Déclaration faite le 12 mai 2009 par la sénatrice Joan Fraser
L'honorable Joan Fraser (leader adjoint suppléant de l'opposition) :
Honorables sénateurs, certains d'entre vous savent que, au fil des années, j'ai exprimé d'importantes réserves concernant la sagesse d'une politique de radiodiffusion complète des délibérations du Sénat. Certains sénateurs se souviennent peut-être que, l'autre jour, après les commentaires bien fondés du sénateur Andreychuk, j'ai également exprimé des réserves concernant l'adoption d'une politique accordant à un tiers extérieur la possibilité de choisir certaines parties de nos délibérations pour fins de radiodiffusion.
J'ai eu l'occasion, depuis lors, de parler avec le sénateur Segal et certains sénateurs de notre côté qui appuient sa motion. Je n'appuie toujours pas sa motion telle qu'elle est libellée, mais j'estime que nous pouvons faire un travail sérieux qui pourrait finalement être avantageux pour le Sénat et pour la population du Canada, que nous représentons et qui nous rémunère.
Je continue d'être sceptique au sujet de l'utilité de téléviser nos délibérations pour un nombre important de raisons. La raison la mieux établie, à mon avis, c'est que le fait de téléviser les débats d'une assemblée législative en modifie le comportement. Nous avons beau dire que nous sommes différents et que nous ne nous comporterons pas comme tous les autres. Nous nous comporterions comme tous les autres; nous ne tarderions pas à poser pour la caméra, et certains d'entre nous le feraient plus que d'autres. Même ceux parmi nous qui n'auraient pas tendance à jouer pour la caméra seraient assaillis par tous ces conseillers politiques bien intentionnés qui abondent dans tous les partis. « Vous ne passez pas bien à la caméra », nous dirait-on. Vous devriez vous habiller autrement. Vous devriez modifier votre posture et votre façon de parler. »
Honorables sénateurs, on nous inciterait à nous agglutiner autour de l'intervenant du moment comme cela se fait à l'autre endroit, pour donner l'impression qu'une vaste foule est suspendue à ses lèvres. Cela aurait notamment pour effet de réduire la spontanéité du débat puisque, ici au Sénat, tout sénateur qui n'est pas à son siège ne peut prendre la parole.
L'un des grands avantages du Sénat est que la spontanéité est permise dans les débats. Comme chacun le sait, on y arrive notamment en incluant chaque jour, dans le Feuilleton, toutes les questions susceptibles d'être débattues. Comme je viens de le dire, il peut ainsi y avoir de la spontanéité dans les débats. Mais le non- initié ne voit pas les choses ainsi. L'énumération des sujets au Feuilleton se transforme, comme nous venons de l'entendre, en une litanie de reports qui nous donne l'air, aux yeux du non-initié, de personnes qui se fichent de leur travail. Comme nous le savons, ce n'est pas le cas.
En outre, la présence des caméras de télévision change le comportement des sénateurs et des autres personnes. Ce serait le cas dans cette enceinte, mais ce serait encore davantage le cas lors des travaux des comités, puisque des témoins y participent.
J'ai entendu avec intérêt hier soir un homme qui a beaucoup d'expérience à titre de témoin devant les comités parlementaires et qui ne manque certainement d'aplomb dire qu'en présence des caméras, il a le trac. Croyez-en mon expérience, lorsque les gens savent qu'ils vont être à la télévision, ils ont le trac. Nous ne voulons pas que cela leur arrive. Nous voulons qu'ils puissent demeurer concentrés sur leur tâche, qui consiste à aider le comité dans ses travaux, plutôt que de se demander : « De quoi vais-je avoir l'air à la télévision? Est-ce que ma belle-mère va me téléphoner pour me dire que j'aurais dû porter la cravate dont elle m'a fait cadeau à Noël? »
Les sénateurs auront compris que j'ai un tempérament plutôt luddite, mais pas trop. Selon moi, l'idée derrière cette motion mérite d'être étudiée. Il faudrait l'étudier, mais pas dans le contexte de la télévision, un média vétuste et limité, entre autres, par le temps. Combien de fois a-t-il fallu interrompre les témoignages au comité parce que les caméramans devaient quitter? Ce n'est pas une bonne façon de fonctionner.
Nous devrions examiner Internet comme média, car il n'est assujetti à aucune limite de temps ou de capacité. Sur Internet, on pourrait diffuser, à très faible coût, toutes les délibérations dans cette enceinte et aux comités, du début à la fin, en anglais, en français et dans la langue originale parlée sur le parquet. Les intéressés n'auraient qu'à faire une recherche dans Internet pour trouver les débats désirés, ce qui leur faciliterait grandement la tâche.
Dans Internet, nous pourrions également faire ce que le sénateur Segal et tous ceux qui appuient sa motion semblent suggérer, mais qui n'est pas vraiment précisé dans le libellé de la motion, soit diffuser des débats de groupe sur des sujets particuliers. Par exemple, on pourrait diffuser en un seul volet toutes les étapes entourant l'adoption d'un projet de loi d'exécution du budget : la présentation du projet de loi au Sénat, tous les débats, les témoignages au comité, la dernière lecture du projet de loi au Sénat et son adoption, incluant le vote par appel nominal et la façon dont les sénateurs ont voté. Nous pourrions faire cela avec tous les sujets, parce que ce qui est merveilleux avec Internet, c'est sa capacité illimitée. Si nous faisions cela, si cette sélection et cette édition étaient faites, cela ne me poserait pas de problème, parce que nous aurions un enregistrement complet de nos travaux. Tous les volets seraient diffusés.
Cela peut sembler étrange, mais je crois que nous aurions beaucoup moins de problèmes de comportement sur Internet qu'à la télévision, parce que l'audience pour un événement donné sur Internet est probablement plus faible et certainement plus intéressée par le sujet comme tel que par la magie d'une Chambre du Parlement qui est au travail.
Il y aurait un grand nombre de critiques qui aimeraient nous voir à l'œuvre. Je suis certaine que le sénateur Brown en connaît un bon nombre. Je pense que ce nous serions moins la cible de critiques si nous utilisions Internet. Toutefois, il faudrait, à cette fin, mener une étude approfondie et repenser en profondeur notre façon d'utiliser cet outil.
Ceux qui ont eu la chance — ou peut-être pas — d'utiliser le site web du Sénat savent que celui-ci n'est guère convivial et qu'on ne peut le trouver qu'en allant sur le site parlementaire général, qui porte essentiellement sur l'autre endroit et non sur le Sénat. Par conséquent, avant de songer à une couverture intégrale qui, selon moi, pourrait être utile, il faudrait nous doter de notre propre site web complet. À cet égard, nous aurions besoin d'un personnel compétent pour faire du bon travail. À l'heure actuelle, nous n'avons pas ces compétences. En outre, il faudrait évidemment connaître les répercussions budgétaires de ce genre de couverture.
Toutes ces possibilités méritent d'être étudiées. Cela dit, je ne pense pas qu'elles soient dûment prises en considération dans la motion dont nous sommes saisis, et qui dit essentiellement que nous allons faire ceci à la télévision et qu'il faut agir sans plus tarder. Je comprends l'impatience du sénateur Segal.
Je pense que le libellé de la motion doit être reformulé à un point tel que je ne veux pas proposer d'amendement. J'exhorte plutôt le motionnaire à reconsidérer sa motion et à en présenter une autre qui s'inspirerait des points que j'ai fait valoir. Je ne puis appuyer la motion dans son libellé actuel. Cela dit, je pourrais fort bien appuyer une motion qui refléterait les points que j'ai fait valoir.
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