Discours et débats

L'honorable Jerahmiel S. Grafstein, C.R.

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Déclaration faite le 09 décembre 2009 par le sénateur Jerahmiel Grafstein (retraité)

L'honorable Jerahmiel S. Grafstein :

Honorables sénateurs, merci de ces mots si généreux. Mon regretté père aurait été surpris. Ma regrettée mère aurait dit : « Ce n'est pas assez. »

Honorables sénateurs, je me suis toujours demandé d'où venait l'expression « maiden speech » en anglais. La coutume veut qu'elle désigne le premier discours d'un parlementaire lorsqu'il arrive au Parlement. Comment s'appelle un discours d'adieu au Parlement, alors? Je laisse la réponse à l'imagination des sénateurs.

Cela fait plus de 25 ans que j'ai été invité à siéger au Sénat par M. Trudeau. Lorsqu'il m'a appelé pour m'apprendre ma nomination, il a dit : « Nous avons besoin de vous au Sénat. Prenez le temps d'y réfléchir, Jerry. »

J'ai dit au premier ministre que je n'avais pas besoin d'y réfléchir, que j'acceptais. « C'est le plus grand honneur qu'on m'ait jamais fait », ai-je répondu. « Toutefois, j'ai une question. »

M. Trudeau a ri. « C'est quoi la question, Jerry? », a-t-il dit. J'ai répondu : « Que vouliez-vous dire par ``Nous avons besoin de vous au Sénat?'' »

M. Trudeau a ri encore et j'ai entendu un bruit sourd, comme s'il avait laissé tomber le téléphone. Une seconde plus tard, il s'est excusé d'avoir ri ainsi. Il a dit : « Jerry, vous êtes la première personne que j'ai nommée à me demander pourquoi. »

« Eh bien, monsieur le premier ministre, quelle en est la raison? », ai-je répété. « Pourquoi a-t-on besoin de moi au Sénat? »

Il a répondu gracieusement et a dit ceci — j'ai pris des notes à l'époque : « Vous m'avez donné de très bonnes idées. Je veux maintenant que vous utilisiez le Sénat en tant que tribune pour faire connaître ces idées aux Canadiens. »

Honorables sénateurs, j'ai essayé. Parfois, j'ai réussi. Souvent, j'ai échoué. Cependant, j'étais motivé par trois conseils que M. Pearson m'a donnés quand j'ai commencé ma carrière politique et que j'étais assis à côté de lui. Il m'a dit trois choses : visez haut, travaillez fort et soyez juste.

Un peu avant ma nomination, M. Trudeau et moi nous sommes rencontrés, et il m'a dit : « Jerry, vous avez de bonnes idées, mais vous avez un problème que vous devrez surmonter. »

« Comment cela? » lui ai-je demandé. « Je n'ai pas de problème. »

« Si », a-t-il dit. « Chaque fois que quelqu'un défend une bonne idée, une coalition de détracteurs fait, automatiquement et spontanément, une levée de boucliers pour s'y opposer. Vous, en tant que politicien, devez damer le pion à cette coalition et atteindre votre but. »

Puis, il a dit ces mots que je n'ai jamais oubliés : « N'abandonnez jamais. »

Honorables sénateurs, chaque jour, quand je me réveille au Château Laurier, je prononce une courte prière hébraïque : Mohda ani la foh necha — Merci, mon Dieu, Toi qui as réveillé mon âme pour que je vive un autre jour.

Depuis le Château Laurier, je marche 100 pas, je franchis le pont historique qui enjambe le canal Rideau et je regarde la statue de mon grand héros politique — comme l'a dit le sénateur Munson —, sir Wilfrid Laurier, et lui fais un salut matinal. Puis, je marche encore 100 pas et, après avoir passé devant l'édifice de l'Est, je vois le plus beau bâtiment du Canada. Quel spectacle! Je vois les édifices du Parlement, la Tour de la Paix et, sur le toit, l'unifolié qui bat au vent. Je me souviens du courage de M. Pearson, qui a fait adopter le drapeau malgré les divisions que cela créait au pays. Tous les matins, je jure de faire de mon mieux pour faire honneur au privilège qui m'est accordé de servir au Sénat et au Parlement.

Honorables sénateurs, j'ai servi sous huit premiers ministres et 12 leaders au Sénat. J'aimerais remercier tous mes collègues, notamment les leaders adjoints actuels, le sénateur Tardif et le sénateur Comeau, qui occupent le poste le plus complexe au Sénat. J'aimerais dire à quel point je les admire.

Des voix : Bravo!

Le sénateur Grafstein : Évidemment, je salue mon propre leader, l'élégant sénateur Cowan, et le leader du gouvernement au Sénat, le sénateur LeBreton, qui nous guident si habilement. Merci beaucoup.

Je remercie les journalistes qui ont publié — tenez-vous bien — près de cinq millions des mots que j'ai utilisés dans mes discours, mes résolutions, mes observations et mes rapports.

Il serait négligent de ma part de ne pas mentionner les recherchistes de la Bibliothèque du Parlement qui ont répondu à mes besoins.

Je remercie Marc Audcent et le personnel législatif pour leur compétence et leur professionnalisme dans la rédaction de mes projets de lois, de mes motions et de mes résolutions.

Merci au Président, à ses prédécesseurs, à la Présidente intérimaire et aux greffiers au Bureau pour leurs nombreuses marques de courtoisie à mon égard. Je vous suis sincèrement reconnaissant de votre patience et de vos conseils. Vous m'avez beaucoup appris.

Évidemment, je réserve un merci particulier à mon adjointe administrative, Mary de Toro, assise à la tribune, qui dirige ma formidable équipe d'un employé. C'est la femme la plus sage sur la Colline du Parlement. Grâce à elle, j'ai évité de faire des erreurs désastreuses.

À mon arrivée au Sénat, la première décision que j'ai eu à prendre concernait le nom que j'allais utiliser et la désignation de ma division sénatoriale. J'ai choisi mon premier prénom, Jerahmiel, et ce, même si je me faisais appeler Jerry. Les gens se demandent pourquoi je n'ai pas choisi mon prénom usuel, Jerry. Jerahmiel n'est mentionné qu'une seule fois dans la Bible. C'était le fils du dernier roi d'Israël. Ce nom signifie « la miséricorde de Dieu ». Il rappelle à ceux qui le portent qu'ils doivent aider les moins nantis. Ma division sénatoriale porte le nom de Metro Toronto, parce que cela me rappelle cette magnifique ville et le fait que la représentation régionale est à la base de mes principales responsabilités au Sénat.

Quelles leçons ai-je apprises au Sénat? Honorables sénateurs, je ne me ferai pas devin. J'ai toujours travaillé d'arrache-pied par le passé et je continue de le faire. Cela m'a permis de devenir un bien meilleur criminaliste, un constitutionnaliste compétent, comme l'est aussi devenu mon ami, le sénateur Nolin, ainsi qu'un avocat international expert. Honorables sénateurs, je vous laisse l'avenir.

Les Pères de la Confédération ont légué au Sénat et aux sénateurs un cadeau précieux : l'indépendance et la liberté de choix. C'est le legs qu'ont fait à chacun d'entre nous sir John A. Macdonald et les Pères de la Confédération. La plupart de mes choix ont été partagés avec mon parti et mon chef, mais, parfois, je divergeais d'opinions. Je suivais alors le conseil de M. Trudeau : je livrais le fond de ma pensée même si, parfois, cela mettait mal à l'aise mes chefs et mes collègues de ce côté-ci du Sénat.

J'ai siégé à tous les comités du Sénat, et j'ai été mis à la porte de plusieurs d'entre eux à plusieurs reprises quand j'ai agi de la sorte, mais je n'ai aucun regret. J'ai toujours pensé que le Sénat est à son meilleur quand il est fidèle à son mandat à titre d'assemblée de second examen objectif. Le Sénat se fourvoie toujours quand il doit prendre une décision précipitée. Comme l'a dit Lloyd George : « Les principes et la pratique doivent aller de pair. »

Blackstone nous a enseigné que notre assemblée doit exercer un système de frein et contrepoids. Notre mandat, en vertu de la Constitution, consiste à faire contrepoids à l'exécutif et à l'autre Chambre du Parlement. C'est pourquoi nous ne devrions pas vouer une confiance aveugle au gouvernement. Les gouvernements font ce qu'ils font, ils font ce qu'ils veulent et ils font ce qu'ils doivent faire. Comme le résume si bien le psaume 146 : « Ne mettez pas votre confiance dans les princes. » Nous devons dire la vérité aux puissants. C'est notre devoir constitutionnel.

Dans mon premier discours, j'ai recommandé qu'on présente des excuses aux Canadiens d'origine japonaise. M. Trudeau, qui venait de me nommer, n'était pas d'accord. Il a fait valoir que nous ne pouvions corriger le passé, seulement améliorer l'avenir. Nous ne nous entendions pas sur les faits. Les Canadiens d'origine japonaise ont été privés de leurs droits et de leurs terres pendant la guerre, et ni moi ni le premier ministre ne disposions de preuves indiquant qu'il y avait lieu de remettre en question leur loyauté envers le Canada. J'ai demandé que des excuses soient présentées et, ultimement, c'est Brian Mulroney qui les a présentées; pour cela, je le respecte.

Je me souviens du projet de loi sur l'extradition, dont le sénateur Joyal a parlé, qui a été adopté à la hâte par un gouvernement libéral après un débat réduit à sa plus simple expression à la Chambre. Aux termes de ce projet de loi, le procureur général libéral du Canada en poste aurait eu le pouvoir d'extrader des Canadiens dans un pays pratiquant la peine de mort, même si le Parlement du Canada avait aboli la peine de mort sous le gouvernement Trudeau, après une incroyable lutte menée d'un bout à l'autre du pays. Le gouvernement voulait ce projet de loi. Il le voulait à ce moment-

là, estimant que c'était très important à cause de certaines décisions en suspens.

Je n'étais pas d'accord, et mon collègue, le sénateur Joyal, était de mon avis. En collaboration avec d'autres collègues sénateurs, nous avons fait durer le débat pendant des mois avant de céder aux pressions de nos leaders et du gouvernement. Le sénateur Joyal et moi avons décidé de présenter nos arguments au Sénat dans le cadre du débat à l'étape de la troisième lecture, comme si nous nous adressions à la Cour suprême du Canada, parce que nous étions d'avis que le projet de loi finirait par être contesté et qu'il serait reconnu inconstitutionnel. Nous avons fait parvenir le hansard du Sénat, qui est un document public, à tous les juges de la Cour suprême, et nous avons été très heureux lorsque, un an plus tard, la Cour suprême a confirmé le bien-fondé de nos principaux arguments.

Je me souviens d'un autre important débat sur une résolution présentée à l'autre endroit qui affirmait que le Québec était une « société distincte ». Le gouvernement a présenté cette résolution ici peu de temps après le référendum. J'ai irrité mes collègues de ce côté du Sénat, j'ai irrité le premier ministre, j'ai irrité le leader du Sénat, mon grand ami Allan MacEachen, ainsi que d'autres collègues de notre côté, lorsque j'ai refusé d'appuyer cette résolution. J'ai alors fait le discours le plus court que j'ai jamais fait au Sénat et je le répéterai maintenant. Le Canada est une société distincte. Tout le reste n'était que commentaire.

Les Québécois sont peut-être différents, mais c'est également le cas des Terre-Neuviens, des Acadiens, des centaines de tribus autochtones et de plusieurs autres groupes du pays. Honorables sénateurs, je croyais alors et je crois toujours qu'il n'y a qu'un seul Canada, un Canada bilingue et multiculturel — un Canada.

L'une des périodes les plus stimulantes de ma vie est celle où j'ai présidé le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce, avec l'aide du sénateur Angus en qualité de sympathique vice-président. Ensemble, et avec l'appui de tous les sénateurs des deux côtés, nous avons mené un grand nombre d'études importantes, fouillées et ciblées sur la protection des consommateurs du secteur des valeurs mobilières, sur le bénévolat et les activités sans but lucratif, sur cette bombe à retardement qu'est l'évolution démographique et sur la façon d'enrayer l'hémorragie de l'argent illicite au Canada, entre autres. J'espère que d'autres sénateurs poursuivront le travail que nous avons amorcé bien avant le début de la crise financière au sujet des fonds spéculatifs et des problèmes connexes ainsi que les études que nous avons entreprises sur la réduction des barrières commerciales entre les provinces pour faire du Canada un marché concurrentiel et dynamique.

Les sénateurs canadiens ont des occasions uniques de voyager et de participer aux affaires internationales. Une des expériences que j'ai le plus appréciées fut à titre de coprésident du Groupe interparlementaire Canada-États-Unis. Les membres des deux Chambres du Parlement canadien m'ont nommé à ce poste pour huit mandats consécutifs. Par conséquent, j'ai coprésidé ce groupe pendant 16 ans.

Le Groupe interparlementaire Canada-États-Unis a été créé en 1959 et a récemment célébré son 50e anniversaire. Au cours de mon mandat à la coprésidence, mes collègues et moi, toutes allégeances confondues, avons transformé cette organisation, qui se réunissait à l'origine une fois par année avec les Américains, en un groupe de revendication vigoureux et actif qui tient des rencontres avec des législateurs et des gouverneurs de tous les États américains, sans compter des réunions régulières au Capitole, à Washington, avec des membres du Congrès et des sénateurs, dans le but de défendre d'abord et avant tout les intérêts du Canada.

Nous avons appris que, aux États-Unis, la politique est une affaire locale et qu'il faut y travailler à ce niveau, ce qui explique nos réunions avec les représentants et les gouverneurs des États. Tous les problèmes aux États-Unis qui ont une incidence sur le Canada prennent naissance au niveau local et, s'ils sont détectés suffisamment tôt, il est possible de les atténuer, voire de les régler.

Honorables sénateurs, après chacune de nos réunions, comme je le ferai plus tard aujourd'hui, nous avons présenté au Sénat un rapport complet de nos activités pour que les sénateurs intéressés puissent tirer profit de notre expérience. Nous n'étions pas là pour défendre nos intérêts personnels, mais bien à titre de représentants du Canada. Notre tâche était de représenter le Canada, et c'est pour cette raison que nous avons déposé ces rapports.

Je tiens à remercier mon homologue de la Chambre des représentants, Gord Brown, et les coprésidents américains, la sénatrice Amy Klobuchar, du Minnesota, et le représentant au Congrès James Oberstar, du Minnesota, qui est le seul à avoir siégé depuis plus longtemps que moi au Groupe interparlementaire Canada-États-Unis.

Lorsque je suis arrivé au Sénat, j'ai pu voyager pour participer à des rencontres avec un certain nombre d'organisations internationales, dans le cadre de mon travail au sein du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international, dont mon collègue, le sénateur Stollery, et moi sommes les plus anciens membres. J'ai décidé d'axer mes efforts là où le Canada et les États-Unis avaient chacun le droit de vote, soit à l'Assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dont le mandat est précisé dans l'accord d'Helsinki de 1974. À l'heure actuelle, l'organisation compte 56 pays membres, qui s'étalent entre Vladivostok et Vancouver. Je suis devenu membre de son comité exécutif et j'y ai servi à titre de membre élu pendant 15 ans. Il s'agit de la plus grande assemblée parlementaire au monde qui œuvre dans les domaines des droits de la personne, des droits économiques et des droits démocratiques.

J'ai été témoin de l'histoire, ayant été chargé de la surveillance d'élections en Russie, en Ukraine, pendant la Révolution orange et en Géorgie, pendant la révolution des roses, ainsi que du référendum sur l'indépendance au Monténégro, entre autres. Le sénateur Di Nino a également été membre d'un certain nombre de ces comités, faisant preuve de beaucoup de compétence et d'expertise.

J'ai compris que l'avenir de notre monde dépend en grande partie de notre capacité de construire la démocratie. J'ai travaillé en étroite collaboration avec des présidents élus de l'assemblée et je tiens à rendre hommage à deux présidents récents, les députés Alcee Hastings, de la Floride, et Joao Soares, dirigeant de la délégation portugaise et vice-président actuel de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE, qui ont effectué un travail remarquable en parcourant l'ensemble du territoire représenté par l'OSCE. Nous sommes devenus de bons amis.

M. Spencer Oliver, secrétaire général de longue date de l'organisation, dont le siège est situé à Copenhague, joue un rôle clé au sein de cette dernière. C'est l'Américain le plus brillant et le plus cultivé que j'aie jamais rencontré et il fait preuve d'une perspicacité aiguë et singulière en matière d'affaires étrangères. Il est devenu un de mes meilleurs amis de ma vie publique.

À l'AP de l'OSCE, j'ai été chef du groupe libéral. Quelque 12 années ont passé et j'ai finalement démissionné cette année. Ils m'avaient élu chef libéral émérite à vie; c'est un titre que je chérirai toute ma vie. Je ne me faisais pas d'illusion; je savais que j'occupais ces fonctions à l'étranger parce que j'étais Canadien, parce que le

monde respecte le Canada et les Canadiens qui représentent le Canada.

Je crois que les sénateurs ont besoin d'une explication brève, en particulier ceux qui se sont montrés modérément critiques envers les nombreuses résolutions de l'OSCE sur la lutte contre l'antisémitisme inscrites au Feuilleton que j'ai déposées, et qui sont toujours inscrites Feuilleton. Pourquoi tant de résolutions?

Après la chute du mur de Berlin en 1989 — j'étais en Allemagne avant et après la chute du mur —, j'ai pensé que j'allais pouvoir clore mon dossier sur l'antisémitisme. On avait espoir qu'un nouvel ordre mondial allait naître. Cela n'allait pas être le cas. Les Nations Unies avaient adopté une résolution injuste assimilant le sionisme au racisme. L'antisémitisme s'intensifiait non seulement partout dans le monde, non seulement en Europe, mais aussi en Amérique du Sud et au Canada. En 1994, un membre consciencieux du Congrès du New Jersey, Chris Smith, m'a contacté afin de collaborer avec moi à la rédaction d'une résolution contre l'antisémitisme, qui serait présentée à la réunion annuelle de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE. J'ai accepté. Le représentant au Congrès Steny Hoyer, qui est maintenant leader de la majorité au Congrès, l'un des hommes les plus puissants aux États-Unis et un bon ami à moi, s'est joint à nous, ainsi que les représentants au Congrès Alcee Hastings et Ben Cardin, qui est maintenant sénateur du Maryland, Gert Weisskirchen, du Parlement allemand et des parlementaires italiens, français, ukrainiens, polonais et autres.

Cette première résolution a été adoptée à une courte majorité. Par la suite, dans toute l'Europe, à Copenhague, deux fois à Berlin, à Porto, à Cordoue, à Rotterdam, à Édimbourg, à Vienne, à Londres, à Rome, à Saint-Pétersbourg, au Kazakhstan, à Madrid, à Washington et ainsi de suite, il y a eu des réunions parlementaires, ministérielles et spéciales où nous avons présenté d'autres résolutions.

Deux expériences m'ont donné froid dans le dos. J'ai fait un discours sur ces résolutions au Palais du Reichstag, à Berlin, sur l'estrade même où Hitler a décrété les lois de Nuremberg en 1933. J'ai aussi pris la parole à la Hofburg de Vienne, à l'endroit même où Hitler a annoncé en 1938 l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne, l'événement qui, selon la plupart des historiens, a été l'élément déclencheur de la Seconde Guerre mondiale. Ces travaux se sont poursuivis, réunion après réunion, honorables sénateurs, jusqu'à ce que je présente enfin une de ces deux résolutions au Sénat, en 2002. La résolution a été adoptée en 2004 et a été renvoyée au Comité sénatorial permanent des droits de la personne. Le comité s'est réuni pendant une journée ou à peu près, puis, sans explication, a décidé de ne pas poursuivre ses travaux. C'est le seul cas dont je me souvienne où un comité sénatorial n'a pas donné suite à une résolution adoptée par le Sénat. J'ai exhorté les membres du comité à terminer leurs travaux, mais sans succès. J'ai décidé d'inscrire résolution après résolution au Feuilleton jusqu'à ce que le dossier débouche. J'ai été ravi de voir que l'ONU s'était servie de ces résolutions, il y a plusieurs années, pour organiser une conférence d'une journée sur l'antisémitisme, la première de ce genre à l'ONU. J'ai aussi été ravi que le Parlement britannique mène et publie une étude marquante sur ce sujet il y a plusieurs années. Je suis heureux de voir qu'enfin des parlementaires de l'autre endroit, sous la direction de Mario Silva et de Scott Reid, tiennent des audiences sur la lutte contre l'antisémitisme. J'espère que le Sénat prendra connaissance des résultats de ces audiences et mettra à profit son expertise considérable des témoins pour donner du poids aux recommandations qui seront formulées.

J'ai appris deux choses sur l'antisémitisme, le plus ancien de tous les préjugés. La première, c'est que la discrimination commence par les Juifs, mais ne se limite jamais aux Juifs, comme l'a déjà si bien dit un ancien grand premier ministre du Danemark. La deuxième, c'est ce que nous pouvons faire. Elie Wiesel, lauréat du prix Nobel, a dit à la conférence de Berlin qu'on peut apprendre à un enfant à aimer ou à détester. Donc, l'éducation est une partie de la solution.

Un mot sur le sénateur Di Nino : j'ai beaucoup d'admiration pour ses travaux sur les droits de la personne, auprès de l'OSCE et du dalaï-lama. Il a été un partenaire apprécié de l'OSCE et il continuera ses importants travaux auprès de cette organisation. Je le félicite.

Honorables sénateurs, j'arrive à la conclusion de mon discours, mais, avant de terminer, j'aimerais parler d'un aspect du climat actuel au Sénat qui me dérange. Bien que je sois aussi partisan que n'importe quel autre sénateur — comme chacun le sait — et que je mène toujours la charge pour défendre mon parti et mes principes, je crois aussi en l'esprit de camaraderie et de cordialité politique qui s'élève au-dessus de l'esprit partisan.

Je n'apprécie surtout pas ceux qui dévalorisent le Sénat, l'institution que nous avons le privilège d'avoir été appelés à servir. Je me suis fait de bons amis des deux côtés, au Sénat et à l'autre endroit.

Je quitte cette enceinte sacrée sans regrets. J'y ai fait de mon mieux. Si j'ai échoué, c'est en faisant mon possible.

Les sénateurs d'en face me pardonneront de leur rappeler que sir Winston Churchill était mon ultime héros parlementaire. J'ai littéralement dévoré tous ses ouvrages et tous ses discours. Au moment où l'Angleterre était désespérément en difficulté, au début de la Seconde Guerre mondiale, il a donné ce conseil à ses collègues, et je me permettrai de donner le même à mes collègues de ce côté-ci : KBO, en anglais, soit « quoi qu'il arrive, ne lâchez pas ».

Pour ce qui est des sénateurs d'en face, je me souviens que, dans ses vieux jours, sir Winston Churchill a confessé qu'il avait en fait toujours été un libéral. Judicieux conseil.

Si j'ai réussi dans la vie, c'est grâce à mon défunt père et aux excellents mentors que j'ai rencontrés tout au long de ma vie politique, notamment MM. Pearson, Trudeau, Turner, Chrétien et Martin, sans oublier, bien sûr, Keith Davey, notre ancien collègue, qui nous a tous montré, de ce côté-ci, à aimer le Parti libéral.

Je ne vais pas dire « goodbye », mais plutôt au revoir. Le 2 janvier, j'entame mon troisième acte. Malheureusement, les sénateurs n'ont pas fini d'entendre parler de moi.

Mon épouse doit paniquer à l'idée de mon retour à Toronto. Je peux la rassurer en lui disant que j'ai des tas de nouveaux projets qui me tiendront occupé pour une éternité.

Je vous souhaite bonne chance à tous. Bon voyage, et merci infiniment.

Des voix : Bravo!


Déclarations récentes des sénateurs libéraux

Les travaux du Sénat

19 juin, 2014 | Par la sénatrice Joan Fraser | Chers collègues, je prends la parole au nom du leader de l'opposition, le sénateur Cowan, qui devait être à Halifax ce soir pour un engagement public. Je dois vous dire que, lorsque je l'ai appelé pour lui dire que nous allions ajourner pour l'été ce soir, je l'ai senti assez irrité, non pas parce qu'il voulait que nous continuions à travailler comme des galériens, mais parce qu'il avait déjà rédigé un discours qu'il voulait prononcer demain matin.

Les phares à titre de symboles irremplaçables du patrimoine maritime—Interpellation

19 juin, 2014 | Par le sénateur Jim Munson | Merci, Votre Honneur, et je présente mes excuses à la sénatrice Champagne.

L'inégalité d'accès à la justice—Interpellation

19 juin, 2014 | Par la sénatrice Joan Fraser | Chers collègues, je sais que la sénatrice Jaffer s'apprêtait à clore ce débat, mais auparavant, je tenais seulement à dire à quel point la question qu'elle a portée à notre attention est importante.

Le Sénat—La promotion et la défense des causes d'intérêt public—Interpellation

19 juin, 2014 | Par le sénateur Jim Munson | Honorables sénateurs, je sollicite votre clémence à mon égard en cette heure tardive parce que j'ai un discours, mais vous devez comprendre que, pour que l'on puisse souligner dignement le départ de nos cinq collègues sénateurs cette semaine, j'ai cédé mon temps de parole pour que nous puissions rendre hommage aux sénateurs Buth, Segal, Callbeck, Dallaire et Champagne.

L'étude sur les relations internationales du Canada en matière de sécurité et de défense

19 juin, 2014 | Par le sénateur Grant Mitchell | Alors, vous pensiez que je n'allais pas prendre la parole, n'est-ce pas? Eh bien, vous vous êtes trompés! Je prends donc la parole pour appuyer ce rapport du Comité de la défense, qui recommande que le Canada participe à la défense antimissile balistique avec le NORAD.
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