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L'étude sur la pauvreté rurale

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Déclaration faite le 09 juin 2009 par la sénatrice Catherine Callbeck

L'honorable Catherine S. Callbeck :

Honorables sénateurs, je suis heureuse d'exprimer aujourd'hui mon appui à l'égard du rapport du Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts, intitulé Au-delà de l'exode : mettre un terme à la pauvreté rurale. J'ai eu le privilège de siéger au comité qui a préparé et présenté le rapport. Comme l'a dit le sénateur Fairbairn en ouvrant le débat sur cette motion, c'était la première fois que la pauvreté rurale faisait l'objet d'un examen aussi approfondi par un comité parlementaire au Canada.

Ce rapport est le point culminant d'une étude d'ensemble sur deux ans de la pauvreté rurale et du déclin rural. On y recommande un certain nombre de solutions aux problèmes touchant les Canadiens ruraux. J'espère que le gouvernement tiendra dûment compte de ces recommandations car l'avenir du Canada rural est en jeu.

Tout au long de l'élaboration du rapport, nous avons eu l'occasion d'échanger avec des centaines de Canadiens, d'un bout à l'autre du Canada. Ils nous ont parlé de leurs espoirs et de leurs rêves, de leurs frustrations, de leurs luttes et, par-dessus tout, de leur engagement envers l'avenir de leurs collectivités. En tant que parlementaires, nous avons la responsabilité de faire en sorte que leurs voix soient entendues et qu'elles se reflètent dans les politiques visant à soutenir et à renforcer leur vitalité et celle des collectivités dans lesquelles ces gens vivent et travaillent.

Au cours du dernier siècle, d'un pays rural, le Canada est devenu un pays urbain. Aujourd'hui, 45 p. 100 de tous les Canadiens vivent dans les six plus grandes villes du pays. Huit Canadiens sur dix habitent des centres urbains. De tels chiffres portent à croire que les besoins et les intérêts des Canadiens ruraux sont éclipsés, oubliés et laissés de côté.

Le Canada rural fait partie intégrante de la trame de ce pays. Sur les plans social, économique et culturel, le Canada rural a énormément à offrir au reste du pays. La santé et le bien-être des collectivités rurales sont essentiels à la santé et au bien-être de l'ensemble du Canada.

Comme on le note dans le rapport, les indicateurs compilés par Statistique Canada montrent que les Canadiens ruraux tirent de l'arrière en ce qui concerne le revenu, les niveaux d'emploi, la scolarité et la santé notamment. Le dépeuplement soutenu des régions rurales est un signe évident du grand nombre de difficultés et de défis auxquels doivent faire face les collectivités rurales de l'ensemble du pays.

Les décideurs ne peuvent ignorer les préoccupations croissantes et les aspirations du Canada rural. Pour que le pays conserve toute sa force, ses citoyens doivent faire front commun dans une cause commune. Les Canadiens doivent travailler ensemble dans un esprit de coopération et d'unité.

On croit généralement que la prospérité du Canada urbain est en quelque sorte indépendante du Canada rural. Pourtant, l'avenir des collectivités rurales n'est pas seulement le problème de leur population. L'avenir des collectivités rurales est un problème qui touche tous les Canadiens, où qu'ils habitent. Il est important de comprendre que l'avenir respectif des zones rurales et urbaines du Canada est inextricablement lié.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi il est si important de lier les collectivités urbaines et rurales. Sur le plan économique, une bonne partie des richesses naturelles de notre pays provient des collectivités rurales et des petites villes. Les agriculteurs canadiens, qui produisent nos aliments, font partie de la chaîne d'approvisionnement des agro-entreprises, qui emploient environ un Canadien sur huit et comptent pour 8 p. 100 du produit intérieur brut de notre pays. L' agroalimentaire est un des plus grands secteurs d'exportation au Canada, avec des ventes annuelles d'environ 30 milliards de dollars. Le Canada est un des premiers pays du monde sur le plan des pêches, et la valeur de nos exportations dans ce secteur frise les 4 milliards de dollars. Les exportations sont vitales pour des milliers de Canadiens des collectivités côtières.

D'autres secteurs de notre économie, dont les forêts et les mines, sont essentiellement situés en milieu rural. Comme les sénateurs le savent, ces secteurs et d'autres sont cruciaux pour la croissance économique du Canada. Pourtant, très peu des avantages économiques de nos secteurs de l'exploitation des ressources reviennent aux gens qui travaillent dans ces secteurs.

Il y a d'autres raisons pour tous les Canadiens de s'intéresser vivement et de participer à l'avenir du Canada rural. Notre environnement offre des avantages précieux à tous nos concitoyens, des avantages intangibles, mais néanmoins bien réels : de l'eau propre, de l'air pur et des terres fertiles propices à la biodiversité. À l'ère des changements climatiques, c'est d'une importance capitale. Par exemple, nos champs et nos forêts jouent un rôle essentiel dans l'atténuation de nos émissions de gaz à effet de serre. Tous les Canadiens doivent veiller à ce que nos ressources naturelles, qui sont considérables, demeurent durables et productives.

Nos vastes et magnifiques paysages sont aussi importants pour le bien-être spirituel des Canadiens. Le contact avec la nature est un besoin fondamental pour les humains. La plupart des Canadiens, surtout ceux qui vivent dans les centres urbains surpeuplés, recherchent la beauté des paysages et des côtes et le charme de la campagne. Tous les Canadiens doivent veiller à assurer la santé et la durabilité de notre environnement et des gens qui l'habitent et le protègent.

Par exemple, ma province, l'Île-du-Prince-Édouard, attire plus d'un million de visiteurs chaque année. La grande majorité d'entre eux sont attirés par les qualités pastorales de l'île. Ils viennent admirer la mosaïque de champs et de forêts, avec l'océan comme toile de fond. Nous devons protéger et renforcer le Canada rural, car il fait partie de l'identité canadienne.

Comme je viens de l'Île-du-Prince-Édouard — une des provinces les plus rurales du Canada — j'ai été directement témoin des profonds changements sociaux, économiques et technologiques qui y sont survenus. L'Île-du-Prince-Édouard est encore considérée comme une province rurale, mais en réalité, la majorité de ses habitants vivent ou travaillent maintenant dans des collectivités urbaines.

Les habitants de l'Île-du-Prince-Édouard sont confrontés à des défis similaires à ceux de leurs concitoyens de nombreuses autres régions rurales du Canada — notamment le dépeuplement continu, la perte de services et de facilités et l'accroissement de la disparité en termes de revenu, de niveau d'emploi et de réussite scolaire notamment. Les décideurs ne doivent pas se contenter de ralentir ces tendances, ils doivent renverser la vapeur. De nouvelles approches s'imposent pour freiner le déclin du Canada rural et pour réénergiser et revitaliser les collectivités rurales.

J'ose espérer que le Canada rural redeviendra un élément prospère, florissant et vital de la réalité canadienne et que notre pays sera une nation dynamique et diversifiée où les gens pourront choisir leur lieu de résidence et de travail.

Permettez-moi de donner aux sénateurs quelques exemples de ce qui se passe. Dans ma région rurale de l'Île-du-Prince-Édouard, dans un rayon de 30 kilomètres de chez moi, on trouve des industries primaires et de transformation florissantes.

Des usines modernes de lavage des pommes de terre expédient des produits partout au Canada et aux États-Unis. Deux usines de transformation de la pomme de terre de niveau mondial exportent vers des marchés internationaux. On trouve également une usine de moules qui expédie ce mollusque partout en Amérique du Nord. Les huîtres de Malpèque qui sont connues dans le monde sont pêchées dans la baie juste au bout de la route.

Rien d'étonnant que les industries primaires dominent des ces collectivités rurales. Mais ce n'est pas tout. Un atelier de soudure local fabrique des remorques routières pour l'exportation. Une nouvelle entreprise fabrique des poêles à granules et une autre, qui emploie jusqu'à 80 personnes, fabrique des pièces en acier, des convoyeurs et des boîtes de vrac pour les marchés local, régional et international.

Un gîte du passant aménagé dans une maison patrimoniale est en train de se tailler une belle réputation pour la manière dont on y prépare les aliments locaux. Des boutiques de figurines et de cadeaux envoient leurs produits partout dans le monde. Une autre entreprise s'est taillé un beau marché pour ses épices et ses sauces. Une station thermale a récemment ouvert ses portes dans cette région rurale qui attire des gens.

L'arrivée du service à large bande dans toute l'île cette année a constitué un stimulant additionnel pour les nouvelles entreprises originales.

La région est reconnue pour ses nombreuses générations d'entrepreneurs et de professionnels. Une grande artiste de l'Île- du-Prince-Édouard a trouvé son inspiration le long des côtes de cette région où elle habitait. La région est également connue pour le goût du travail et l'esprit communautaire de ses habitants.

Les valeurs et qualités que je mentionne ne se retrouvent pas uniquement dans les collectivités rurales, mais ce sont dans les régions rurales qu'elles ont été valorisées et renforcées. Les collectivités rurales sont importantes et elles comptent. De plus en plus, des entrepreneurs créatifs œuvrant dans l'économie du savoir vont s'établir dans des régions rurales et dans de petites villes, car ils recherchent la qualité de vie et un mode de vie caractéristique des ces régions. Cependant, les équipements et les services qui y sont disponibles doivent être améliorés pour que davantage de gens puissent choisir ce style de vie pour eux-mêmes et pour leur famille.

C'est pourquoi j'appuie sans réserve la principale recommandation du rapport. On y demande la création d'un ministère des Affaires rurales. Ce ministère apporterait un point de vue rural à la table du Cabinet, ce qui serait bien nécessaire. Le Secrétariat rural que l'on trouve au sein d'Agriculture et d'Agroalimentaire Canada fait un travail remarquable, mais il n'a ni le mandat ni les ressources nécessaires pour faire ce qu'il faut afin de représenter efficacement les besoins et les intérêts des régions rurales du Canada pour qu'il en soit tenu compte dans les politiques générales du gouvernement. Le ministère des Affaires rurales apporterait une dimension rurale aux politiques et assurerait le leadership et les ressources nécessaires pour stimuler le développement et la croissance du Canada rural.

En résumé, honorables sénateurs, je dirai que j'appuie sans réserve cette recommandation du rapport et d'autres aussi. J'espère que tous les sénateurs, peu importe quelle région ils représentent, connaissent les défis et le potentiel du Canada rural. Il est crucial que le Canada rural puisse réaliser son plein potentiel et prendre sa place au sein d'un pays fort et en croissance.

Des voix : Bravo!


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