Déclaration faite le 25 mars 2010 par la sénatrice Mobina Jaffer
L'honorable Mobina S. B. Jaffer :
Je prends la parole aujourd'hui pour demander à tous les sénateurs de conseiller au gouvernement le moyen de consacrer des ressources à la santé des mères les plus marginalisées du monde.
Il y a des années, j'étais à Lokichokio, au Kenya, dans la salle d'urgence de l'hôpital, lorsque j'ai senti une odeur épouvantable. Je ne peux pas vous décrire cette odeur. J'ai levé la tête et j'ai vu une jeune Masaï de 16 ans qui avait le plus beau visage que j'eus jamais vu, mais je suis un peu gênée de vous dire que j'ai eu des haut-le-cœur en raison de l'odeur qu'elle dégageait et que j'ai dû sortir de l'hôpital.
Quelques mois plus tard, lorsque je suis retournée au même hôpital, j'ai rencontré cette jeune Masaï. Elle s'appelle Lapasha. Elle avait été mariée à 14 ans et était tombée enceinte. Lorsque ses contractions ont commencé, on lui a demandé de sortir du lit et de s'accroupir. Pendant toute la journée, Lapasha était restée accroupie, brisée par la douleur, mais, en dépit des contractions, le bébé n'arrivait pas. Une journée s'est écoulée, puis deux, et Lapasha restait accroupie et continuait de subir ses douloureuses contractions. Le bébé ne venait toujours pas. Elle s'était affaiblie, ses jambes étaient endolories après toutes ces heures de travail. Le matin du troisième jour, le bébé qu'elle portait est mort. Ses contractions se sont poursuivies pendant un quatrième et un cinquième jours. Le sixième jour, la pauvre fille a finalement accouché d'un fœtus mort, puis elle est tombée endormie d'épuisement.
Lorsqu'elle s'est réveillée, son lit était mouillé. Alarmée, elle s'est rendu compte qu'elle avait une fistule. Une fistule se produit lors de complications à l'accouchement et une femme se retrouve alors avec une perforation de la vessie ou du rectum, ou des deux. Lapasha avait de grandes perforations à la vessie et au rectum. Malade et sans aide, cette fille a été jetée à la rue par son mari. Elle est alors allée vivre toute seule dans une hutte dans un coin éloigné. Sa famille et les autres femmes du village l'évitaient. Personne ne voulait s'approcher d'elle en raison de l'odeur qu'elle dégageait.
Deux ans plus tard, son père a amené Lapasha à l'hôpital. Il l'avait mise dans une brouette qu'il a poussée pendant des jours jusqu'à l'hôpital. Après deux longues et éprouvantes années, elle pouvait enfin recevoir l'aide dont elle avait tant besoin.
Honorables sénateurs, quand on parle de santé maternelle, on parle de femmes comme Lapasha. Il y a tout simplement trop de Lapasha dans le monde.
Nous devons travailler ensemble pour aider Lapasha et les autres femmes marginalisées. Le Canada a la capacité de rendre leur dignité à des femmes comme Lapasha et c'est ce que nous devons faire. C'est mon avis sur l'aide dont ont besoin les femmes marginalisées en matière de santé maternelle.