Déclaration faite le 01 mars 2007 par la sénatrice Maria Chaput
L`hon. Maria Chaput:
Honorables sénateurs, je crois que nous avons tous, comme êtres humains, la
responsabilité de faire une promotion rigoureuse de l'environnement et de
stimuler ainsi la réflexion et l'action dans ce domaine. C'est en fonction de
cette conviction personnelle que je prends aujourd'hui la parole à l'étape de
la deuxième lecture du projet de loi C-288, Loi visant à assurer le respect des
engagements du Canada en matière de changements climatiques en vertu du
Protocole de Kyoto.
La semaine dernière, la Chambre des communes a adopté une proposition
venant du Parti libéral voulant que le Canada tienne les engagements pris dans
le cadre du Protocole de Kyoto. Cette proposition, présentée par le député
fédéral libéral Pablo Rodriguez, a été adoptée à la Chambre des communes par
161 voix contre 113. Le Parlement s'est prononcé et a exprimé sa volonté.
Ce texte de loi est devant nous au Sénat, parrainé par notre honorable
collègue, le sénateur Grant Mitchell. J'ai donc décidé de prendre part au débat
comme être humain faisant partie de la planète, comme Canadienne, car il faut
protéger notre pays, et comme grand-maman, car je veux léguer à mes
petites-filles un environnement sain et un avenir prometteur. Pour ce faire, il
faut un plan d'ensemble, et c'est urgent!
C'est un projet de société sans frontières qu'il faut considérer et il est
important que le Canada soit un chef de file, qu'il adopte les meilleures
pratiques possible en termes de protection de l'environnement et de
développement durable, et qu'il incite les autres pays à le faire.
En partant de la prémisse que le grand portrait est l'accord de Kyoto, j'ai
tenté d'identifier les étapes déjà entreprises par le précédent gouvernement
libéral qui l'ont mené à appuyer Kyoto. Je devais, dans un premier temps,
comprendre le processus pour ensuite pouvoir m'expliquer sur le sujet.
Dans toute initiative de cette envergure, vous serez sûrement d'accord avec
moi lorsque je dis qu'il est primordial qu'il y ait, au tout début, une volonté
politique. Le gouvernement libéral précédent avait cette volonté politique et
il a su, à travers les années, poser des gestes très importants à l'égard de la
protection de l'environnement. En voici quelques exemples.
La Fondation David Suzuki, dans son rapport annuel de 2006, mentionne :
L'un des
gestes les plus importants posés par le Canada a été d'amender la Loi sur le
vérificateur général en 1995, de façon à créer le poste de Commissaire à
l'environnement et au développement durable.
Cet amendement à la loi a obligé les ministères fédéraux à élaborer un plan
pour le développement durable et à déposer un rapport triennal devant le
Parlement faisant état de leurs stratégies à cet égard.
Cet amendement a aussi conféré au commissaire à l'environnement le mandat
de faire la surveillance des plans des divers ministères fédéraux et de
présenter un rapport annuel à la Chambre des communes.
Parallèlement, il y eut, durant ces années, des directives du Cabinet
enjoignant les ministères fédéraux à tenir compte des questions
environnementales lors de l'élaboration de leurs stratégies et de leurs
programmes.
Suite à ces directives, des plans provenant des ministères ont été déposés
entre 1997 et 2006.
Environnement Canada a alors mis au point une série nationale d'indicateurs
environnementaux pour mesurer les progrès de pérennité de l'environnement. Il
s'agissait de 13 catégories d'indicateurs comprenant chacun plusieurs
sous-indices. Il est à noter que ces indicateurs étaient mis à jour
régulièrement et pouvaient être consultés en ligne. J'espère que c'est toujours
le cas.
Donc, le Canada avait, à cette étape, la volonté politique, plusieurs plans
des ministères fédéraux et une première série d'indicateurs de rendement. Je peux
donc vous dire, honorables sénateurs, que le précédent gouvernement libéral
était sur la bonne voie. Ce n'est pas juste de dire qu'il n'a rien fait!
Toute bonne planification est chapeautée par une série de lois. Au Canada,
une bonne partie de la planification relative à la pérennité de l'environnement
a été chapeautée par différentes lois sur l'environnement.
Toutes ces lois sur l'environnement ont été très importantes car elles ont
servi de base pour l'établissement des objectifs, la planification, la
surveillance et la reddition des comptes par rapport au développement durable.
Pour compléter son plan de développement durable, le gouvernement s'est
alors penché sur la question des mesures spécifiques pour certains secteurs
prioritaires, par exemple, les changements climatiques, les pluies acides ou le
smog, pour n'en nommer que quelques-uns. Le Canada a donc adopté certaines
mesures comprenant aussi l'établissement d'objectifs par secteurs par
l'entremise des lois existantes.
Le Canada travaillait ainsi à l'obtention d'une stratégie intégrée, avec
les gouvernements fédéral, provinciaux et les autres partenaires, et ce plan
allait mettre le Canada sur la bonne voie.
Chaque ministère fédéral s'est alors donné sa propre stratégie de
développement durable en énumérant une série de mesures, mais le travail relié
à l'atteinte des objectifs ne pouvait être complété sans avoir défini des
cibles mesurables liées à un grand plan.
Il y avait une cible mesurable, celle de Kyoto. Le gouvernement libéral a
choisi, en 2002, d'adhérer à Kyoto. En 2005, ce gouvernement avait en main un
premier plan d'ensemble qui comprenait des mesures concrètes pour lutter contre
les changements climatiques. Il devenait, le 16 février 2005, un des chefs de
file international.
Tous les efforts faits comptent, mais les succès et les échecs ont des
conséquences. Comme l'a indiqué la commissaire à l'environnement et au
développement durable dans son rapport de 2006 :
Le
gouvernement fédéral n'agit pas seul. Gagner tous les acteurs concernés à la
cause des changements climatiques et les mobiliser autour d'une action
concertée posent toujours d'énormes défis.
Il existe donc des bases établies au préalable par le précédent
gouvernement libéral sur lesquelles le gouvernement au pouvoir peut bâtir, et
il est important qu'il le fasse.
Il y a en place de bons programmes et de bonnes pratiques qui promettent de
donner de bons résultats, mais encore faut-il le reconnaître.
À titre d'exemple, certains travaux de recherche menés au préalable par le
gouvernement fédéral et l'aide apportée au réseau de recherche ont permis
d'accroître nos connaissances sur la vulnérabilité du Canada aux répercussions
des changements climatiques sur la santé, les pêches, les forêts, les
ressources en eau, l'agriculture et les régions côtières.
D'importants partenariats ont aussi été établis. Le Canada se trouvait
alors à un point tournant de son histoire en ce qui concernait le dossier des
changements climatiques.
Dans son rapport de 2006, la commissaire à l'environnement a indiqué qu'il
fallait redoubler d'effort. Tous les aspects sont importants, dit-elle, mais le
leadership est essentiel, un leadership vigoureux et ferme qui donne une
orientation précise et qui garantit que celle-ci soit bien suivie.
Honorables sénateurs, en vertu du Protocole de Kyoto, le Canada s'est
engagé. Le gouvernement fédéral a donc la responsabilité ultime de prendre des
engagements internationaux quant aux changements climatiques et de les
respecter. Les Canadiens doivent pouvoir compter sur un gouvernement qui
maintiendra le cap jusqu'à ce que des solutions durables soient trouvées. Sa
réponse sera révélatrice de son engagement.
[Traduction]
Le plan du gouvernement libéral précédent a jeté les bases d'une action
positive pour lutter contre les changements climatiques au Canada, et nous
étions en position de réaliser nos engagements dans le cadre du Protocole de
Kyoto.
[Français]
Nous étions prêts à utiliser nos engagements en vertu du Protocole de Kyoto
pour inciter les entreprises et les gouvernements à innover. Ce n'était pas le
plan parfait, mais la base y était.
[Traduction]
Dès leur arrivée au pouvoir, les conservateurs ont démantelé le plan. C'est
toute une année qui a été gaspillée. Le projet de loi d'initiative
parlementaire donne 60 jours au gouvernement conservateur pour présenter son
plan. Il faut agir rapidement.
[Français]
D'après M. Suzuki :
Il est
possible d'assainir l'environnement aussi efficacement que les finances
publiques, il faut simplement que les gouvernements agissent avec la même
détermination pour l'environnement que pour les finances publiques.
[Traduction]
Le Canada a ratifié l'accord de Kyoto en décembre 2002. L'accord est devenu
un accord international le 16 février 2005. C'est donc dire que cette stratégie
mondiale de lutte contre les changements climatiques n'a été en vigueur que
durant une année pendant que les libéraux formaient le gouvernement. En
réalité, les libéraux ont défendu la cause de l'environnement à l'échelle
mondiale et ont pris de nombreuses mesures positives à cet égard.
[Français]
Il est difficile pour certains d'admettre que le gouvernement libéral avait
un bon plan. Il est plus facile de dire que le plan était irréaliste et que le
Canada ne pourra pas respecter ses engagements. Ce n'est pas juste, ce n'est
pas vrai, c'est un message erroné.
Honorables sénateurs, vous savez tous pertinemment qu'une planification est
toujours en mouvement. Le secret de sa réussite est de vouloir atteindre les objectifs,
de consulter régulièrement ses partenaires et d'ajuster continuellement les
cibles. Cela est aussi vrai pour le Protocole de Kyoto. Tout plan a des
éléments méconnus qui exigent de la flexibilité et un effort de tous les
partenaires impliqués. Cela est encore plus vrai pour Kyoto. Pour réussir, il
faut toujours se donner des objectifs ambitieux! C'est ma philosophie! Et c'est
Kyoto!
Enfin, pour réussir, le leadership du gouvernement est essentiel. Je ne
suis évidemment pas spécialiste en la matière, mais je crois que tout programme
qui peut aider à rejoindre les objectifs du Protocole de Kyoto est valable,
mérite d'être étudié et considéré et d'être inclus dans le grand plan.
Je ne voudrais pas que l'on joue trop longtemps le jeu politique avec l'avenir
de notre planète et l'avenir de mes petits enfants. Ne sous-estimons pas les
Canadiens et les Canadiennes. Je crois qu'ils sont prêts pour les mesures que
le gouvernement adoptera afin d'atteindre les objectifs de Kyoto.