Déclaration faite le 21 avril 2009 par le sénateur Yoine Goldstein (retraité)
L'honorable Yoine Goldstein :
Honorables sénateurs, le philosophe et historien George Santayana disait que celui qui oublie les leçons de l'histoire est condamné à répéter les erreurs du passé.
C'est aujourd'hui le Yom Hashoah — jour dédié aux victimes de l'Holocauste, qui vit l'élimination quasi totale de la communauté juive en Europe et l'extermination systématique de six millions de Juifs simplement parce qu'ils étaient juifs.
Le choix du 21 avril n'est pas un hasard. Cette date correspond au 27e jour du mois juif de nissan, où l'on célèbre l'anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. En français, le terme hébreu « Yom Hashoah » signifie « journée de commémoration des victimes et des héros de l'Holocauste ». C'est l'occasion de se remémorer la décimation de la communauté juive en Europe et de célébrer l'héroïsme des Juifs qui ont pris les armes et résisté à l'oppression nazie.
Pourtant, ce sont six millions de vies innocentes qui se sont éteintes; ce chiffre défie l'imagination. Parmi les six millions de Juifs qui ont été exterminés, un million et demi étaient des enfants. On peut s'imaginer combien d'entre eux seraient devenus artistes, écrivains, musiciens, mathématiciens, médecins, généticiens, enseignants, scientifiques ou chercheurs.
C'est une réalité écrasante et poignante qui a amené le monde à formuler un vœu simple auquel nous restons pourtant sourds : « Plus jamais ».
Cependant, nous assistons encore de nos jours à une succession de génocides, et même si nous essayons de traduire en justice les auteurs de ces crimes, beaucoup d'entre eux sont protégés par des gens qui violent eux aussi les droits de la personne.
Prenons le cas saillant d'Omar Al-Bashir, dirigeant du Soudan. Il a été formellement accusé par la Cour pénale internationale et a fait l'objet d'un mandat d'arrestation. Pourtant, il y a deux semaines, il a pu aller assister librement à une réunion de la Ligue arabe, où il n'a pas été critiqué par les autres membres présents, mais encouragé.
La communauté internationale semble incapable d'enrayer les génocides. Le Canada ferme les yeux alors qu'il a souscrit à la responsabilité de protéger, selon laquelle tous les pays ont l'obligation d'intervenir lorsqu'un État est incapable de protéger ses propres citoyens ou refuse de le faire. Hormis une tentative timide au Kosovo, la responsabilité de protéger n'a jamais été sérieusement exercée. À cause de cela, des centaines de milliers de victimes innocentes ont été assassinées au Darfour, une vaste tuerie passe inaperçue au Congo et la Chine continue de bafouer les droits de la personne. D'ailleurs, lorsqu'on a tué des manifestants pacifiques au Tibet peu de temps avant le début des Jeux olympiques, le monde a fermé les yeux.
Jérémie, Isaïe et les autres prophètes de la Bible prêchaient la justice sociale et la paix. On ne les a pas écoutés. Il est grand temps que nous examinions notre propre conscience et que nous commencions à dénoncer, à tout le moins, les génocides et les violations des droits de la personne.
L'Holocauste a commencé par de simples paroles, paroles qui sont répétées aujourd'hui en Europe, mais aussi au Canada, où plane un antisémitisme déguisé. Hier, Mahmoud Ahmadinejad, que j'appelle « Ahmed-génocide », a encore lancé des slogans antisémites et haineux lorsqu'il a pris la parole à la Conférence de Durban II à Genève. Les représentants des pays européens ont quitté la salle en signe de protestation, mais la majorité des délégués ont applaudi.
Santayana avait donc raison : ceux qui oublient les leçons de l'histoire sont condamnés à répéter les erreurs du passé.