Déclaration faite le 21 octobre 2009 par la sénatrice Lillian Eva Dyck
L'honorable Lilian Eva Dyck :
Honorables sénateurs, le 4 octobre, des veilles à la chandelle ont eu lieu d'un bout à l'autre du Canada, dans le cadre du projet « Sœurs par l'esprit », à la mémoire des femmes et des jeunes filles autochtones disparues ou assassinées.
C'est une journée importante pour lancer publiquement un appel à l'action, à la responsabilisation et à la justice pour les femmes autochtones. C'est le moment pour les Canadiens de prendre position et de réclamer des mesures afin d'attirer l'attention sur cette question de la violence contre les femmes. Cette année, 72 veilles à la chandelle ont eu lieu dans 69 localités d'un océan à l'autre, ce qui est assez remarquable.
Selon l'Association des femmes autochtones du Canada, 520 cas de disparition ou de meurtre de femmes ou de jeunes filles autochtones ont été rapportés au cours des 30 dernières années. Toutefois, on ne connaît pas le nombre exact de femmes ou de jeunes filles autochtones qui sont disparues ou qui ont été assassinées. Il est donc fort possible qu'un nombre important d'autres cas n'aient pas été rapportés ou documentés de façon officielle.
Au cœur de cette crise, il y a une épidémie qui existe au sein de la société canadienne, une épidémie qui touche les femmes autochtones simplement parce qu'elles sont Autochtones. Ces femmes sont la cible de toutes les formes de violence, particulièrement de violence sexuelle et de violence raciale, et les taux observés pour ce qui est de
la fréquence de ce phénomène sont élevés. Ainsi, les femmes autochtones sont cinq fois plus susceptibles de mourir à cause de la violence que les femmes non autochtones.
Honorables sénateurs, il y a plusieurs facteurs sous-jacents qui contribuent à ce problème. Prenons, par exemple, le taux de pauvreté élevé chez les femmes autochtones. Trop souvent, ces femmes et ces jeunes filles n'ont pas de soutien social ni de ressources pour les aider à faire de meilleurs choix dans la vie. Elles sont donc laissées dans une situation de vulnérabilité, sans avoir personne pour les guider. Beaucoup d'entre elles se retrouvent avec un sentiment de désespoir et d'impuissance, sans avoir le choix, sans pouvoir espérer une vie plus saine et plus sûre à l'avenir.
Non seulement il est alarmant de constater que plus de la moitié des meurtres et des disparitions de femmes et de jeunes filles autochtones se sont produits au cours des dix dernières années, mais c'est aussi étonnant de voir que la majorité de ces femmes avaient moins de 30 ans. Près de la moitié de ces cas demeurent non résolus, sans que des accusations aient été portées. C'est inquiétant. Cela donne vraiment à penser que les femmes autochtones n'ont aucune importance et qu'on peut se passer d'elles.
Honorables sénateurs, nous célébrerons le 18 octobre le 80e anniversaire de l'affaire « personne », qui a permis que les femmes soient reconnues comme des personnes aux yeux de la loi et, par conséquent, qu'elles puissent devenir sénateurs. Le nombre de femmes autochtones disparues et assassinées montre clairement que nous avons encore beaucoup de travail à faire avant que ces femmes soient aussi des personnes respectées et appréciées.