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Le chanvre industriel

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Déclaration faite le 17 novembre 2009 par la sénatrice Lorna Milne (retraitée)

L'honorable Lorna Milne :

Honorables sénateurs, je profite de cette occasion pour faire une mise à jour sur une industrie qui me tient à cœur pratiquement depuis le début de mon mandat dans cet endroit, soit le chanvre industriel canadien.

Un grand nombre d'entre vous m'ont déjà entendue parler avec passion du développement de cette industrie. Par contre, ce sera la première fois que certains nouveaux sénateurs entendront parler du chanvre industriel canadien. Cette histoire leur montrera ce qu'un sénateur d'arrière-ban novice peut faire lorsqu'il a la volonté de le faire.

Première leçon : les politiques ne sont jamais parfaites lorsqu'elles nous arrivent tout droit de la table du Cabinet. Deuxième leçon : les projets de loi ne sont pas parfaits une fois que les bureaucrates ont fini de les rédiger.

On m'avait confié la tâche de parrainer au Sénat un projet de loi modifiant la Loi sur les aliments et drogues. Lorsque le projet de loi est arrivé au Sénat, il était accompagné d'une longue liste d'amendements demandés par le gouvernement. Après que le comité eut entendu des témoignages convaincants sur la nature non narcotique du chanvre et sur sa valeur en agriculture, j'avais tous les arguments nécessaires pour tenir tête aux fonctionnaires. Je leur ai dit que j'accepterais avec joie de proposer leurs amendements s'ils acceptaient d'en ajouter un seul, qui aurait pour effet de légaliser la culture du chanvre. J'ai réussi à les convaincre.

À l'époque où je suis arrivée au Sénat, en 1995, Santé Canada autorisait une production limitée de chanvre pour la recherche scientifique. On délivrait des permis de recherche selon un système établi en 1961. La culture du chanvre industriel avait été interdite au pays entre 1938 et 1961, sauf pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'on en avait vraiment besoin.

Cependant, en 1995, un mouvement populaire s'est formé dans le but de faire la démonstration que la culture du chanvre industriel, qui n'a pas de propriétés narcotiques, pouvait être commercialement rentable. La mauvaise réputation du chanvre, au cours de l'histoire, est attribuable largement à son apparence. La feuille du chanvre a une forme semblable à celle de la marijuana, ce qui fait qu'on confond souvent les deux plantes.

La principale différence entre les deux plantes, bien entendu, est leur concentration de tétrahydrocannabinol, ou THC. C'est la substance qui vous fait planer lorsque vous fumez de la marijuana. La marijuana peut contenir jusqu'à 20 p. 100 de THC, mais le chanvre industriel en contient beaucoup moins que 1 p. 100. Vous pourriez en fumer tout un champ et vous n'en ressentiriez, comme effet, qu'un mal de tête.

En 1997, Santé Canada a formé un groupe d'experts représentant les autres ministères fédéraux concernés, en vue de produire un règlement sur la production commerciale de chanvre. La loi a été modifiée plus tard, au cours de cette année-là. Puis après la promulgation de la loi et après avoir menacé le ministre de le faire comparaître devant le Comité des finances nationales pour expliquer le retard que l'on accusait, le règlement fut enfin prêt, au milieu de mars 1998, et les premiers permis d'exploitation commerciale furent délivrés en juin, juste un peu trop tard pour pouvoir cultiver du chanvre à l'été 1998.

L'année 2009 est la dixième année où l'on cultive le chanvre au Canada. Selon les statistiques les plus récentes du ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, les exportations de fibres, de graines et d'huile de chanvre ont connu une croissance exponentielle, pour atteindre 3,5 millions de dollars en 2007.

À mon grand étonnement, ce sont les graines et l'huile de chanvre qui sont les deux produits de la plante les plus populaires. À l'époque, je croyais qu'on la cultiverait strictement pour ses fibres. L'huile de chanvre, que l'on tire de la graine en la pressant, a de bonnes propriétés nutritives parce qu'elle contient des acides gras essentiels oméga 3 et oméga 6, de même que des acides aminés et des antioxydants.

C'est une huile qui peut être utilisée pour la cuisson, les vinaigrettes, les tartinades et les trempettes. Les recherches se poursuivent, mais il est possible que l'huile de chanvre puisse servir à traiter le diabète, le cancer, le lupus, l'asthme, l'arthrite rhumatoïde, la dépression et l'hypertension. On dit du chanvre qu'il a un millier d'utilisations. Il y a également des progrès rapides dans les recherches sur le rôle d'acides gras essentiels dans la croissance et le développement ainsi que dans le traitement de maladies comme les coronaropathies.

La fibre de chanvre trouve également de plus en plus son marché. Un certain nombre de producteurs d'automobiles se servent du chanvre pour améliorer leur image. Dans un effort pour être perçues comme des entreprises vertes, des sociétés européennes bien connues comme Mercedes- Benz et BMW utilisent le chanvre pour produire des composantes de l'aménagement intérieur des voitures comme les panneaux des portières et les tableaux de bord. Certains fabricants américains suivent l'exemple des Européens et ont commencé à utiliser du chanvre pour fabriquer des panneaux de matériaux composites plus forts, plus légers et moins coûteux.

Il existe en Europe une demande soutenue de fibre de chanvre industriel. Au Royaume-Uni, par exemple, la fibre de chanvre sert à produire des matériaux de construction tels des isolants et des panneaux d'aggloméré. De plus, comme la fibre de chanvre est très résistante, elle est un choix idéal pour la fabrication de produits de papier de haut de gamme dans lesquels la durabilité constitue un avantage. Les utilisations dans les papiers sont à l'origine du marché de loin le plus important de la fibre de chanvre en Europe.

Au Moyen-Orient, le Programme des Nations Unies pour le développement et le gouvernement du Liban ont uni leurs forces pour amorcer la transformation des sols actuellement utilisés pour produire du haschich dans la vallée de la Bekaa afin d'y implanter des cultures de chanvre industriel. Ce projet de la vallée de la Bekaa a été bien accueilli par les producteurs qui cherchent à cultiver un produit légal. Voilà un exemple d'exportation des compétences canadiennes en production de chanvre, qui sont mises à profit dans un autre marché.

Tandis qu'il continue de développer ce secteur d'activité, le Canada est en train de devenir un chef de file dans la génétique du chanvre industriel. Nous trouvons des débouchés lucratifs en exportant ce savoir.

Les produits pour soins corporels sont un autre facteur de croissance du marché de l'huile de chanvre. De l'avis de bien des gens, le contenu en acides gras essentiels de l'huile de chanvre en fait un ingrédient idéal pour les produits topiques qu'on laisse sur la peau ou qu'on rince. L'huile de chanvre contenu dans les lotions et

les crèmes adoucit et régénère la peau. Elle agit comme un émollient et laisse une impression de douceur après l'utilisation de lotions, de baume pour les lèvres, de revitalisants et de shampoings, de savonnettes et de produits pour le rasage. Si quelqu'un veut essayer l'un de ces produits, j'ai de la crème pour les mains à mon bureau.

Les fabricants de produits cosmétiques tirant parti des propriétés de maintien de l'humidité des huiles de chanvre, il y a un grand potentiel de croissance pour l'huile de chanvre industriel tant du point de vue de ses utilisations que de celui de sa facilité de commercialisation. L'expansion du marché sera également facilitée par une meilleure connaissance du produit chez les consommateurs et une plus grande disponibilité du produit.

Au début de l'an dernier, l'Ontario Hemp Alliance m'a fait savoir qu'elle lancerait un projet d'étude de l'industrie canadienne du chanvre. Il s'agissait d'une initiative proactive de la part des producteurs, transformateurs et autres intervenants de l'industrie afin d'informer Santé Canada du point de vue de l'industrie sur l'application de la réglementation actuelle. On peut espérer que cette étude fournira au ministère des bases solides pour atteindre son objectif initial, la révision de cette réglementation.

On espérait, au moyen de cette étude qui s'est échelonnée sur une période de quatre mois, l'an dernier, attirer l'attention sur le rôle du chanvre industriel à titre de nouvelle culture précieuse pour le Canada. Elle a également été l'occasion de réunir des producteurs et des transformateurs de tout le Canada dans un groupe de travail en coopération dont l'objectif était de favoriser le potentiel de croissance de la culture du chanvre au Canada.

Au cours de leurs réunions, les intervenants ont cerné un certain nombre de questions, dont la nécessité de faire siéger un ou deux représentants de l'industrie du chanvre au comité consultatif de Santé Canada chargé d'évaluer les cultivars. Il y avait également des préoccupations au sujet du coût du prélèvement et de l'analyse d'échantillons au cours du processus de production pour mesurer la teneur en THC. Il faut revoir les protocoles actuels, car les tests multiples coûtent très cher. Pour les agriculteurs, c'est presque prohibitif. Toutes les variétés actuellement autorisées au Canada produisent très peu de THC.

Enfin, il a été recommandé que les permis de production soient accordés pour une période de cinq ans, avec possibilité de modification à chaque année. Actuellement, le permis de production de chanvre industriel est limité à une année civile. C'est là un vrai problème pour les agriculteurs.

Santé Canada a approuvé la production de 27 cultivars de chanvre industriel au Canada, et ces variétés ont été créées au Canada.

Le Manitoba est la plus grande province productrice et transformatrice de chanvre industriel. Cette plante pousse sous des climats et dans des sols très divers, ce qui en fait une culture idéale pour les régions de la province où on ne peut cultiver des plantes qui ont besoin d'une plus longue saison de croissance comme les haricots, le maïs et le tournesol. Au Manitoba, les producteurs ont toujours privilégié la production de graines de chanvre, converties en huile ou en poudre. Parmi les actuels producteurs de graines de chanvre, notons Hemp Oil Canada, à Sainte-Agathe, et Manitoba Harvest, à Winnipeg. Le Manitoba a également une production de fibres de chanvre grâce à Emerson Hemp Distribution Company, qui transforme les fibres brutes en en séparant les fibres courtes et les fibres longues ou libériennes.

La Parkland Industrial Hemp Growers Coop, à Dauphin, fournit les éléments fondamentaux pour une usine de traitement des fibres, Parkland BioFibre. Le gouvernement manitobain a consenti des prêts et des subventions de 4 millions de dollars pour ce projet en septembre dernier. Par le passé, ce projet a reçu un soutien financier de Technologies du développement durable du Canada.

La Saskatchewan possède également une industrie du chanvre prospère qui se développe. Elle est au centre de recherches importantes effectuées par Satya Panigrahi, à l'Université de la Saskatchewan. M. Panigrahi occupe, à l'université, une des chaires de recherche agroalimentaire de la Saskatchewan, celle de l'utilisation des matières agricoles et du biogénie. Il étudie l'avenir du chanvre comme culture industrielle utilisable pour fabriquer des produits verts. Pour faire reconnaître son point de vue, il a passé les quatre dernières années à faire des recherches sur le mélange de la fibre de chanvre avec d'autres matières et son moulage pour fabriquer des produits respectueux de l'environnement.

L'ingénieur a déjà utilisé du chanvre et des matières recyclées pour créer un produit capable de remplacer le plastique, le hempstic, un produit de remplacement de la fibre de verre pour fabriquer des pièces de carrosserie, des bardeaux qui allient chanvre, lin et caoutchouc recyclé, et des Eco-Bricks. L'Eco-Brick est un bloc de construction de biocomposite fait à 75 p. 100 de fibres de chanvre alliées à du lin et à du plastique recyclé provenant de contenants de lait ou de jus ou de tout autre objet de plastique. Ce plastique provient des centres de recyclage de la Saskatchewan. Il s'agit d'un matériau empilable, ignifuge et résistant à la moisissure qui peut être cloué, scié et traité exactement comme un panneau de bois. Le matériau peut être recouvert de stuc et sa valeur isolante peut atteindre R50, ce qui est nettement supérieur à celle des isolants R10 à R23 utilisés dans la plupart des maisons. Le prix est d'environ 30 à 50 p. 100 inférieur à celui du bois employé dans la construction d'une maison.

En Ontario, l'industrie du chanvre continue, selon les dernières informations, à mettre l'accent sur la production et la transformation de la fibre. Récemment, trois investisseurs étrangers ont engagé plus de 2 millions de dollars pour s'associer à Stonehedge Bio-Resources et construire une usine de transformation à Stirling, à mi-chemin entre Ottawa et Toronto. Les travaux sont en cours. Cette usine transformera le chanvre en matériaux de construction et d'isolation. Elle produira également un combustible granulé à partir des résidus du processus de décortication.

Il se fait également des recherches sur le chanvre à l'Université de Guelph dans le cadre d'un projet plus vaste qui vise à produire divers matériaux à partir de déchets et de matières végétales peu coûteuses au moyen de nanotechnologies. Le Bioproducts Discovery and Development Centre of Excellence, dont j'ai entretenu le Sénat au printemps dernier, a mis au point, grâce aux nanotechnologies, des bioplastiques à partir uniquement de matières végétales, produit qui peut servir à fabriquer des pièces d'automobile légères plus résistantes que l'acier. En réalité, des biomatériaux comme l'huile de soya et les tiges de maïs et de chanvre peuvent servir à produire tout ce que nous fabriquons maintenant avec des plastiques ordinaires. Tout, depuis les panneaux de construction, les tapis et les meubles jusqu'aux produits d'emballage en passant par les lubrifiants et les peintures, peut être fait à partir de produits naturels, dont le chanvre.

Honorables sénateurs, j'ai déjà remarqué qu'il est essentiel d'investir dans des recherches de ce genre pour apprendre comment réduire notre dépendance à l'égard des ressources non renouvelables et assurer un avenir meilleur pour tous. Le gouvernement du Canada a fait la preuve de son intérêt dans ce domaine, et je l'en félicite d'ailleurs, en investissant dans les industries du chanvre et du lin afin que les agriculteurs puissent tirer profit de nouvelles occasions et avoir accès à de nouveaux marchés à valeur ajoutée. En mars, le gouvernement a annoncé un investissement de 9,6 millions de dollars dans le Réseau sur les fibres naturelles pour une économie verte, qui est un réseau multidisciplinaire réunissant les meilleurs chercheurs du Canada.

Il s'agit d'un réseau multidisciplinaire qui réunit les meilleurs chercheurs, les meilleures industries et les meilleurs producteurs du Canada dans le but d'aider à mettre au point de nouvelles chaînes de production industrielles à base de fibres naturelles en améliorant les variétés, les techniques et les processus et en fabriquant de meilleurs produits à base de fibres naturelles. De plus, en novembre dernier, la province du Manitoba et Agriculture et Agroalimentaire Canada ont présenté une nouvelle stratégie nationale pour le développement de l'industrie du chanvre au Canada. Bon nombre d'observateurs de l'industrie disent que la mise sur pied d'une stratégie nationale confère une crédibilité instantanée à l'industrie. Avec toute cette activité dans l'industrie du chanvre, il n'est pas étonnant que les Canadiens œuvrant dans cette industrie soient très optimistes quant à la possibilité que le chanvre continue sa progression dans les principaux marchés.

Depuis la légalisation du chanvre il y a dix ans, un énorme travail a été effectué dans le but de promouvoir et de développer l'industrie du chanvre au Canada. Je profite de l'occasion pour remercier tous les gens qui ont consacré beaucoup de temps et d'efforts pour en faire la promotion. J'encourage les sénateurs à appuyer les initiatives qui permettront de développer davantage la production du chanvre dans leurs régions respectives. Après 10 ans, le Canada est devenu un joueur important au niveau de la génétique de la production du chanvre et il continue d'exporter cette connaissance, à notre avantage face à la concurrence.

En terminant, il est clair que la réussite au niveau de la production industrielle du chanvre peut servir de modèle afin d'aider les Canadiens à trouver des débouchés économiques tout en cherchant des solutions pour assurer la durabilité de l'environnement.


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