Discours et débats

L'impact des démences sur la société

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Déclaration faite le 11 mars 2010 par la sénatrice Sharon Carstairs (retraitée)

L'honorable Sharon Carstairs:

Honorables sénateurs, le lundi 4 janvier 2010, la Société Alzheimer a publié un rapport d'étude intitulé « Raz-de-marée : Impact de la maladie d'Alzheimer et des affections connexes au Canada ». L'étude a été menée par RiskAnalytica, société renommée dans la gestion du risque.

En bref, le rapport indique que, d'ici une génération, le nombre de Canadiens atteints d'Alzheimer ou d'une démence apparentée passera de 500 000 à 1,1 million. Les coûts associés au traitement de ces maladies passeront de 15 milliards de dollars à 153 milliards de dollars, et le nombre d'heures de soins informels offerts par les Canadiens à leurs êtres chers passera de 231 millions à 756 millions par année.

Honorables sénateurs, voilà ce qui nous attend si nous, en tant que société, choisissons de ne rien faire. Le rapport indique également, cependant, que nous pouvons y faire quelque chose; c'est cela qu'il faut retenir. C'est ce dont je veux parler aujourd'hui.

Le rapport nous apprend, par exemple, que les personnes de plus de 65 ans en bonne santé peuvent considérablement réduire leur risque d'être frappées de démence en faisant davantage d'activité physique. Cela veut dire que tous les sénateurs de plus de 65 ans devraient immédiatement faire plus d'exercice.

Honorables sénateurs, il est clair que nous devons rester actifs, mais nous avons également besoin de leadership. On doit encourager les Canadiens de plus de 65 ans à être plus actifs. Nous avons besoin d'un programme visant les aînés dans le cadre de ParticipACTION. Il est nécessaire de lancer une campagne de publicité nationale dans les journaux, à la radio et à la télévision afin d'inciter les aînés à être plus actifs. Il est nécessaire de cibler les activités que les aînés de 65 ans et plus peuvent mener, par exemple la marche, la natation, les exercices aérobiques et l'aquaforme, de manière à ce que leurs effets soient seulement positifs. Cette étude de risque révèle qu'une augmentation de 50 p. 100 du niveau d'activité physique chez les personnes âgées de 65 ans et plus donnera lieu à une réduction de 31 milliards de dollars en frais de soins de santé directs sur une période de 30 ans.

Le deuxième scénario d'intervention consiste en un programme de prévention axé sur une bonne alimentation et un mode de vie sain, susceptible de retarder de deux ans l'apparition de la maladie. Le fait de retarder l'apparition de la maladie donnera lieu à une diminution du nombre de personnes atteintes de démence, à un allégement du travail des aidants naturels et à une forte diminution des pressions sur les ressources en santé. Toutes ces mesures sont positives. On estime que le fait de retarder l'apparition de la maladie permettrait d'économiser 219 milliards de dollars sur une période de 30 ans et donnerait lieu à une réduction de 410 000 du nombre de cas de démence.

Le troisième scénario d'intervention repose sur l'élaboration d'un programme de formation et de soutien pour les aidants naturels tels que les conjoints et les enfants de personnes atteintes de démence. À l'heure actuelle, il n'existe pas de programme de formation à l'intention des aidants naturels. On estime que le fait d'aider les aidants naturels à développer des stratégies d'adaptation et à renforcer leurs compétences d'aidants permettra d'économiser 63 milliards de dollars sur une période de 30 ans.

Les auteurs du rapport recommandent une intervention qui consiste à attribuer un navigateur de système, un gestionnaire de cas, à tous les patients qui reçoivent un diagnostic de démence. Ce navigateur coordonnerait les soins prodigués à la personne atteinte de démence et procurerait aux aidants naturels le soutien nécessaire. On estime que cette intervention pourrait permettre d'épargner 114 milliards de dollars.

Cela représentera une économie de 448 milliards de dollars sur 30 ans. Certes, honorables sénateurs, des coûts sont associés à chacun de ces programmes, mais on estime que si nous ne faisons rien, les coûts cumulatifs associés aux démences s'élèveront à 872 milliards de dollars. Si nous ne faisons rien, les coûts seront deux fois plus élevés. Bien sûr, nous devons faire tout en notre pouvoir afin de prévenir la maladie et d'offrir de meilleurs soins, particulièrement si de telles interventions donnent lieu à une réduction des coûts.

Il est important de reconnaître que l'Australie, la Norvège, les Pays-Bas, la France, l'Écosse et le Royaume-Uni ont récemment élaboré des plans ou des cadres précis concernant la démence. Le Canada ne dispose toutefois d'aucune stratégie nationale. Au Canada, six provinces sur dix élaborent actuellement des stratégies, mais, si l'on se fie à l'expérience liée à plus d'une dizaine de stratégies nationales canadiennes sur le diabète, le VIH- sida et le cancer, entre autres, les programmes deviennent plus solides lorsque le gouvernement fédéral entre en scène. La démence, comme toute autre maladie, ne connaît aucune frontière.

Honorables sénateurs, nous pouvons et devons faire mieux. Une stratégie nationale pourrait et devrait accélérer les investissements dans la recherche sur la démence. Une stratégie nationale pourrait et devrait reconnaître le rôle important que jouent les aidants naturels. Une stratégie nationale pourrait et devrait reconnaître l'importance de la prévention. Une stratégie nationale pourrait et devrait assurer une meilleure intégration des soins et l'utilisation des meilleures pratiques. Une stratégie nationale pourrait et devrait chercher à augmenter le nombre de gériatres au pays.

Honorables sénateurs, vous serez peut-être surpris d'apprendre qu'il y a 250 gériatres au Canada, mais que seulement 150 d'entre eux pratiquent. Cette année, seulement deux gériatres sont en formation au pays. En comparaison, il existe 1 370 pédiatres. Il est clair qu'il existe une lacune importante au chapitre de la formation et des soins au sein de notre société vieillissante. Il nous faut des gériatres pour améliorer le traitement diagnostique, appuyer l'autogestion et inciter le secteur bénévole à faire de cette stratégie une réalité. Si les sénateurs connaissent une personne souffrant de démence, ils savent à quel point il est important d'agir immédiatement. S'ils n'en connaissent pas, j'ai le regret de leur apprendre qu'ils en connaîtront bientôt une. Depuis que je suis sénateur, deux sénateurs ont été atteints de la maladie d'Alzheimer, et un seulement vit encore.

Il y a plusieurs semaines, j'ai assisté à un forum sur la maladie d'Alzheimer et d'autres formes de démence. Un homme assis à la table d'honneur avait une apparence impeccable. En fait, d'une certaine façon, il m'a fait penser au sénateur Meighen, dont les habits sont toujours splendides. Cet homme s'exprimait aussi très bien. Par conséquent, il était un peu étonnant d'apprendre qu'il est atteint de la maladie d'Alzheimer. Il a dit que la première fois qu'il s'est rendu compte qu'il éprouvait des difficultés, c'était il y a quelques années, alors qu'il était dans un aéroport; il n'avait aucune idée dans quelle ville il se trouvait ni qu'il se trouvait dans un aéroport. Cette expérience n'est pas comme celle de perdre ses clés, honorables sénateurs; nous faisons tous cela. Au contraire, cet homme a fait l'expérience de ne pas du tout savoir où il était ni ce qu'il faisait. Il est allé voir son médecin, qui lui a dit que c'était peut- être attribuable au fait qu'il voyageait beaucoup et était stressé. Toutefois, plusieurs mois plus tard, pendant qu'il promenait son chien dans son propre quartier, il s'est rendu compte qu'il ne savait

pas où il était. Il est retourné voir son médecin pour lui dire que quelque chose n'allait vraiment pas. Le médecin a établi un diagnostic de la maladie d'Alzheimer.

Honorables sénateurs, si nous vivons jusqu'à l'âge de 85 ans — et j'aimerais croire que toutes les personnes ici présentes le feront —, 40 p. 100 d'entre nous serons atteints de la maladie d'Alzheimer. Je le répète : 40 p. 100. J'exhorte tous les sénateurs à prendre toutes les mesures possibles pour influencer ceux qui peuvent concrétiser une telle stratégie. J'exhorte tous les sénateurs à le faire sans tarder parce que la maladie d'Alzheimer et les formes de démence connexes sont une menace bien réelle.

Des voix : Bravo!


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