Déclaration faite le 11 juin 2009 par le sénateur Jerahmiel Grafstein (retraité)
Le sénateur Grafstein :
Je souhaite la bienvenue aux chefs. Je veux continuer de débattre avec le chef Fontaine d'une question dont nous parlons depuis de nombreuses années, à savoir l'accès à l'eau potable pour les collectivités des Premières nations. C'est une question qu'il a abordée plus tôt dans son intervention. Les chiffres demeurent préoccupants. Vous avez signalé qu'il y avait au moins 109 avis d'ébullition de l'eau et 40 collectivités à risque élevé. Le 4 juin, M. Strahl a estimé qu'il y avait entre 95 et 100 collectivités à risque élevé. À mon avis, au moins un tiers des collectivités sont des collectivités à risque modéré. Nous avons également appris récemment — et je suis sûr que vous êtes au courant de ce fait — qu'il n'y a pas une grande différence entre les collectivités à risque élevé et les collectivités à risque modéré. D'après les renseignements que nous avons obtenus récemment, la situation n'est pas bonne, même si des progrès ont été accomplis.
Avez-vous des données médicales qui montrent les conséquences de la consommation l'eau non potable Dans les réserves autochtones de l'ensemble du pays?
M. Fontaine : Nous n'avons pas de preuves scientifiques, si c'est ce que vous demandez. Nous avons des données non scientifiques, mais je me rends compte que ce n'est pas suffisant. Votre question révèle la pauvreté de nos données et de nos renseignements statistiques dans un grand nombre de domaines.
Par exemple, nous n'arrivons pas à nous entendre sur les chiffres en ce qui concerne le logement. La vérificatrice générale donne un chiffre; le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien en donne un autre; et le nôtre est différent aussi. Il en est de même pour l'éducation. Nous disons qu'il y a une liste d'attente de 15 000 étudiants prêts à entrer à l'université. Nous ne savons pas si cela est absolument certain. C'est la même chose pour les avis demandant de faire bouillir l'eau.
Il manque une chose, et c'est ce que je prierais le Sénat de faire : demander la réalisation d'un examen complet et exhaustif de la situation des Premières nations relativement à toutes les questions et à tous les secteurs, qu'il s'agisse du logement, de l'eau, de l'éducation, des écoles, de l'état des écoles, des enfants pris en charge. Nous disons qu'il y en a 27 000, alors que si on pose la question au gouvernement, il dira qu'il y en a seulement 9 000. Il devient alors très difficile de prendre des décisions de gestion justes et judicieuses quand on n'a pas les données et les statistiques. Je suis absolument certain que le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien accueillerait favorablement cette demande.
Je vous ai donné une longue réponse. En fait, je ne vous ai pas donné de réponse, si ce n'est que de dire que je n'ai pas les statistiques; mais nous connaissons les conséquences parce que beaucoup de nos gens se retrouvent dans les hôpitaux. Beaucoup d'entre eux — nous parlons ici des gens qui habitent dans les régions éloignées de notre pays — doivent être transportés par avion vers les centres urbains. Nous voyons cela actuellement à Garden Hill et à St. Theresa Point, dans le Nord-Est du Manitoba.
Le sénateur Grafstein : Si j'en parle, c'est parce que nous avons parlé de chiffres ce matin, au comité. Les divers ministères responsables de la santé publique ne compilent pas beaucoup de statistiques, cela fait partie du problème.
Êtes-vous en mesure de nous faire part d'une évaluation empirique de l'état d'avancement de la question de l'eau potable dans les collectivités autochtones? Je sais que des progrès ont été réalisés, mais une fois de plus, quand on fait un pas en avant, il nous arrive de faire deux pas en arrière. C'est mon opinion, et j'aimerais entendre la vôtre, Mary Simon nous ayant fait connaître la sienne la semaine dernière.
M. Fontaine : Sénateur, il serait tout à fait injuste de dire qu'aucun progrès n'a été fait. Il y a eu des améliorations. Cependant, la situation est désespérée. Les collectivités en question sont obligées de faire bouillir leur eau parce qu'elles n'ont pas accès à l'eau potable — à de l'eau propre. C'est le cas de St. Theresa Point aujourd'hui; il est ahurissant qu'une telle situation existe au Canada en 2009.
Diverses autorités nous ont donné beaucoup de raisons pour expliquer la situation. Certaines d'entre elles parlent d'un manque de régime réglementaire. D'autres disent qu'il n'y a pas assez d'argent, et d'autres encore affirment que nous n'avons pas assez de personnes compétentes. La situation s'explique de nombreuses façons.
Le fait est que nous n'avons pas assez d'argent. Il est vrai qu'il nous faut un régime réglementaire contrôlé par les gouvernements des Premières nations. Il nous faut des employés qualifiés, et après qu'ils aient été formés, il nous faudra de l'argent pour les garder dans nos collectivités. Récemment, après la dernière crise, beaucoup de nos membres ont été formés, mais après leur formation, leurs collectivités ne pouvaient plus se permettre de les garder et ils ont été embauchés par des municipalités et d'autres centres urbains.
Je répète que la situation s'explique de nombreuses façons, mais il est clair qu'elle est tout à fait inacceptable.
Une partie de la difficulté tient à ce que nous n'avons jamais pollué ces eaux. Nous n'avons pas contaminé nos rivières et nos lacs. Pourtant, nous devons assumer les conséquences. Chaque fois que surgit un problème comme celui-ci, c'est nous qui sommes blâmés. C'est tout à fait injuste et déraisonnable.
M. Daniels : Je voudrais ajouter un mot à propos de la question de l'eau. Lorsqu'il est question d'eau, la première chose qui vient à l'esprit, c'est le drame de Walkerton. En Ontario, nous avons une loi, la Loi sur l'eau saine, mais elle ne s'applique pas aux entreprises de gestion des déchets. Lorsque ces entreprises déchargent des égouts et des déchets dans des lieux où ils peuvent polluer les eaux souterraines, elles polluent non seulement les terres et territoires des peuples autochtones, mais aussi vos propres territoires.
Comme dirigeant, c'est une question qui m'inquiète. C'est justement ce qui est en train de se passer en bordure de la décharge 41 de Barrie. Les sénateurs devraient appuyer ces pauvres femmes anishnabe et les agriculteurs qui s'efforcent de protéger l'eau propre qui traverse leurs terres et territoires. Tous les humains devraient se mobiliser pour mettre un terme à la pollution de nos réseaux hydrographiques au Canada.
Un autre problème d'eau me vient à l'esprit, celui de Watson Lake, dans le Sud du Yukon. À cause des problèmes d'eau, des Autochtones tombent gravement malades. Cela m'inquiète aussi. La cause, c'est le déversement de déchets, de matériel militaire et de toutes sortes d'autres ordures qui se retrouvent dans les réseaux hydrographiques.
Les Canadiens et les peuples autochtones doivent mettre de l'ordre chez eux. Il nous faut mettre un terme à ce qui est en train de se passer.