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Mobina Jaffer

L Nommée au Sénat le 13 juin 2001 par le Très honorable Jean Chrétien, la sénatrice Mobina Jaffer représente la Colombie Britannique et la division sénatoriale Colombie Britannique. En 2005, elle figurait parmi les 100 femmes les plus influentes au Canada.

Discours et débats

Motion tendant à nommer les « Célèbres cinq » sénatrices honoraires

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Déclaration faite le 07 octobre 2009 par la sénateure Lucie Pépin (retraitée)

L'honorable Lucie Pépin :

Honorables sénateurs, je prends la parole pour appuyer l'excellente initiative de notre collègue, le sénateur Cochrane, de faire des « Célèbres cinq » des sénateurs honoraires.

Je la félicite d'avoir pensé à commémorer d'une si belle manière le 80e anniversaire de la décision du Comité judiciaire du Conseil privé reconnaissant que les femmes étaient des « personnes » et, que, à ce titre, elles pouvaient être nommées au Sénat du Canada.

Il est aujourd'hui difficile de croire que l'accès aux femmes à la citoyenneté politique ait été un processus si ardu.

Avant, les femmes ne pouvaient ni voter ni être propriétaire d'une maison, et encore moins signer une formule d'autorisation médicale pour elles-mêmes ou leurs enfants.

La société attendait d'elles qu'elles se tiennent à la maison au service de leur époux et de leurs enfants. Il était hors de question pour elles d'avoir une quelconque aspiration politique puisque leurs droits étaient très limités.

Le droit à l'égalité est maintenant garanti et enchâssé dans notre Constitution grâce au travail de femmes qui ont lutté pour que les Canadiennes soient reconnues en tant que citoyennes à part entière.

Il est quasiment impossible de parler de ces pionnières sans mentionner ces cinq illustres femmes : Irene Parlby, Nellie McClung, Emily Murphy, Henrietta Edwards et Louise McKinney. Le sénateur Cochrane s'est déjà éloquemment chargée d'esquisser le portrait de chacune de ces femmes remarquables.

Ces cinq Albertaines, au nom des milliers de femmes qui les appuyaient, ont contribué à élargir la voie que le droit de vote des femmes avait ouverte en 1918.

Grâce à leur détermination, le 18 octobre 1929, le Conseil privé déclara que le mot « personne », dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, incluait aussi les femmes.

Saisie, la Cour suprême du Canada avait pourtant répondu en 1928 que la Constitution devait être interprétée à la lumière de l'époque de sa rédaction.

La cour notait que, en 1867, les femmes n'avaient ni le droit de vote ni le droit de se présenter aux élections, et, de plus, que la Constitution ne comportait que des pronoms et des adjectifs de genre masculin.

Cette décision du Conseil privé a représenté une victoire décisive dans la lutte des Canadiennes pour la reconnaissance de leurs droits.

À travers cette chaude lutte pour leur droit d'entrée au Sénat, les « Célèbres cinq» croyaient fermement qu'avec des femmes au Sénat, les décisions concernant les Canadiennes et leurs familles seraient plus équitables. On peut dire qu'elles avaient vu juste.

Avec 34 p. 100 de femmes sénateurs, le Sénat a une bonne représentation. Lorsque je dis sénateur, je veux dire sénatrice. Notre institution se situe en deçà de la masse critique équivalente à l'indice clé de 30 p. 100 défini par les Nations Unies. Pour l'ONU, c'est à ce niveau que les femmes peuvent faire une différence.

Je suis peut-être mal placée pour le dire, mais le Sénat compte parmi ses rangs des femmes de tous les horizons qui mettent leurs connaissances et leur expérience à profit dans leurs fonctions de parlementaires. Ceci s'applique également à nos consœurs qui siègent à la Chambre des communes.

Cette décision du Conseil privé n'a pas seulement donné aux Canadiennes le droit d'être sénateurs. Les enjeux du combat des « Célèbres cinq » allaient au-delà de la simple présence des femmes au Sénat.

L'argument relatif à l'affaire « personne » était utilisé pour refuser aux femmes le droit d'occuper certains postes de responsabilité et de participer de façon égalitaire à la vie politique et aux affaires de l'État. Ces « Cinq femmes célèbres » ont donc incontestablement ouvert la voie aux Canadiennes pour qu'elles participent à la vie publique en général.

Il ne fait aucun doute que beaucoup de progrès ont été accomplis, à tel point que les femmes sont incontournables en politique. Les Canadiennes n'ont jamais été aussi présentes que maintenant à mettre leurs connaissances et leur expérience au service de leur pays. Le sénateur Cochrane nous a donné l'exemple de plusieurs femmes qui ont joué un rôle de premier plan et nous ont rendu fières.

Quatre-vingts années se sont écoulées depuis la lutte des « Célèbres cinq »; le contexte a positivement évolué, mais la réalité des femmes en politique n'a pas pour autant connu de mutations révolutionnaires.

Je dois reconnaître qu'il y a encore beaucoup à faire, car les femmes sont loin de constituer une masse importante sur la scène politique.

Le caractère particulier du Sénat, dont les membres sont nommés, ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. Après l'élection de 2008, 22 p. 100 des élus étaient des femmes, le pourcentage le plus élevé de députées jamais élues au palier fédéral.

En fait, tout porte à croire que nous avons peut-être atteint pour le moment le plafond de verre des 20 p. 100 en matière de représentation féminine à la Chambre des communes. Aux niveaux provincial et municipal, la moyenne est de 25 p. 100 d'élues.

Beaucoup de Canadiennes ont cru que le droit de vote allait se traduire naturellement par une représentation juste au sein des instances législatives. Des années plus tard, on se rend compte qu'il n'en est rien. L'élection au Parlement reste une longue et difficile croisade.

Ces femmes ont pu accéder à de nombreux métiers non traditionnels, mais les charges législatives demeurent un souhait et un objectif très difficile à réaliser pour la plupart des Canadiennes.

Les nominations au Sénat se situent à une meilleure échelle. Toutefois, nous avons accueilli 27 nouveaux sénateurs depuis décembre dernier, et huit femmes seulement font partie de cette nouvelle relève. Je suis très heureuse d'accueillir des femmes, mais il nous en faudrait davantage.

Il y a encore beaucoup de place à l'amélioration. Les « Célèbres cinq » seraient sans doute très fières qu'on les célèbre aujourd'hui de si belle manière en faisant d'elles des sénateurs honoraires. Elles le seraient sans doute beaucoup plus si leur objectif de donner davantage de place aux femmes dans les instances publiques était atteint.

Face à une telle situation, la question légitime est la suivante : comment expliquer la constante sous-représentation des femmes à la Chambre des communes et dans les assemblées législatives et municipales?

C'est dommage de le dire, mais les réponses à ces questions ont déjà été données en 1992 dans le cadre de la Commission royale sur la réforme électorale et le financement des partis, dont j'étais l'une des cinq commissaires.

Les causes qui ont été décelées, et qui expliquent l'absence des femmes en politique, sont d'ordre systémique. Je ne crois pas, depuis lors, que les partis politiques aient affiché suffisamment de volonté pour mettre en œuvre les remèdes nécessaires.

Pourtant, comme le groupe « Equal Voice » nous le rappelle très souvent, la population du Canada est majoritairement en faveur d'une augmentation immédiate du nombre de femmes élues au pays.

Mon intervention de cet après-midi n'est peut-être pas le moment idéal pour revenir sur la nature des obstacles qui empêchent les femmes de participer davantage à la vie politique au Canada ou sur les solutions connues qui tardent à être mises en œuvre.

Je m'en tiendrai donc à un bref rappel que je voulais faire en ce qui a trait à l'esprit de la lutte des « Célèbres cinq ».

Aujourd'hui, en rendant hommage aux « Célèbres cinq », aux efforts qu'elles ont déployés, nous réalisons que nous leur devons beaucoup.

Pour ceux et celles qui, comme moi, sont déçus de la lente progression des femmes en politique , les « Célèbres cinq » nous ont montré que l'essentiel est surtout de ne jamais baisser les bras et encore moins de renoncer à se battre pour que se produisent les transformations souhaitées.

Ayons à l'esprit la détermination des « Célèbres cinq » et travaillons ensemble pour que l'égalité dont nous rêvons devienne réalité.

Pour conclure , j'aimerais réitérer mon appui au sénateur Cochrane dans ses efforts visant à honorer les « Célèbres cinq » de si belle manière.

Je vous invite, honorables sénateurs, à adopter cette motion soumise à votre approbation.


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