Déclaration faite le 10 juin 2009 par le sénateur Willie Adams (retraité)
L'honorable Willie Adams :
Honorables sénateurs, je vous remercie de vos aimables paroles. Vous avez dit de bien belles choses et vous les avez dites clairement. Il a été question de ma famille dans tous les discours qui ont précédé. J'aimerais présenter aux sénateurs d'autres personnes importantes qui se trouvent à notre tribune, soit la commissaire du Nunavut, Mme Ann Hanson, et M. Paul Quassa, qui fut l'un des signataires de l'Accord sur les revendications territoriales du Nunavut en 1993.
Lorsque je suis né au Nunavik, il y a 75 ans, le Sénat du Canada était une institution dont j'ignorais à peu près tout. Ayant comme principal souci que ma famille, composée de ma mère et de mes deux sœurs, continue de vivre ensemble, j'ai occupé divers emplois dans la collectivité pour y parvenir.
En 1953, rêvant d'une vie meilleure, je me suis joint à d'autres familles d'Inukjuak et de Pond Inlet pour aller à Resolute Bay et à Grise Fiord, dans le cadre de la réinstallation des collectivités inuites. Toutefois, une fois rendu à Churchill, où le bateau fut immobilisé pendant six semaines, j'ai appris qu'il ne me serait pas permis de voyager jusqu'en Arctique, puisque j'étais célibataire et qu'on ne voulait que des familles.
Par conséquent, je suis demeuré à Churchill, je suis devenu électricien et, plus tard, j'ai déménagé à Rankin Inlet avec ma jeune famille. La localité venait d'être fondée à l'époque, et, comme je m'intéressais à son avenir, je suis devenu membre du conseil de hameau. J'imagine que c'était un premier pas vers ma carrière de sénateur.
J'ai, dans mon bureau, une photo prise à Ottawa dans laquelle on voit M. Chrétien, qui était alors ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, à l'occasion d'une réunion avec des gens en visite à Ottawa pour discuter d'un accord sur les revendications territoriales. Comme le groupe n'avait pas d'argent, M. Chrétien avait présenté une motion à la Chambre des communes pour que de l'argent lui soit versé, de manière à l'aider dans ses négociations.
Je me souviens très bien du début des négociations sur nos revendications territoriales, en particulier au ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. Comme je l'ai dit tout à l'heure, c'était au cours des années 1970, lorsque les choses commençaient vraiment à bouger. L'Inuit Tapiriit Kanatami n'avait pas encore de bureau à Ottawa. Le bureau était à Edmonton, mais il a fini par être déménagé ici. Il est resté ouvert pendant 30 ans, je crois. Je ne me souviens pas exactement. Je ne me souviens pas du nombre de personnes avec lesquelles j'ai travaillé au sein de l'Inuit Tapiriit Kanatami. L'une de ces personnes est Paul Quassa, qui est assis à la tribune présentement. Son nom a déjà été mentionné. À l'époque où l'accord sur les revendications territoriales du Nunavut a été signé, c'était M. Thomas Siddon qui était ministre des Affaires indiennes. J'aimerais lui rendre hommage, ainsi qu'à Mme Cournoyea, qui dirigeait alors le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.
J'ai dit auparavant que les négociations avaient duré près de 30 ans et qu'à l'époque, notre groupe n'avait pas d'argent. M. Jean Chrétien a présenté une motion à la Chambre des communes, en tant que ministre des Affaires indiennes. Il est venu me dire quelle somme il avait en tête parce qu'au cours des négociations sur les revendications territoriales, aucun montant n'avait été alloué aux Premières nations, aux Inuits et aux Métis. M. Chrétien était d'avis qu'il fallait en discuter et que nous pouvions emprunter de l'argent pour le remettre une fois les revendications territoriales réglées. C'est donc ce que nous avons fait. C'est Jean Chrétien qui a eu l'idée à l'époque. Comme je l'ai dit auparavant, 30 millions de dollars ont été remboursés au gouvernement du Canada avec la somme de 580 millions de dollars versée au nouveau territoire du Nunavut à l'issue des négociations sur les revendications territoriales. Donc, ils ont remboursé la somme de 30 millions de dollars qui avait été empruntée pour les négociations en se servant de la somme de 580 millions de dollars.
Le montant total était de 30 millions de dollars. Il a été remboursé au gouvernement du Canada à même les 580 millions de dollars transférés au nouveau territoire du Nunavut. C'était la reconnaissance nécessaire pour entamer la longue route menant à l'autonomie gouvernementale.
Au cours des années 1960, trois ou quatre personnes des Territoires du Nord-Ouest ont été élues et les sept ou huit autres ont été nommées par le premier ministre et provenaient d'Affaires indiennes et du Nord canadien, à Ottawa. La raison était que les gens du Nord ne connaissaient pas bien le processus législatif fédéral.
Entre 1970 et 1974, j'ai siégé à l'Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest, où j'ai rencontré pour la première fois mon collègue, le sénateur Sibbeston. Stuart Hodgson était commissaire des Territoires du Nord-Ouest. Nous l'appelions le Roi — ou umingmak, ce qui signifie rat musqué — des territoires.
Mon père était originaire de Terre-Neuve. Après avoir habité à Montréal, il est parti travailler pour la Compagnie de la Baie d'Hudson. Quelqu'un a fait un commentaire erroné à son sujet un peu plus tôt. Mon père et la mère de Charlie se connaissaient. Nous avions l'habitude de leur demander où se trouvait mon père. À l'époque, les employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson faisaient venir des Blancs pour travailler dans les collectivités, au magasin de la Compagnie de la Baie d'Hudson. C'étaient les seuls Blancs qui venaient dans nos collectivités. Je voulais juste rectifier les propos de mon collègue au sujet de l'histoire de ma famille. Le gouvernement à Ottawa connaît la vraie histoire de ma famille. À cette époque, travailler pour la Compagnie de la Baie d'Hudson était très attrayant. Pendant environ cinq ans, il a vécu dans la collectivité inuite et y a travaillé. À notre époque, les enfants doivent parfois quitter la collectivité pour poursuivre des études. Ma petite-fille, Stephanie, est allée à Cambridge, en Ontario, pour un voyage scolaire. Un membre de la famille de mon père l'a vue.
Mon père savait que j'existais, mais il ne parlait jamais de moi. Voilà un aperçu de l'histoire de ma famille.
Je suis sûr que Nick connaît l'histoire. Il semble que ce nom de roi ou d'umingmak décrivait bien Stuart Hodgson parce que cela l'a incité à travailler plus fort.
À cette époque, à Yellowknife, les compagnies aériennes ne fonctionnaient pas aussi efficacement qu'aujourd'hui. Bien des fois, nous devions nous déplacer par voie terrestre. Parfois, les Blancs prenaient le jet Lear. Nous pensions que le commissaire était comme un premier ministre ou même comme un personnage plus important. Il y avait aussi un commissaire adjoint, qui se nommait John Parker. Stuart Hodgson et lui ont tous les deux fait un excellent travail avec les conseils communautaires en ce qui concerne les questions relatives au logement, à l'eau, aux déchets et aux soins de santé. Ce sont des postes importants qu'ils ont obtenus grâce à leurs grands efforts.
À cette époque, on a discuté de la possibilité d'élire des membres des quatre régions du territoire, à savoir les régions du delta du Mackenzie, de Baffin, du Haut-Arctique et de Keewatin. Quand j'étais membre du conseil, j'étais le seul représentant de l'Arctique de l'Est et je parlais au nom de sept collectivités. Il y a maintenant sept personnes à l'Assemblée législative du Nunavut qui représentent la région de Keewatin.
Je veux également remercier Wally Firth. Il a été le premier député autochtone élu dans les Territoires du Nord-Ouest. Peter Ittinuar l'a remplacé plus tard. Après la création du Nunavut, Jack Anawak est devenu représentant à la Chambre des communes. J'aimerais le remercier, ainsi que Paul Quassa, Tommy Saluk, qui était aussi un député conservateur inuit, et Nancy Karetek-Lindell.
Nous sommes heureux que la ministre Aglukkaq soit députée. Je suis certain qu'elle est très compétente.
Au cours des années 1970, j'ai représenté Rankin Inlet. De nos jours, la représentation territoriale s'est améliorée. Nous avons maintenant deux représentants à Rankin Inlet. Je suis heureux que ce système se soit amélioré. Nous n'avions même pas de télévisions, de radios ou de technologies à l'époque.
En 1977, l'Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest siégeait à Rankin Inlet, et ce que le sénateur St. Germain a dit est vrai. Warren Allmand était un ministre fédéral à l'époque, et il est venu assister à une réunion de l'assemblée législative.
Il a dit qu'il était à un hôtel et qu'il aimerait me voir après la réunion. Quand je suis allé le rencontrer, il m'a dit que le premier ministre Trudeau voulait nommer un Inuit au Sénat. Je lui ai d'abord demandé ce qu'était le Sénat. Que faisait-il? Comment pourrais-je les représenter puisque j'étais du Nunavut ou des Territoires du Nord-Ouest et que tout était géré à partir d'Ottawa?
Comme je l'ai déjà dit, le salaire que je recevais de l'assemblée législative était modeste. Par exemple, je gagnais 13 000 $ par année. Une fois élu, mon salaire est tombé à 7 000 $. Mon salaire a baissé. J'étais en quelque sorte rétrogradé.
Évidemment, j'étais curieux de savoir ce que font le Sénat et les sénateurs. C'est pourquoi je posais des questions. Nous n'avions même pas de nom ou de titre lorsque nous avons été nommés au Parlement. Aujourd'hui, ils emploient un terme inuktitut qui signifie « Chambre des sénateurs ». C'est pourquoi nous avons le nom officiel du Sénat ici. Beaucoup de gens me posent des questions à ce sujet.
À l'époque, je demandais quel serait mon salaire annuel et pendant combien de temps je servirais au Sénat. On m'a dit que l'on ne me demandait pas mon âge, mais que je devrais quitter le Sénat à l'âge de 75 ans. Puis j'ai demandé combien je gagnerais et on m'a répondu que je gagnerais peut-être 60 000 $ par année. C'est le traitement que j'ai touché, et qui est bien plus que lorsque j'étais membre de l'assemblée législative à Yellowknife.
Le 5 avril 1977, j'ai été assermenté comme sénateur, avec le sénateur Royce Frith, le sénateur Peter Bosa et le sénateur Bud Olson. Mme Claire Barnabe, qui se trouve à la tribune ahiurd'hui, assistait à la cérémonie en tant que représentante de ma famille, qui n'avait pu effectuer le long voyage jusqu'ici. Merci, Claire.
Comme je l'ai déjà dit, il n'était pas facile de me déplacer entre ma collectivité, Rankin Inlet, et Ottawa. Je laissais ma jeune famille à la maison pendant de longues périodes. J'ai raté plusieurs étapes importantes de la vie de mes enfants, mais à l'époque il fallait compter deux jours pour aller d'Ottawa à Rankin Inlet en passant par Winnipeg, puis deux autres jours pour retourner à Ottawa.
J'ai fini par m'installer à Ottawa parce qu'il était trop difficile pour moi de faire le trajet en si peu de temps.
Je suis au Sénat depuis 1977. J'y ai rencontré beaucoup de gens remarquables qui ont quitté cet endroit depuis. Cette année-là, lorsque je suis arrivé, les sénateurs partageaient des bureaux et j'ai partagé le mien, au sixième étage, avec mon ami, le regretté Dan Riley. Puis je me suis installé au 160-S, où je suis encore. Mon premier voisin au Sénat a été le sénateur Hartland Molson.
Je l'ai dit, le sénateur Riley était mon ami. Certains d'entre vous l'ont connu, d'autres pas. Nous sommes devenus de bons amis et collègues. Nos bureaux étaient au quatrième étage. Nous occupions ce bureau à trois. Le sénateur Molson a longtemps siégé ici. Je pense que vous êtes nombreux à l'avoir connu. Il était ici pendant le débat sur la TPS. Il m'a dit qu'il s'était muni de bouchons d'oreilles à l'époque, parce qu'il y avait beaucoup trop de bruit.
Le sénateur Dan Riley avait tout un sens de l'humour. Au moment où le Canada a célébré son centenaire en 1967, plusieurs d'entre nous se sont rassemblés à Whale Cove pour les célébrations. Nous avons construit un igloo à l'extérieur du village.
Nous sommes ensuite allés au village pour prendre part aux festivités. Quelqu'un avait oublié de souffler les chandelles allumées dans l'igloo. Quand nous y sommes retournés le lendemain matin, il ne restait plus qu'un morceau de carton et des cannettes provenant des caisses. Le sénateur Riley et le sénateur Bosa ne m'ont jamais laissé oublier cet incident et m'ont toujours demandé si j'avais pu me faire rembourser l'igloo incendié par les assurances.
Depuis, chaque fois que nous sortions pour manger, il me posait la même question : « Avez-vous encaissé l'argent des assurances à la suite de l'incendie de l'igloo? » Je lui ai toujours répondu que je n'en avais jamais eu la chance parce que j'étais trop occupé.
Ma famille est ici. Mes petits-enfants et mes enfants sont à la tribune. Chez les Inuits, lorsqu'un enfant naît, la tradition veut qu'on lui donne le nom de quelqu'un qui est décédé. Nous avons nommé l'un de mes petits-enfants en l'honneur d'une personne importante. Mon arrière-petite-fille de six ans porte le nom de Riley en l'honneur de Dan Riley. Mes petits-fils, Clarke et Elliott, qui sont également à la tribune aujourd'hui, ont été nommés en l'honneur de l'ancien premier ministre Joe Clarke et de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau. Je sais que cela fera plaisir au sénateur Murray.
J'ai eu beaucoup d'amis. Le sénateur Paul Lucier était parmi eux. Lorsque j'ai été nommé au Sénat, il m'a dit ceci : « Willie, quand vous deviendrez sénateur, j'espère que vous entretiendrez de bonnes relations de travail avec vos nouveaux collègues. » Je n'ai jamais oublié ces mots. C'est un dénommé Guy Williams, de Vancouver, qui m'a conduit dans l'enceinte du Sénat. Je n'ai jamais oublié ces personnes.
Honorables sénateurs, je veux nommer les personnes importantes qui ont joué un grand rôle dans ma vie professionnelle et personnelle, notamment le sénateur Bill Petten, le sénateur Lorne Bonnell, le sénateur Derek Lewis, le sénateur Ray Perrault, le sénateur Herb Sparrow et de nombreux autres. Je considère comme mes amis un grand nombre de mes collègues. C'étaient tous des hommes et des femmes qui avaient tout autant à cœur cette formidable institution. Je les ai tous vus partir et c'est maintenant à mon tour de quitter cet endroit prestigieux.
En 1984, les sénateurs Joyce Fairbairn, Dan Hays, Len Marchand et mon compagnon de pupitre, Charlie Watt, qui partage les mêmes rêves que moi pour les Inuits du Nunavut et les Inuits du Nunavik, sont quelques-uns des sénateurs qui ont été nommés cette année-là. Len a pris sa retraite, mais nous sommes encore en contact. Je sais que je ne vous ai pas tous nommés, mais je tiens à vous dire que vous avez tous eu un impact considérable sur ma vie ici.
Quand on sait que Harry Hays était membre du Sénat lors de mon assermentation et que son fils, Dan, qui a été nommé en 1984, a pris sa retraite en 2007, vous conviendrez avec moi que c'est à mon tour de partir.
Le sénateur Jacques Hébert a toujours eu un vif intérêt pour le Nord. Il voulait se rendre dans l'une des collectivités afin de découvrir par lui-même à quoi ressemblait la vie là-bas. Il m'a demandé quelle serait la collectivité la plus intéressante à visiter. Quelques années avant de prendre sa retraite, il a amené son petit-fils à Igloolik. Un jour, le sénateur Jacques Hébert m'a demandé comment nous réussissions à survivre dans l'Arctique.
Le sénateur Marchand, en compagnie de son petit-fils, était à la recherche d'un prêtre catholique qu'il connaissait afin de trouver un endroit où loger durant son séjour. Comme l'endroit proposé était trop cher et trop petit, il m'a demandé s'il y avait un autre endroit où il pourrait habiter.
Je lui ai demandé ce qu'il pensait de vivre dans un igloo. Je lui ai dit : « Vous vouliez découvrir par vous-même à quoi ressemble la vie dans le Nord. Voici une belle occasion. »
Il m'a demandé si je pouvais lui construire un igloo.
Je lui ai répondu : « Bien sûr. » Je lui ai affirmé que je pourrais facilement construire un igloo pour lui, après quoi il m'a automatiquement demandé : « Qui le construirait? »
Je lui ai donné le conseil suivant : « Allez au bureau du hameau; je suis convaincu qu'on saura vous dire qui pourrait construire un igloo où vous pourriez dormir. »
Il m'a ensuite demandé du tac au tac : « Quel genre de couverture avez-vous? Avez-vous des couvertures chaudes? »
Ce à quoi j'ai répondu : « Eh bien, nous avons des peaux de caribou pour votre matelas et des couvertures pour vous et votre petit-fils. »
Je suis persuadé que certains des sénateurs connaissent le sénateur Marchand. Au Sénat, il s'occupait des questions de finances. Lorsqu'il est revenu à Ottawa, il m'a demandé : « Comment arrivez-vous à survivre dans l'Arctique? ». Il avait pris un thermomètre pour vérifier la température dans l'igloo. Il m'a dit que le mercure y indiquait 42 degrés sous zéro.
Je lui ai répondu que le matin, il faisait seulement 32 degrés sous zéro. Je suis sûr que dans ses mémoires, qui seront probablement rédigés en français, il sera question de ses longues années de service ici au Sénat.
Avant de conclure, je tiens à remercier mes collègues sénateurs, particulièrement ceux que je côtoie depuis longtemps. Je vous exprime ma gratitude, chers amis, notamment Bill et mes collègues, particulièrement pour le travail que nous avons fait au Comité sénatorial permanent des pêches et des océans. Le sénateur Rompkey a parlé plus tôt de notre dernier voyage au Nunavut. J'exprime également ma reconnaissance à mes collègues sénateurs qui ont cru à la pertinence des questions que j'ai soulevées.
Lors de mon arrivée au Sénat, je suis devenu membre du Comité des communications et des transports, du Comité de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles ainsi que du Comité des pêches et des océans.
Le Comité de l'énergie étudiait beaucoup de questions, dont la plupart avaient des répercussions sur le Nord. Les changements climatiques auront toujours une importance primordiale pour les gens qui vivent dans l'Arctique puisqu'ils constatent tous les jours des changements dans leur environnement.
Lorsque j'étais membre du Comité des pêches, la pêche dans le Nord est une source importante de revenu pour les pêcheurs venant de partout en raison de l'appauvrissement des stocks sur la côte Est. J'avais espoir et je continuerai d'espérer que ce sont les Inuits qui garderont le contrôle de cette ressource. Le taux de chômage est élevé au Nunavut et les emplois créés représenteraient une source de revenus indispensable pour les collectivités.
Après son dernier voyage au Nunavut, le comité a confirmé dans l'une de ses recommandations la nécessité de développer la pêche commerciale. J'ai trouvé très rassurant de voir que le Comité des pêches, sous la direction du sénateur Rompkey, manifestait un tel intérêt envers le Nunavut depuis sa création en 1999.
Je voudrais mentionner tous ceux qui m'ont aidé quand je siégeais à ce comité. J'ai oublié de mentionner que je suis devenu le président du Comité des pêches. J'ai travaillé avec l'ancien sénateur Marshall. Je ne peux citer tous les noms, mais il se démarque des autres.
Quand nous nous occupions des questions d'infrastructure, il y avait toujours un problème d'argent et cela changeait selon le gouvernement au pouvoir, en particulier en ce qui concerne les pêches et les océans et le règlement de nouvelles revendications territoriales, notamment. Je sais qu'il y aura des projets d'infrastructure au Nunavut. Il y a quelques années, j'ai voyagé en compagnie du sénateur Comeau à bord d'un bateau de la Garde côtière canadienne, le Louis S. St-Laurent. Le sénateur Comeau et moi avons passé quelques jours à bord de ce bateau. Il accueillait aussi des scientifiques russes, chinois, américains et japonais qui avaient été invités afin d'étudier la banquise permanente et les changements en cours. Ce fut un voyage fantastique, et je sais qu'il en a retiré autant de plaisir que moi. Je voudrais aussi remercier le sénateur Comeau d'être mon ami et collègue. Ce fut un voyage extraordinaire. Nous avons été très bien accueillis et nous avons rencontré le capitaine. Nous avons fait la fête ensemble, nous avons mangé et bu ensemble.
Au cours des derniers 18 mois, trois comités se sont rendus au Nunavut pour entendre des témoins à propos d'études spéciales. J'imagine que l'Arctique est l'endroit où il faut être en ce moment. Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts a étudié la pauvreté rurale et les témoins se sont dits inquiets du manque de logements abordables et de la pauvreté au Nunavut, en particulier dans le cas des femmes qui élèvent peut-être des enfants seules ou qui sont la seule source de revenu de la famille.
Le Comité permanent du Règlement, de la procédure et des droits du Parlement a étudié la possibilité d'utiliser l'inuktitut et d'autres langues autochtones au Sénat.
Je voudrais aussi dire quelques mots sur le sénateur Robichaud. Je vais vous raconter une histoire drôle. Le sénateur Senator Robichaud et moi étions un jour à une fête. Les gens me demandaient de danser et je leur ai dit de demander plutôt au sénateur Robichaud. Je voudrais le remercier d'avoir accepté de danser à ma place à ce moment-là. C'était un très bon danseur.
J'ai vu le territoire du Nunavut passer du rêve à la réalité. Le territoire est maintenant porteur d'un avenir solide et prometteur. Il est dans l'ordre des choses que le Nunavut ait son propre gouvernement, lequel peut s'appuyer sur la culture inuite pour gérer nos affaires afin d'assurer l'avenir de nos enfants et petits-enfants. Nous devons les chérir et les soutenir dans leur culture.
J'ai rencontré beaucoup de gens sensationnels pendant mes voyages dans le Nord, dont plusieurs partagent les mêmes préoccupations et espoirs que moi. Nous pouvons être fiers de beaucoup de choses, notamment de notre patrimoine, de notre culture et de notre langue, qu'il faut s'assurer de transmettre à nos enfants et petits-enfants.
Un de mes souhaits, c'est que les enfants inuits continuent d'aller à l'école et de s'instruire afin de décrocher un emploi auprès du gouvernement du Nunavut et au sein d'autres organismes.
Il arrive parfois à nos dirigeants et à bon nombre d'autres dirigeants, chefs de gouvernement, chefs inuits et chefs du Nunavut, de ne pas arriver à trouver les solutions que nous cherchons. Toutefois, Charlie Watt et moi connaissons les problèmes et il arrive parfois qu'il faille beaucoup de temps avant d'obtenir ce que l'on veut. C'est ainsi que le système fonctionne.
Il y a un siège au Sénat pour un représentant du Nunavut. C'est ainsi que le système fonctionne. Bien que j'aie été nommé à titre de libéral, au Nunavut et dans les collectivités inuites, ou Inuit Nunaat, il n'existe pas de partis. Cela rend les choses un peu difficiles lorsque le gouvernement en poste n'est pas celui que nous voudrions avoir. C'est la réalité de la vie. Nous n'avons pas de parti politique au Nunavut.
J'aimerais vous remercier du fond du cœur de m'avoir donné la possibilité de prendre la parole pour vous dire au revoir. Je ne viendrai plus siéger au Sénat, mais je vous reverrai. Même si je ne pourrai plus prendre la parole au Sénat, je continuerai de parler au nom des Inuits du Canada.
Je tiens à remercier tous les employés avec qui j'ai eu le plaisir de travailler pendant ma carrière de sénateur, notamment les agents de la Chambre, le personnel des comités et les employés chargés de la sécurité et des services. Nous sommes très choyés d'être entourés d'employés si engagés dont le travail nous facilite tellement la vie. J'ai toujours été heureux de franchir les portes du Sénat pour passer du temps avec ma deuxième famille.
Je remercie tous mes collègues sénateurs, les membres de ma famille qui sont à la tribune et tous mes amis, mes enfants, mes petits-enfants, mon épouse et la famille de mon épouse, qui sont également à notre tribune. Je vous demanderais de vous lever.
[Applaudissements]
Enfin, il ne faut pas que j'oublie Anne Ryan. Je sais que les sénateurs ont des secrétaires, mais Anne est ma secrétaire depuis 29 ans. Elle est merveilleuse. Merci beaucoup à toi, Anne, ainsi qu'à ta famille, pour ton travail acharné pendant toutes ces années.
Je veux aussi remercier mes enfants de m'avoir permis de passer les 32 dernières années au Sénat. Je sais que j'ai manqué beaucoup d'événements pendant que vous grandissiez, mais vous étiez toujours dans mon cœur. Je vous remercie de votre compréhension et de votre patience au fil des années. Mes enfants et mes petits-enfants sont merveilleux. Peut-être que serai-je avec eux cette semaine.
Je ne sais pas si les sénateurs comprennent ce que j'essaie de dire dans mon discours, mais je vous remercie énormément.
Avant de vous quitter, je tiens à remercier chacun d'entre vous. Je n'aurais pas quitté cet endroit en paix à l'âge de 75 ans si je n'avais pas eu de merveilleux collègues, employés et membres de ma famille.
J'ai été élevé sans connaître mon père, seulement ma famille élargie à Kuujjuaq. J'avais toujours cru que mon père venait d'Écosse puisqu'il travaillait pour la Compagnie de la Baie d'Hudson et qu'on l'appelait Whitey. Il y a une dizaine d'années, ma petite-fille Stephanie participait à un échange d'étudiants à Cambridge, en Ontario. Elle disait aux gens que son grand-père était le sénateur Adams. Un membre de la famille de mon père l'a entendue et a réalisé que Nelson Adams était mon père. Il avait travaillé pour la Compagnie de la Baie d'Hudson au bureau de Lake River et, de là, il s'est rendu à Wakeham Bay, à Kimmurit, à Lake Harbour et à Coral Harbour. Il est par la suite retourné à Terre-Neuve pour rejoindre la marine marchande lorsque la guerre a éclaté.
Je tiens à remercier Mary, qui m'a soutenu et qui est à mes côtés depuis tant d'années. Elle a été mon guide.
Pour conclure, je n'avais jamais pensé que je parlerais un jour ma propre langue au Sénat. Je suis très heureux que vous approuviez le fait que je parle l'inuktitut, ce que nous ferons dorénavant. Cela va grandement aider les Inuits de tout le Nunavut si nous pouvons parler notre propre langue. Nous sommes tous Canadiens, et même si nous parlons des langues différentes, nous devrions avoir le droit de nous exprimer dans notre langue maternelle.
J'ai eu le grand honneur de représenter ce qui constituait les Territoires du Nord-Ouest du 5 avril 1977 au 31 mars 1999, puis le Nunavut jusqu'au 2 juin 2009.
Merci.