Déclaration faite le 21 avril 2010 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, je voudrais vous parler d'un homme qui est revenu récemment d'une de ses missions en Afrique physiquement et psychologiquement affecté. Son parcours mérite notre attention.
Pierre Boutet a étudié le droit à l'Université Laval. Il a travaillé dans la même étude d'avocats que Jean Lesage pendant quelques années avant de se joindre aux forces armées en tant qu'avocat. Il a cumulé les grades jusqu'à celui de juge-avocat général, en 1992, en pleine tourmente de la Commission d'enquête sur la Somalie, au cours de laquelle il a su apporter dignité et justice aux parties en litige, tant du point de vue militaire que gouvernemental.
Il a collaboré avec le juge en chef de la Cour suprême, l'honorable juge Dickson, à la réforme de toutes les lois militaires qui permettent aujourd'hui à nos soldats d'œuvrer dans des pays lointains en respectant les droits de la personne, les lois humanitaires et les lois de la guerre.
En 2997, le juge Boutet est passé au ministère des Anciens Combattants pour agir à titre de conseiller au sujet des réformes nécessaires pour répondre aux besoins d'une nouvelle génération d'anciens combattants. Il y a travaillé cinq ans sous l'amiral Murray, qui était sous-ministre. Il a finalement établi un comité chargé d'examiner les problèmes des anciens combattants et de leurs familles, et cette étude a mené à la rédaction de la nouvelle Charte des anciens combattants.
En 2003, après avoir passé près de six ans au ministère des Anciens Combattants, le juge Boutet a été choisi par le gouvernement canadien pour être à la tête du Tribunal pénal international en Sierra Leone après la guerre civile dans ce pays, pendant laquelle les enfants soldats ont servi d'arme principale. Le juge Boutet a été le seul non-Africain à siéger à ce tribunal, et ce, pendant six ans et demi. Ce tribunal a offert aux jeunes de ce pays des services juridiques, des conseils et de la formation et leur a servi de référence en leur montrant que justice pouvait être rendue même après des conflits extrêmes. Non seulement les criminels ont été traduits en justice, non seulement les Casques bleus ont accompli leur devoir dans le respect de la loi, mais les enfants qui ont été en très grand nombre victimes de mauvais traitements ont reçu le respect et l'aide dont ils avaient besoin pour se réadapter dans un pays à peine remis sur pied.
Aujourd'hui, Pierre Boutet est chez lui, à Québec, gravement malade. Il aura vraiment eu une carrière remarquable.