comme il a dit à CanWest News Service, les quelque 200 000 $ qu'ils reçoivent chaque année en fonds de fonctionnement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie cesseront d'être versés le 31 mars et le laboratoire PEARL a reçu son dernier versement d'une subvention de 5,5 millions de dollars sur cinq ans de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère.

La fondation, créée par le gouvernement Chrétien en 2000, a assumé le financement de la recherche sur les sciences du climat et de l'atmosphère dans les universités canadiennes. Ce financement était jusque-là assuré par divers programmes gouvernementaux auxquels on a mis fin. La fondation, qui a reçu 60 millions de dollars en 2000, puis 50 millions de dollars en 2004, a financé 160 projets et 24 réseaux de recherche. Elle souhaitait obtenir du gouvernement Harper une bouée de sauvetage sous la forme d'un budget annuel de 25 millions de dollars, mais elle n'a rien eu.

Comme le signalait le Globe and Mail dans son édition du 2 mars, si la fondation n'obtient pas d'argent frais, elle devra cesser ses activités en mars 2010, soit dans un an, et 25 réseaux de recherche qui étudient les changements climatiques et les questions connexes devront eux aussi cesser leurs activités. Même si le mandat de la fondation ne se termine qu'en 2011, sans argent frais la fondation ne pourra avoir qu'un personnel très réduit pour s'occuper des formalités administratives et garder les bureaux ouverts. Aucune recherche véritable ne pourra être effectuée.

Qu'arrivera-t-il à James Drummond et au projet de recherche PEARL dans l'Arctique? Selon le Globe and Mail :

 

Le paradoxe, aux dires de M. Drummond, c'est qu'il pourra améliorer un laboratoire qu'il n'aura pas les moyens d'exploiter.

L'article poursuit en citant M. Drummond :

À titre de citoyen, je dois me demander si le fait d'améliorer des installations est une bonne chose s'il n'y a personne pour les utiliser. Je ne veux pas diaboliser qui que ce soit, mais il faut s'interroger sur la sagesse de cette décision.

Soit dit en passant, l'article du Globe and Mail s'intitule « Les chercheurs craignent la stagnation sous le gouvernement conservateur ». Cet article a été publié en première page, juste sous la une, qui faisait état de la percée extraordinaire au Canada dans la recherche sur les cellules souches. Je suis certain que l'ironie de la chose n'a pas échappé aux Canadiens.

Il ne faut pas beaucoup de temps avant que les répercussions de ces coupes se fassent sentir. M. Drummond a déjà perdu un étudiant postdoctoral au profit d'un entrepreneur de la NASA, aux États- Unis. Il craint que d'autres suivent cet exemple. Contrairement à Stephen Harper, le président Obama comprend l'importance de ces travaux et il prévoit dépenser plus de 400 millions de dollars pour lutter contre les changements climatiques, par le truchement de la NASA et de l'administration océanique et atmosphérique nationale.

Richard Lawford, de l'Université du Manitoba, gère l'initiative de recherche sur la sécheresse, qui date de quatre ans et qui est financée par la même Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère. Cette initiative vise à se préparer à affronter la prochaine crise de l'eau au pays. Comme le signalait Margaret Munro, de CanWest, la dernière sécheresse, qui a duré de 1999 à 2004, a coûté, selon les estimations, 6 milliards de dollars et 41 000 emplois.

Selon l'article qu'elle a signé et qui a paru dans l'Ottawa Citizen le 16 février :

Lawford dit que l'équipe est enthousiaste à l'idée de prendre le projet comme point de départ pour faire en sorte qu'il y ait suffisamment d'eau pour les agriculteurs et les villes. Mais comme la FCSCA commence à manquer de fonds, le projet aussi commence à manquer de fonds.

Ce sont les jeunes scientifiques et le personnel technique qui seront les plus touchés. « C'est là que ça fera le plus mal », nous dit Lawford qui craint que de nombreux jeunes scientifiques très instruits qui travaillent sur le projet de recherche sur la sécheresse iront aux États-Unis où on s'attend à ce que la science connaisse un renouveau sous la présidence de Barack Obama.

« Il se pourrait que nous ne les ayons formés que pour les voir partir aux États-Unis », dit Lawford. « Et avec eux c'est l'expertise dont le Canada aura besoin pour éviter que les rivières et les réservoirs ne s'assèchent lors de la prochaine sécheresse que nous perdrons. »

Nos scientifiques nous quittent également pour l'Australie. Katrin Meissner a été qualifiée de « jeune scientifique célèbre ». Elle se spécialise dans les changements climatiques et cherche à comprendre leurs répercussions sur tous les aspects de la nature, du pergélisol à la migration des oiseaux. Elle occupe un poste menant à la permanence à l'Université de Victoria, mais elle s'apprête maintenant à déménager sa jeune famille en Australie.

Selon l'article de Margaret Munro dont j'ai parlé plus tôt :

L'Université de New South Wales lui a fait une offre qu'elle ne pouvait pas refuser : un poste de chargée d'enseignement supérieure, des occasions de recherche et une place garantie dans une garderie pour son fils d'un an, l'avantage qui a scellé le marché.

Honorables sénateurs, je ne peux m'empêcher de faire un aparté pour dire à quel point une véritable politique en matière de garde d'enfants est importante et souligner les conséquences du refus obstiné du gouvernement Harper d'aider les jeunes femmes qui sont sur le marché du travail. Mais revenons à l'article de journal. Mme Meissner a déclaré ceci :

Je ne souhaitais pas vraiment quitter le pays [...]

Mais elle ajoute que les occasions qui lui étaient offertes en Australie semblaient beaucoup plus prometteuses. Elle a aussi dit ceci :

La situation à long terme fait très peur au Canada.

Mme Meissner n'est pas seule à penser ainsi. Un certain nombre d'étudiants de troisième cycle, qui ont tous étudié au Canada, quittent le pays pour aller travailler dans un nouveau centre de recherche australien qui s'intéresse aux changements climatiques.

On peut constater les dangers d'investir dans les infrastructures en négligeant la recherche à réaliser à l'établissement dans l'exemple des laboratoires de M. Charlie Boone et de Mme Brenda Andrews à l'Université de Toronto. Permettez-moi de vous lire l'extrait suivant d'un article du Globe and Mail du 2 mars :

Si l'on compare les laboratoires aux voitures de course, disons que Charlie Boone est au volant d'une Lamborghini. Directeur de la chaire de recherche du Canada en protéomique, bioinformatique et génomique fonctionnelle de l'Université de Toronto, M. Boone travaille dans la tour primée de l'immeuble Terrence-Donnelly.

M. Boone et Brenda Andrews, directrice du département de recherche médicale Banting and Best de l'Université de Toronto, gèrent l'un des rares laboratoires de biologie des appareils anatomiques au monde, qui étudie le fonctionnement de la vie à l'échelle moléculaire.

Toutefois, compte tenu du financement fixe des subventions octroyées par les Instituts de recherche en santé du Canada et du fait qu'aucune somme supplémentaire n'est destinée à Génome Canada, organisme qui appuie régulièrement les projets scientifiques d'envergure, les laboratoires de M. Boone et de Mme Andrews, qui appuient plus de 50 employés, seront à sec en décembre.

Comme l'a déclaré le Dr Andrews : « Nous avons très peu de temps pour trouver une solution. »

Quant au Dr Boone, il a déclaré :

Je pense que, fondamentalement, le gouvernement conservateur ne voit pas l'utilité de la recherche pure. Nous aimerions rester au Canada, mais il n'y a que deux possibilités. Vous restez et attendez que le gouvernement change ou vous allez ailleurs.

Ces préoccupations sont partagées dans les universités de tout le pays. À l'Université de Calgary, le neurobiologiste Samuel Weiss, qui a remporté, l'année dernière, le prestigieux prix Gairdner pour ses travaux qui ont révélé la capacité du cerveau à fabriquer de nouvelles cellules, s'est efforcé de comprendre pourquoi le budget Harper ne prévoit pas d'argent neuf pour les subventions de fonctionnement en recherche aux trois conseils subventionnaires fédéraux les forçant même à effectuer des compressions au cours des trois prochaines années.

Dans le Globe and Mail du 30 janvier, il a dit :

Le financement des trois conseils est la pierre d'assise des progrès en santé et de l'innovation. Le gouvernement investit dans les bâtiments et dans la formation de gens brillants, mais sans fonds de fonctionnement, que vont-ils faire? À défaut de financement, nous pourrions perdre les meilleurs et les plus brillants éléments. Ils feront autre chose ou ils pourraient simplement aller ailleurs.

David Colman, neuroscientifique recruté en 2002 aux États-Unis pour diriger l'Institut neurologique de Montréal, l'un de sept centres d'excellence au Canada, estime que le Canada est à la croisée des chemins. Dans l'Ottawa Citizen du 7 mars, il a dit :

Un pays aussi fort et avancé que le Canada devrait avoir une idée claire et nette de l'orientation qu'il doit prendre pour être à la fine pointe de la science dans le monde. Vous devez avoir une vision de l'avenir, mais ici, le financement des agences subventionnaires est minime ou pire encore. Les priorités changent et changent beaucoup à chaque exercice. Si vous changez d'orientation dans chaque budget, vous ne donnez pas à votre pays la possibilité d'être le meilleur du monde.

Le Dr Colman parlait selon son expérience personnelle. Comme expliqué dans l'article, en 2005, il :

[...] a contribué au recrutement d'un jeune chercheur vedette aux États-Unis pour poursuivre ses travaux sur le cerveau qui pourraient mener à la conception de systèmes de vision artificiels pour les aveugles. Mais, les deux ont eu un choc lorsque la subvention pour la proposition du chercheur vedette a été amputée de 44 p. 100 en raison de contraintes budgétaires, le mettant dans l'impossibilité de mener à bien son projet.

M. Colman croit encore dans le potentiel du Canada et il soutient que si nous continuons à investir dans la recherche stimulée par la curiosité scientifique, le pays prospérera. Il affirme ceci :

Nous avons un grand avantage ici, mais peu d'argent. Le Canada n'a pas besoin de construire de nouveaux édifices. Il lui faut plutôt remplir ceux qu'il a déjà avec les gens les plus brillants au monde et leur permettre de travailler. Le Canada est un grand pays et il peut y arriver moyennant un effort minime. Il lui faut simplement un petit coup de pouce.

Malheureusement, le gouvernement conservateur de M. Harper semble déterminé à repousser l'excellence au Canada. Il y a plusieurs années, 30 neuroscientifiques, respectivement de l'Université York, de l'Université Western Ontario et de l'Université Queen's ont formé une équipe pour exploiter en commun leurs divers domaines d'expertise. Ils ont partagé certaines dépenses, notamment l'utilisation de scanners cérébraux coûteux, et ils ont collecté des données plus rapidement. Ils ont formé une équipe capable de soutenir la concurrence des meilleurs scientifiques au monde.

Récemment, les Instituts de recherché en santé du Canada, ou IRSC, leur ont accordé une subvention spéciale visant à favoriser ce genre de travail d'équipe et donnant aux chercheurs accès à des ressources qu'ils n'auraient tout simplement pas les moyens de s'offrit eux-mêmes.

Honorables sénateurs, ce programme ouvert de subventions d'équipe est l'une des initiatives que les IRSC suppriment suite aux compressions budgétaires imposées par MM. Harper et Flaherty.

Le Dr Doug Crawford, de l'Université York, a déclaré au Globe and Mail que c'était comme si on leur avait tiré le tapis sous les pieds. « Au lieu d'aller de l'avant, nous peinons à faire du surplace ».

Dans le Globe and Mail du 11 mars, le Dr Crawford déclarait :

Lorsque j'ai débuté comme professeur au milieu des années 1990, les ressources étaient rares. Depuis lors, nous avons constamment fait des progrès et fait du Canada non pas un simple concurrent, mais un chef de file de la recherche en neuroscience.

Nous sommes à la fois atterrés et perturbés de voir soudainement une si grande partie de cet investissement et de ce travail mis sur une voie de garage.

Ces scientifiques étudiaient les causes de la maladie de Parkinson et de l'hyperactivité avec déficit de l'attention, entre autres problèmes neurologiques. Ce sont là des recherches d'une grande importance qui pourraient avoir une incidence sur des milliers et des milliers de Canadiens et de familles, sans parler d'un très grand nombre d'autres personnes ailleurs dans le monde. De toute évidence, cependant, il est triste de constater que ce ne sont pas là des questions que le gouvernement Harper juge dignes d'attention.

L'article du Globe and Mail se termine sur la citation suivante du Dr Crawford :

Nous nous dirigeons tout droit vers un mur de béton. Les meilleurs scientifiques vont quitter. Nous allons perdre les meilleurs.

Journal de l'Association médicale canadienne — que l'on peut difficilement qualifier de « pamphlétaire » selon le Edmonton Journal — a pris l'initiative inhabituelle de publier un éditorial consacré aux répercussions du budget Harper. Le titre en est le suivant : « Message que le budget fait passer à la science médicale : Vite! Une pelle! »

Les auteurs de l'éditorial se demandent si tout ces milliards de dollars de l'argent des impôts affecté dans le budget aux mesures de stimulation aideront aux Canadiens à faire concurrence sur la scène mondiale dans l'économie de demain. Ce budget stimulera-t-il l'innovation, appuiera-t-il les secteurs à base de connaissances et préparera-t-il le Canada à la nouvelle économie émergente? Malheureusement, la réponse n'est pas optimiste, et je cite :

Il y a de nombreuses raisons de craindre que ça ne soit pas le cas. Le budget de 2009 risque plutôt d'effacer d'un trait de plume sept années de « recrutement de cerveaux » après la période d'exode que nous avons connue au milieu des années 1990.

En acceptant les déficits et la stimulation, mais en se montrant tiède face à la science, le ministre des Finances Jim Flaherty a fait passer un message, soit que la science est sans importance dans l'économie du Canada.

Plus loin dans l'éditorial, on prévoit que le budget de 2009 risque d'être annonciateur d'un ralentissement de la stratégie en matière de science et de technologie. Il se conclut comme suit :

Si l'on n'investit pas davantage en science et en technologie, l'avenir du Canada commencera à ressembler dangereusement au présent de la Russie : un pays doté d'énormes ressources mais une technologie désuète.

Soyons clairs. On ne peut lancer, arrêter et lancer de nouveau à qui mieux mieux les projets scientifiques et technologiques et la commercialisation de la recherche. Lorsque nous aurons perdu nos avantages, il ne sera pas facile de les récupérer. Nombre d'observateurs, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des États-Unis, croient que les compressions des National Institutes of Health par le président Bush auront privé ce pays d'une génération de jeunes chercheurs.

Les politiques comptent, honorables sénateurs. Le président du très renommé Institut scientifique Weizmann, en Israël, a écrit un article récemment sur la tentation de sabrer les budgets en temps de crise financière et de gonfler le financement lorsque les choses vont mieux. Voici un extrait de son article : « [...] l'excellence ne suit pas une telle tendance. Il est facile de sombrer dans la médiocrité, mais beaucoup plus ardu de gravir à nouveau la montagne de l'excellence. »

Il est fascinant de voir que le président Obama, dont le pays est plongé dans une crise économique bien plus grave que le nôtre, ne réagit pas en sabrant le financement de la science et de la recherche, mais en faisant du renforcement des investissements dans la recherche scientifique une priorité. Dans son discours inaugural, il a promis aux Américains qu'il redonnerait à la science ses lettres de noblesse. Dans son discours prononcé lors d'une séance conjointe du Congrès, le 24 février, il a dit que la relance économique des États-Unis passait d'abord et avant tout par la science et la technologie. Voici ce qu'il a dit :

Cette crise ne déterminera pas l'avenir de notre pays. Les réponses à nos problèmes ne sont pas hors de notre portée. Elles se trouvent dans nos laboratoires et nos universités, dans nos champs et nos usines, dans l'imagination de nos entrepreneurs et dans la fierté des gens les plus travailleurs de la planète.

En effet, le gouvernement Obama investit des milliards de dollars : 10 milliards de dollars américains dans les National Institutes of Health, par exemple. La National Science Foundation réclame un budget de 7 milliards de dollars pour 2010. Certaines prévisions placent l'investissement nouveau total dans la recherche fondamentale à un niveau aussi élevé que 25 milliards de dollars; encore plus haut, selon d'autres estimations. La revue New Scientist qualifie cet investissement de « plus gros pari sur la science et la technologie de l'histoire ».

Honorables sénateurs, le président Obama n'est pas le seul. Le premier ministre britannique Gordon Brown croit également au pouvoir de l'investissement dans la science et la technologie, même et peut-être même surtout pendant une récession. Il s'est engagé à « faire de l'investissement dans les sciences une priorité nationale ». Le London Times a rapporté ces propos de M. Brown lors des conférences Romanes, à l'Université d'Oxford le 28 février :

« Le rôle économique de la science sera encore plus important qu'auparavant », dit M. Brown. « Certains disent que ce n'est pas le moment d'investir, mais, en réalité, la récession n'est pas le moment propice pour réduire nos investissements dans les sciences. Nous ne laisserons pas la science devenir victime de la récession. Au contraire, nous ferons en sorte qu'elle devienne un facteur clé de la relance. »

Voilà qui représente un autre défi pour nos universités et nos instituts de recherche. Ces établissements doivent faire face à des compressions des subventions de recherche du gouvernement fédéral, telles que prévues dans le budget actuel, mais pire encore, il y a des marchés prêts et empressés d'accueillir nos chercheurs au sud de la frontière et à l'étranger.

Harvey Weingarten, président de l'Université de Calgary, sait très bien que les universités canadiennes devront maintenant faire concurrence aux universités des États-Unis pour attirer les meilleurs et les plus brillants des chercheurs :

Nous avons connu une excellente période en comparaison avec les États-Unis. Cependant, le danger, c'est qu'ils soient actuellement sur le point de nous doubler à leur tour.

Le président de l'Université de la Colombie-Britannique, Stephen Toope, est catégorique : « Nous allons nous laisser distancer. »

Honorables sénateurs, le contraste entre le gouvernement Harper et celui du président Obama ne s'explique pas seulement par l'argent. Pendant ses premières heures au pouvoir, le président Obama a dit clairement qu'il allait renverser la décision du gouvernement Bush d'interdire la recherche sur les cellules souches. Selon le Journal de l'Association médicale canadienne, il a clairement laissé savoir au monde « que les États-Unis vont dorénavant accorder davantage de valeur à la recherche scientifique qu'à l'idéologie ». Une vision claire est en train d'émerger. Ce sont la science et la recherche, et non les convictions politiques, qui sont les clefs d'un avenir meilleur dans le domaine de la santé.

Le sénateur Stratton : Où voulez-vous en venir?

Le sénateur Cowan : Heureusement, les recherches sur les cellules souches ne sont pas interdites au Canada. Pourtant, un grand nombre de chercheurs scientifiques sont inquiets à l'idée que le gouvernement Harper exerce un contrôle excessif sur les subventions à la recherche, exerçant même une sorte de microgestion du processus d'octroi, au point de modifier directement le programme scientifique. Autrement dit, au moment même où les États-Unis se libèrent du joug de l'idéologie étouffant la recherche scientifique, nous semblons avoir un gouvernement qui croit vraiment que la politique peut et doit orienter la science.

Nous avons vu les bons résultats de cette politique pendant les années Bush. Les scientifiques se bousculaient pour venir au Canada. Nous en avons profité. Je crains qu'en suivant l'exemple de George Bush, M. Harper ne fasse fuir les meilleurs scientifiques du pays, qui seront tentés d'aller travailler dans les laboratoires étasuniens, auxquels le gouvernement Obama vient de donner des ailes.

Permettez-moi de donner aux sénateurs quelques exemples de ce qui dérange les scientifiques au Canada.

Andrew Weaver, qui est titulaire d'une chaire de recherche du Canada en modélisation et en analyse du climat à l'Université de Victoria, s'est dit inquiet des concours lancés par les Réseaux de centres d'excellence, qui relèvent du gouvernement fédéral. Des subventions de 5 millions de dollars sur cinq ans sont offertes, mais seulement pour des projets très particuliers. M. Weaver cite, comme exemples de projet, « la production d'énergie dans les sables bitumineux » et « l'animation et les jeux avec les nouveaux médias ».

Les objections de M. Weaver étaient formulées dans le Globe and Mail, le 2 mars :

« Les gouvernements ont toujours un mot à dire dans l'orientation de la recherche, mais nous sommes maintenant en présence d'une véritable microgestion de sa part. Ses directives sont très précises », affirme M. Weaver.

Ce qui est encore pire, selon lui, c'est que les chercheurs universitaires doivent avoir un partenaire industriel pour avoir droit à une subvention. « L'argent des contribuables canadiens est utilisé pour subventionner la recherche des grandes entreprises canadiennes. »

« Ils réduisent le financement offert [pour la recherche de base] et indiquent aux chercheurs quels travaux ils ont le droit de faire, dit-il. C'est incroyable. On se croirait dans un roman de George Orwell. »

Le président du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie admet qu'environ 30 p. 100 du budget de son organisme sert à subventionner des travaux répondant à des critères bien précis. M. Weaver croit que cette proportion est trop élevée, étant donné que les chercheurs ont peu d'argent à se partager au pays.

Le long bras du gouvernement Harper va également atteindre la Fondation canadienne pour l'innovation. Voici ce qu'en dit le Globe and Mail :

Le gouvernement veut avoir son mot à dire pour déterminer quels types de projets seront financés par la Fondation canadienne pour l'innovation dans le but d'améliorer l'infrastructure de recherche. Eliot Phillipson, PDG de la Fondation canadienne pour l'innovation, indique que, sur une augmentation totale impressionnante de 750 millions de dollars, la somme de 600 millions de dollars sera offerte en subventions dans des concours qui seront « un peu plus dirigés » par Ottawa. Le gouvernement va participer à la rédaction des demandes de propositions pour veiller à ce que ces demandes cadrent avec ses priorités.

Honorables sénateurs, tout cela est plutôt étonnant. Les scientifiques doivent être libres de faire leurs recherches sans être soumis à un contrôle politique.

Il y avait un article très éloquent, rédigé par Preston Manning, dans une page en regard de l'éditorial du Globe and Mail le 17 mars dernier. Je crois que M. Manning avait de bonnes intentions, mais j'ai trouvé sa proposition en vue de promouvoir la cause des scientifiques canadiens à la fois étonnante et éclairante. Il propose la tenue d'un forum d'une durée d'une journée, un genre de cirque qui permettrait aux plus grands scientifiques du pays de venir parader à Ottawa, devant les députés, les sénateurs, les hauts fonctionnaires et les médias, et démontrer leur valeur pour le Canada. Selon lui, le message que ces derniers devraient alors transmettre serait le suivant :

Le milieu canadien des sciences et de la technologie est prêt à faire sa part pour aider à faire face à la récession si on lui en donne l'instruction et qu'on lui fournit l'occasion et les ressources pour ce faire.

Il l'a répété à plusieurs reprises dans son article en disant que les plus grands scientifiques devraient participer à ce forum et faire de courts exposés « dans les domaines suscitant une grande préoccupation pour le gouvernement et où la communauté à le plus de contributions à faire ». Il avertit les scientifiques d'» éviter les plaintes, les critiques contre le gouvernement, les trop grandes dévotions à l'égard d'Obama [...] et la partisannerie ».

Comme je l'ai dit, honorables sénateurs, je crois que M. Manning essaie de venir en aide à la communauté scientifique, mais c'est ce qui rend le tout encore plus effrayant. Il est clair que M. Manning connaît bien Stephen Harper. Ce dernier travaillait pour lui et il est évident qu'il croit que la meilleure façon pour les scientifiques d'avoir un certain succès avec M. Harper, c'est de faire des courbettes devant lui et de se pencher uniquement sur les sujets que M. Harper, et probablement son ministre responsable de la politique scientifique, Gary Goodyear, aimeraient voir approfondir.

Honorables sénateurs, les nouveaux traitements de maladies débilitantes confirment la valeur de nos scientifiques.

Il me tarde d'entendre la contribution du sénateur Tkachuk à ce débat, de même que celle de M. Goodyear. Il serait intéressant de savoir si le sénateur est du même avis que M. Goodyear sur la question.

Bien sûr, nous n'avons pas à convoquer nos meilleurs scientifiques sur la Colline du Parlement pour qu'ils viennent y prouver leur valeur. Cela me semble être une pratique médiévale.

J'ai dit plus tôt que le gouvernement Harper n'avait pas fourni de soutien financier à la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère. Cette fondation appuie des projets de recherche essentiels concernant les changements climatiques, la sécheresse, la qualité de l'air, la façon de détecter la glace sur les ailes des avions, les moyens d'améliorer les prévisions de conditions météorologiques extrêmes — des travaux de recherche très pertinents assortis d'applications concrètes visant à améliorer la vie des Canadiens.

Pourquoi le gouvernement laisse-t-il tomber cette fondation? En raison d'un programme politique? Est-ce que le gouvernement préférerait qu'on ne fasse pas de recherche sur les changements climatiques?

Honorables sénateurs, j'ai eu nettement l'impression qu'il y avait un malaise au sein du milieu des sciences et de la recherche. En préparant mes observations au cours du dernier mois, j'ai parlé à un grand nombre de scientifiques canadiens. Ils m'ont fait part de leur surprise et de leur déception devant l'absence d'appui pour les sciences et la recherche sous le gouvernement conservateur. Ils m'ont aussi demandé de ne pas citer les noms de ceux et celles qui exprimaient ces préoccupations. Pourquoi? Ils craignent des représailles.

Des voix : Oh, oh!

Le sénateur Cowan : Les sénateurs auront constaté que je ne cite que des propos qui ont paru dans la presse. Bon nombre de scientifiques ne se sentent pas libres d'exprimer ouvertement leurs points de vue parce qu'ils craignent que le gouvernement, qui ne veut entendre que des louanges, n'effectue expressément des compressions dans leurs laboratoires ou leurs universités.

Je n'ai pas été pas aussi étonné que je l'aurais normalement été lorsque j'ai lu un article sur la réunion entre le ministre des Sciences et de la Technologie du gouvernement Harper, M. Goodyear, qui est l'ami du sénateur Tkachuk, et des représentants de l'Association canadienne des professeurs d'université, l'ACPU. Cette association est bien établie. Je suis convaincu que beaucoup d'entre nous la connaissent et ont reçu ses mémoires sur un sujet ou un autre abordé par le Sénat. Elle représente environ 65 000 membres dans 121 collèges et universités.

Selon le Globe and Mail, l'ACPU voulait exprimer ses préoccupations devant les dispositions du budget sur les fonds prévus pour la recherche. Je vous lis le compte rendu de la réunion tel que publié dans le journal :

« Le ministre était très en colère », a déclaré David Robinson, directeur exécutif adjoint de l'ACPU. « Il haussait le ton et pointait du doigt [...] Il a déclaré que tout le monde aimait le budget fédéral, ce à quoi nous avons répliqué que beaucoup de nos membres ne l'aimaient pas [...] et il a répondu : ``C'est parce que vous leur mentez, que vous les induisez en erreur.'' » Selon M. Robinson, la discussion a empiré. En 15 ans, il « n'avai[t] jamais vu une réunion comme celle-là. »

L'article se poursuit :

James Turk, directeur exécutif de l'ACPU, a déclaré que la réunion avec le ministre illustre bien le froid que beaucoup de chercheurs sentent venir de la part du gouvernement et il a qualifié l'attitude de leurs interlocuteurs de la réception de « comportement de pitbull méchant ».

« S'ils nous ont traités comme cela — et ils n'ont aucune prise sur nous — imaginez comment ils traitent les présidents... »

... des conseils subventionnaires fédéraux, a déclaré M. Turk.

« Ils ont l'intention d'intimider ceux qui les critiquent. »

Plus loin dans l'article, on lisait encore ceci :

Lorsque le personnel de l'ACPU a affirmé que les conservateurs avaient un bilan bien inégal dans le domaine scientifique et a signalé qu'ils avaient aboli le bureau du conseiller national en sciences, M. Robertson a déclaré que l'adjoint du ministre leur a crié de se taire.

Le ministre leur a ensuite lancé : « Vous avez brûlé tous vos ponts », puis lui et son adjoint sont sortis en trombe.

« Dans toutes les rencontres du genre que j'ai eues, on ne m'a jamais crié après », d'affirmer M. Robinson. La fonctionnaire qui les a escortés jusqu'à l'ascenseur a laissé entendre que ce ne serait pas une bonne idée de retourner au bureau du ministre chercher leurs manteaux, et elle est allée les chercher pour eux.

Le sénateur Stollery : Honorables sénateurs, il y aura bientôt des élections. Tous ces renseignements devraient être diffusés à l'échelle nationale.

Le sénateur Cowan : Honorables sénateurs, est-ce de cette façon que le gouvernement consulte les Canadiens qui se préoccupent de cette question? Est-ce de cette façon qu'il adopte une politique d'intérêt public pour s'occuper de la crise économique? Qu'en est-il de la poursuite libre et ouverte d'idées, de valeurs qui sont fondamentales pour les Canadiens et absolument essentielles à la recherche scientifique?

Honorables sénateurs, je vais conclure avec cette réflexion : la plus grande partie de la recherche scientifique au Canada se fait dans des universités et dans des instituts affiliés aux universités. Nos scientifiques font face à ce que certains ont appelé une véritable catastrophe. Les fonds des universités, qui ont été accumulés durant des années grâce à des dons généreux, ont perdu une grande partie de leur valeur en raison de la chute des marchés boursiers. Qui plus est, ces fonds ne sont pas renfloués, parce que les personnes qui font des dons pour appuyer la recherche éprouvent elles-mêmes des difficultés financières en cette période de récession.

Honorables sénateurs, nous vivons une période dans laquelle les Canadiens ont besoin que leur gouvernement comble le vide qui s'est créé. Pourtant, le gouvernement Harper a choisi de faire exactement le contraire. Au lieu d'augmenter les subventions de fonctionnement pour la recherche, il réduit les budgets des conseils subventionnaires et il utilise à d'autres fins des fonds qui devraient servir à la recherche.

Honorables sénateurs, c'est une mauvaise politique. Nous allons payer le prix de ces mauvaises décisions durant des années.

J'invite le gouvernement à revoir son approche dans ce dossier. Oui, les infrastructures physiques nécessitent des investissements, mais pas au détriment des budgets de fonctionnement. Les investissements doivent être faits de façon équilibrée si nous voulons que l'avenir de notre pays repose sur des assises solides.

Honorables sénateurs, « équilibre » est le mot clé. Plusieurs scientifiques que j'ai rencontrés ont dit qu'un contexte solide de recherche reposait sur quatre piliers : les gens, le soutien direct aux projets, le soutien institutionnel indirect en ce qui a trait aux coûts liés à la recherche, et l'infrastructure. Si l'un de ces piliers, par exemple l'infrastructure, jouit d'un soutien mais que ce n'est pas le cas des autres, la structure ne sera pas plus solide : elle va s'effondrer.

Les conséquences pour le Canada sont importantes. Comme me l'ont souligné un certain nombre de grands scientifiques, des décisions de financement à court terme négatives peuvent avoir des répercussions à long terme. Nos jeunes scientifiques brillants vont aller s'installer à l'étranger. Le dernier exode des cerveaux nous a appris qu'il n'était pas facile de persuader ces personnes de revenir vivre au Canada. Des groupes de recherche de calibre mondial dont la constitution a exigé des années de travail ardu seront démantelés. Les excellents investissements qui ont été faits dans la recherche scientifique au fil des années vont perdre de leur valeur. Nous allons perdre une génération de leaders scientifiques. Qui sera encore là pour former la prochaine génération?

Honorables sénateurs, nous ne sommes pas obligés de suivre cette voie. Paul Martin, qui a joué un rôle clé en aidant le Canada à traverser cinq crises économiques lorsqu'il était ministre des Finances et ensuite premier ministre, et qui a laissé le pays en situation considérablement excédentaire, a récemment dit ceci au cours d'une entrevue rapportée dans le Globe and Mail :

À mon avis, la décision de ne pas investir dans les sciences et la technologie est une énorme erreur. Tout le monde comprend que la recherche et le développement jetteront les bases d'une nouvelle économie et, à mon avis, le fait de ne pas permettre à cette nouvelle économie de se développer est un pas en arrière.

Honorables sénateurs, je suis d'accord avec lui. Je crains que ce gouvernement n'essaie de survivre à cette crise économique en injectant de l'argent là où il peut le faire rapidement et facilement. Il n'a pas de plan, pas de vision.

En conclusion, je rappelle à mes collègues les paroles du proverbe qui sont gravées dans la Tour de la Paix de l'édifice où nous nous trouvons en ce moment : « Un peuple sans idéal est voué à mourir. »

Des voix : Bravo!

Déclarations récentes des sénateurs libéraux

Projet de loi sur le contrôle par les premières nations de leurs systèmes d'éducation

10 avr., 2014 | Par la sénatrice Lillian Eva Dyck | Honorables sénateurs, j'aimerais faire quelques observations au sujet de cette motion. Je l'appuie sans réserve. L'adoption d'une loi sur l'éducation des Premières Nations est très importante pour le bien-être des Premières Nations des quatre coins du Canada, et surtout pour les jeunes Autochtones.

L'écart entre les riches et les pauvres

10 avr., 2014 | Par le sénateur Céline Hervieux-Payette | Qu'entend faire le gouvernement pour tirer les enseignements de la crise financière, réduire les inégalités de la richesse et s'inspirer d'autres juridictions qui ont commencé à mettre la pédale douce sur des rémunérations qui n'ont rien à voir avec la productivité des gens qui reçoivent le salaire moyen d'un Canadien en une demi-journée?

La transmission télévisée des travaux du Sénat

10 avr., 2014 | Par le sénateur Grant Mitchell | Quelle est l'opinion du leader à ce sujet?

Un régime national d'assurance-médicaments

10 avr., 2014 | Par le sénateur Art Eggleton | Cette recommandation a reçu l'appui unanime du Sénat; j'en déduis donc, sénateur, que vous serez tout à fait disposé à la faire valoir auprès du gouvernement.

Un régime national d'assurance-médicaments

10 avr., 2014 | Par le sénateur James Cowan | Ma question est donc la suivante : le gouvernement fera-t-il du programme national d'assurance-médicaments une priorité?
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