Déclaration faite le 16 juin 2009 par la sénateure Lucie Pépin (retraité)
L'honorable Lucie Pépin :
Honorables sénateurs, avec l'avortement, le suicide assisté est un autre sujet qui choque et divise. La charge émotive qui l'entoure prend très souvent le dessus.
Le mois dernier, une femme de Trois-Rivières, une ville de ma division sénatoriale, se serait suicidée avec l'aide de son conjoint. Je m'incline à la mémoire de la disparue. Les circonstances floues de cette mort ont relancé le débat sur le suicide assisté, débat qui refait surface à l'occasion mais qui tarde à aboutir.
Le suicide assisté est une question certes très complexe, mais on ne peut éternellement la balayer sous le tapis.
Ces dernières années, plusieurs cas d'aide au suicide se sont retrouvés devant les tribunaux, certains plus médiatisés que d'autres. Plus d'une fois des juges ont affirmé que ces affaires relevaient davantage du Parlement que des tribunaux.
C'était l'avis des deux juges de la Cour d'appel de la Colombie- Britannique qui ont rejeté l'appel de Sue Rodriguez, en mars 1993. En 2004, dans l'affaire Marielle Houle, le juge de la Cour supérieure a précisé qu'il revenait aux parlementaires de légiférer en la matière.
La plupart des législateurs redoutent la réaction de la population, qui est en fait plus ouverte qu'on ne le croit. En juin 2007, selon un sondage Ipsos-Reid, 76 p. 100 des répondants approuvaient le droit de mourir pour les patients atteints d'une maladie incurable.
L'Association canadienne des soins palliatifs nous a rappelé récemment que les Canadiens tiennent pour acquis la disponibilité des soins spécialisés à la fin de leur vie. Pourtant, seulement quatre Canadiens sur dix reçoivent les soins de fin de vie de qualité dont ils ont besoin.
Il est primordial d'améliorer les soins palliatifs et de mieux soutenir les aidants naturels, comme l'a suggéré le Comité sénatorial spécial sur le vieillissement.
Il est également essentiel de réfléchir sur des manières d'offrir à ceux qui le souhaitent la possibilité de partir sous la supervision d'un médecin.
Je sais qu'il y a actuellement, à la Chambre des communes, un projet de loi privé qui modifierait le Code criminel.
Cette mesure législative précise les conditions qui permettraient d'aider une personne en fin de vie ou atteinte d'une maladie débilitante à mourir dignement si elle en exprime le désir, de manière libre et éclairée.
Cette aide médicale se ferait sous des conditions sévères et sécuritaires, afin d'éviter une agonie prolongée.
Une telle loi, inspirée des lois de la Belgique et des Pays-Bas, diminuerait le suicide chez les personnes en fin de vie, qui seraient rassurées de savoir qu'elles ont cette possibilité.
Tout être a le droit de mourir en paix et avec dignité. Il nous faut toutefois reconnaître que ce n'est pas toujours le cas pour tous.
Il est temps de créer les conditions nécessaires pour que les Canadiens et les Canadiennes qui le souhaitent puissent partir sans devoir laisser leurs proches se défendre devant les tribunaux, ou encore sans avoir à aller mourir à l'étranger, comme l'a fait Elizabeth MacDonald, une Canadienne atteinte de sclérose en plaques, décédée en Suisse avec l'aide de l'organisation Dignitas.