Déclaration faite le 27 avril 2010 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, il m'a semblé intéressant que, tout à l'heure, madame le leader cite un grand nombre d'ONG qui ont fait paraître des articles dans les journaux. Je n'arrive pas à me rappeler à combien de reprises le leader du gouvernement a dit aux sénateurs de ce côté-ci qu'ils devraient arrêter de lire les journaux et de croire tout ce qu'ils y trouvent. C'est ce qui lui a servi d'argument fondamental.
Il est vrai, effectivement, que chaque pays participera à ce groupe de façon à respecter les exigences. Toutefois, cela me rappelle l'Afghanistan, où les troupes canadiennes livrent bataille et se comportent de façon à remplir le mandat que l'OTAN nous a confié, alors que les effectifs d'autres pays restent dans les garnisons et évitent d'aller sur le terrain. Ils n'ont rien accompli, et ils s'en vont. Ces pays font aussi leur part, mais nous ne sommes pas très heureux d'assumer la charge de l'effort alors que, de leur côté, ils ne le font pas.
Cela m'amène à l'ère de conflits qui est la nôtre, où la population civile est ciblée. Elle est devenue un instrument de guerre. On déplace des populations massives en répandant l'horreur, et on sème l'horreur au moyen d'actes comme le viol afin de propager délibérément la peur. Le viol est désormais une arme de guerre. Il fait partie de l'arsenal. Au Rwanda, on s'est servi de prisonniers porteurs du VIH/sida pour infecter des femmes et des jeunes enfants pour qu'eux-mêmes soient infectés et aient des enfants qui le soient aussi. C'est une autre façon de détruire ces populations.
Au Darfour, les miliciens arabes violent des Africaines pour créer une autre race qui leur soit plus docile et faire diminuer, par un génocide indirect, la population des habitants du Darfour de souche africaine. Au Congo, on utilise des enfants soldats, on viole les jeunes filles et on s'en sert comme d'un instrument de guerre. C'est une autre forme de viol instrumentalisée.
Bien que nous ayons décidé que les interventions médicales sont l'affaire du médecin et de sa patiente, la décision ultime revient à la femme. Toutefois, la femme est prisonnière de multiples traumatismes, car elle a non seulement été violée, mais elle doit aussi tâcher de survivre et de faire vivre des enfants malades.
Madame le leader du gouvernement est-elle en train de dire au Sénat que, aux termes de la politique du gouvernement, nous ne financerions pas des ONG qui travaillent dans des zones de conflit et qui seraient appelées à pratiquer des avortements pour interrompre des grossesses qui ont leur origine dans les conditions absolument terribles et sordides que j'ai décrites?
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