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L'étude sur l'incidence des déterminants sociaux de la santé

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Déclaration faite le 18 juin 2009 par la sénateure Lucie Pépin (retraité)

L'honorable Lucie Pépin :

Honorables sénateurs, je prends la parole à la suite du sénateur Keon, que je félicite de son leadership lors des travaux du comité et dans la promotion d'une approche de la santé de la population.

De l'avis de plusieurs experts, il est temps pour le Canada d'adopter une approche active plutôt que passive à l'égard de la santé. En général, notre compréhension de la santé est axée sur les maladies et les soins. Nos énergies sont concentrées sur les traitements des maladies et moins sur ce qui rend les gens malades. Pourtant, d'après les recherches, l'état de santé d'une personne dépend à 15 p. 100 de facteurs biologiques et génétiques, à 10 p. 100 de l'environnement physique, à 25 p. 100 de l'effet réparateur du système de santé et à 50 p. 100 des conditions socioéconomiques qui sont pour la plupart indépendantes de la volonté des gens.

Certains Canadiens sont moins en santé que d'autres à cause du bas revenu familial, de logements inadéquats, de conditions défavorables durant la petite enfance et l'adolescence, d'une faible scolarité, de l'analphabétisme et de mauvaises conditions de travail.

Ces conditions socioéconomiques, appelées les déterminants socioéconomiques de la santé, sont aussi les principales causes de vastes disparités en matière de santé entre les Canadiens et les Canadiennes.

Il existe d'importants écarts en ce qui a trait aux résultats en santé des divers groupes de la population. Il est inacceptable qu'un pays riche comme le nôtre tolère de telles disparités. Tout Canadien et toute Canadienne a le droit d'être en bonne santé, indépendamment de son origine ethnique ou de sa situation socioéconomique.

Ces disparités dans le domaine de la santé peuvent être améliorées par la mise en œuvre de politiques gouvernementales bien conçues. C'est à ce niveau qu'il faut intervenir.

Pour corriger les raisons qui font que certains sont plus malades que d'autres, il faut adopter une politique pangouvernementale de la santé de la population.

C'est à cette conclusion que le Sous-comité de la santé de la population est arrivé à l'issue de deux ans d'étude.

L'approche en matière de santé de la population exige un profond remaniement structurel des politiques gouvernementales et une action coordonnée dans l'ensemble de la structure gouvernementale. Notre rapport est très explicite là-dessus. Notre collègue, le sénateur Keon, qui a présidé le sous-comité, a déjà dégagé les grandes lignes de cette politique. Je n'entrerai donc pas dans les détails.

Je voudrais toutefois insister sur la nécessité d'impliquer les collectivités dans la mise en œuvre de toute politique de cette nature.

Pour obtenir les résultats escomptés, les gouvernements ne peuvent agir seuls. Ils doivent travailler, en étroite collaboration avec les organismes communautaires, les initiatives qui peuvent le plus efficacement améliorer la santé et le bien-être, accroître la productivité, favoriser la cohésion sociale et réduire la criminalité et qui doivent être entreprises à l'échelon local et dirigées par les collectivités elles-mêmes.

C'est pourquoi l'approche adoptée par le sous-comité à l'égard de la santé de la population met l'accent sur le contexte communautaire. Nous croyons que les interventions communautaires sont celles qui parviennent le mieux à rejoindre les populations vulnérables, à créer des réseaux locaux et à attirer une partie des ressources.

Il est important de mettre l'accent sur des mesures concertées axées sur les besoins locaux. Pour cette raison, le sous-comité recommande que le gouvernement du Canada travaille en collaboration avec les autres paliers de gouvernement et le secteur non gouvernemental afin d'appuyer la coordination et l'intégration des services communautaires dans un cadre de déterminants de la santé. Le sous-comité a été extrêmement impressionné en prenant connaissance du large éventail d'initiatives fructueuses mises en œuvre dans des contextes locaux pour contribuer à la bonne santé et au bien-être, à la productivité et à la faible criminalité.

Les modes d'intervention locale et intégrée sont le fruit d'une combinaison d'objectifs socioéconomiques et environnementaux qui peuvent influer positivement sur bon nombre de déterminants de la santé. Ils prennent racine dans les communautés elles-mêmes, s'appuient sur le travail de bénévoles et sont orientés par la population. Mentionnons à ce titre les Stella Burry Community Services de Saint-Jean, à Terre-Neuve, que nous avons visités lors de notre étude.

Les Stella Burry Community Services viennent en aide aux adultes aux prises avec de graves problèmes sociaux et psychologiques. Ces personnes reçoivent du soutien et du counselling, des programmes de formation et de perfectionnement et des logements abordables.

Les Stella Burry Community Services ont aussi lancé le Stella's Circle, une entreprise sociale dont le but est d'offrir des débouchés de travail et de formation dans les services alimentaires et d'offrir des repas à bas prix aux membres de Stella Burry qui doivent bien s'alimenter avec un revenu limité.

Grâce à ces initiatives, les Stella Burry Community Services peuvent constituer une source de revenus pour l'organisation, mais surtout agir d'une façon concertée sur beaucoup plus de déterminants de la santé auprès de la population qu'elle dessert.

Il existe autant d'initiatives à travers le pays qui méritent d'être connues et davantage soutenues. Il n'y a pas de modèle unique pouvant s'appliquer à toutes les situations.

Une intervention qui donne des résultats dans une collectivité ne donnera peut-être pas les mêmes résultats dans une autre.

Chaque situation est particulière et les dirigeants locaux doivent s'inspirer des formules qui ont réussi ailleurs et les adapter afin de répondre aux besoins spécifiques de chaque collectivité. Il nous faut donc mieux outiller et appuyer les collectivités afin qu'elles puissent adopter des solutions adéquates à leurs besoins.

Notre rapport contient plusieurs recommandations sur les manières dont les gouvernements peuvent créer des partenariats et appuyer les initiatives des collectivités canadiennes afin qu'elles puissent s'attaquer aux déterminants de la santé. Le succès de l'approche pangouvernementale sur la santé de la population pourra en grande partie se mesurer par la capacité des collectivités à naviguer entre les différents paliers de gouvernement.

Étant donné que les programmes visant les déterminants de la santé relèvent de différents ministères de niveaux fédéral, provincial et municipal, les initiatives locales visant à réduire les disparités en santé pourraient recevoir des fonds provenant de sources multiples.

Pour réduire le fardeau administratif et accroître le leadership local, le sous-comité recommande que ces trois ordres de gouvernement revoient et harmonisent leurs exigences en matière d'information, de rapport et de vérification imposées par les ministères aux groupes communautaires pour l'obtention de subventions.

Il doit être possible de rendre compte des fonds reçus sans lourdeurs administratives. Les bénéficiaires de fonds provenant de divers programmes doivent pouvoir regrouper des rapports de reddition de comptes.

Le financement de projets à court terme, en tant que principale source de revenus, affaiblit les organismes puisqu'il créée de l'insécurité et empêche la planification à long terme. Les ententes de financement pluriannuelles assureraient plus de stabilité au secteur, en plus de réduire les coûts de fonctionnement du gouvernement. Par conséquent, nous recommandons que le gouvernement du Canada favorise le financement pluriannuel des actions communautaires visant à réduire les disparités en santé.

Honorables sénateurs, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux se sont déjà beaucoup penchés sur la question de la santé de la population. Le Canada est un chef de file pour ce qui est de la compréhension de l'utilité d'une approche basée sur la santé de la population. On tarde toutefois à agir. Il n'y a aucun plan national visant à réduire les disparités en santé et à améliorer l'état de santé de la population en général.

C'est maintenant le temps de passer à l'action. Nous ne pouvons indéfiniment injecter de l'argent dans le système de soins de santé sans nous attaquer aux racines des maladies, ni attendre l'arrivée des maladies pour réagir. Une approche de la santé de la population qui s'attaquerait aux causes de la maladie présente plusieurs avantages. Une population en bonne santé est plus productive et sa productivité accrue stimule la croissance économique.

Une population en santé entraîne une réduction des dépenses gouvernementales en soins de santé, au titre du soutien au revenu, en services sociaux, et ainsi de suite. En somme, la santé économique du Canada dépend de la santé des Canadiens et des Canadiennes.

Une politique pangouvernementale axée sur la santé de la population aurait le mérite de donner aux gens un meilleur départ dans la vie et, déjà, au stade prénatal et de la petite enfance. La santé est un droit humain fondamental et elle est essentielle au bon fonctionnement des individus et des sociétés. Les gouvernements ont l'obligation de créer et de maintenir les conditions nécessaires pour que tous les citoyens et citoyennes vivent en bonne santé.

Honorables sénateurs, je vous invite à prendre connaissance du rapport de notre Sous-comité sur la santé de la population et à apporter votre contribution pour que le Canada se dote, dans un avenir rapproché, d'une approche proactive à l'égard de la santé.


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