Déclaration faite le 23 avril 2009 par le sénateur Jerahmiel Grafstein (retraité)
L'honorable Jerahmiel S. Grafstein :
Honorables sénateurs, j'interviens pour pleurer la mort d'un grand personnage du monde intellectuel et culturel français, Maurice Druon.
Personnage de premier plan du monde littéraire français, Maurice était fervent de toutes choses françaises, ainsi qu'un féroce défenseur de la langue française. Il dénonçait furieusement le langage populaire et, plus récemment, la rectitude politique.
Il aimait beaucoup l'anglais. Il a enseigné brièvement au Canada, pays qu'il appréciait beaucoup. Je suis fier de l'avoir compté parmi mes amis.
Sa carrière, qu'il commença en tant que cadet à l'école de cavalerie française en 1940, année où les Allemands ont envahi la France, a atteint des proportions mythiques. Au mépris des ordres de Pétain, dirigeant du régime de Vichy, de déposer ses armes, lui et son école ont résisté à deux divisions allemandes pendant deux jours dans la Loire.
Honorés pour leurs actes d'héroïsme, lui et les cadets de son école ont pu passer en toute sécurité dans la zone non occupée de la France, la Côte d'Azur. C'est là que Maurice rencontra son oncle, Joseph Kessel, brillant auteur et musicien, avec qui il a écrit et mis en scène une pièce de théâtre.
Il est devenu l'un des chefs de la Résistance. En 1942, il s'enfuit en Espagne avant de se retrouver à Londres, où il rejoignit De Gaulle et les Français de la France libre.
Quand la Résistance lui a demandé d'écrire une chanson inspirante, lui et son oncle écrivirent Le chant des partisans, qui est devenu le cri de ralliement de la Résistance.
Il a écrit les paroles de ce chant, dont voici un extrait :
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne?
Ce chant, diffusé deux fois par jour sur les ondes de la BBC, a rivalisé de popularité avec La Marseillaise, l'hymne national français.
Après la guerre, devenu un auteur prolifique, il a signé des œuvres et des romans historiques dont la qualité et la quantité ne s'étaient pas vues depuis l'époque d'Alexandre Dumas.
En 1966, âgé de 48 ans seulement, il a été élu à l'Académie française. En 1973, suivant les traces d'André Malraux, il est devenu ministre des Affaires culturelles de la France, puis député d'une circonscription au cœur de Paris.
En tant qu'ardent défenseur de la langue française, il est devenu secrétaire perpétuel de l'Académie française, le panthéon de l'élite française dans les domaines des arts, des sciences et de la littérature.
Un jour, il m'a appelé pour me convaincre de l'aider à réunir des fonds pour réparer la toiture au-dessus de la tombe de Napoléon aux Invalides, et je l'ai fait. Pour me récompenser, il m'a invité à un somptueux souper à l'Académie française.
Une histoire de Sénat : un jour, j'ai eu un différend avec l'ancien Président du Sénat, Maurice Riel, qui était également un linguiste et un expert respecté de la langue française, et un féru de littérature française. Dans un discours au Sénat, j'avais cité Albert Camus. Maurice m'avait immédiatement critiqué parce que j'avais mal prononcé le nom de Camus. Je n'avais pas prononcé le « s » final. Maurice n'en démordait pas : j'aurais dû prononcer le « s » de Camus. Nous avons convenu de demander à Maurice Druon, qui résidait à Paris, de trancher la question. Je lui ai donc écrit une lettre. J'ai été ravi d'apprendre que Druon appuyait ma prononciation.
Maurice Druon aimait la langue anglaise et faisait l'éloge des discours de Winston Churchill. Il a déclenché une controverse lorsqu'il a dit, il y a quelques années :
Les Français ne respectent plus la langue parce qu'ils ne s'aiment plus et, par conséquent, ils n'aiment plus l'instrument de leur gloire — leur langue.
Ainsi parlait Maurice Druon.
Maurice Druon était fier du caractère bilingue du Canada, et il était fier que les Canadiens français se fussent joints à lui et à ses compatriotes pour assurer la survie de la glorieuse langue française.
Honorables sénateurs, il nous manquera. Nous nous ennuierons de son esprit vif, de ses profondes connaissances, ainsi que de sa fine plume. Bien que Maurice soit décédé, son souvenir, ses romans, son amitié et ses propos sont impérissables. Au revoir, cher ami.